Comprendre l’accord Google Book en 5 minutes ? C’est possible !

L’accord Google Book Search suscite bien des polémiques, mais qui a pris le temps d’aller voir la lettre même du texte du Règlement passé entre Google et les titulaires de droits américains ? Il faut dire que si l’accord peut être téléchargé sur le site de règlement du litige, la partie principale n’en comporte pas moins de 141 pages auxquelles il faut ajouter une quinzaine d’annexes particulièrement labyrinthiques … De plus, le Règlement fourmille de sigles et de termes nouveaux forgés pour l’occasion par les parties qui en font un modèle de Novlangue juridique, particulièrement hermétique.

Et c’est assez paradoxal, car on peut lire en ce moment des kilomètres d’analyses et de débats sur cet accord, tout en gardant le sentiment de ne pas arriver à saisir l’essentiel … qui reste caché dans les replis du texte lui-même ! Un exemple assez parlant à mon avis de ces temps d’infobésité, de démultiplication des gloses de toutes sortes et d’économie complexe de l’attention … parfois le retour au papier peut avoir du bon …

Pour aider les bibliothécaires américains à mieux cerner les conséquences de l’accord, l’ALA (American Library Association) a pris de son côté l’initiative de publier un Super Simple Summary en deux pages seulement, qui permet d’aller à l’essentiel.

Sur une suggestion de Marlène lancée au détour d’un échange sur Twitter (c’est fou tout ce qui commence sur Twitter en ce moment !), je me suis attelé à une traduction en français de ce résumé, pensant qu’il pourrait s’agir d’un appoint utile pour mieux appréhender l’accord Google de ce côté-ci de l’Atlantique. Merci à Marlène d’avoir lancé cette idée, ainsi que pour sa relecture et ses corrections !

Vous pourrez trouver cette traduction sous la forme d’un document public acessible sur GoogleDoc (décidément pas moyen d’échapper à Google !). La traduction a également été déposée dans E-Lis à cette adresse.

Résumé Super Simple en deux pages (et en français) de l'Accord Google Book

Résumé Super Simple en deux pages (et en français) de l'Accord Google Book

N’hésitez pas à me faire part de vos remarques et commentaires concernant ce résumé, notamment si vous avez des propositions pour améliorer la traduction.

Pour aller plus loin, je vous recommande toujours la lecture de ces deux analyses très éclairantes :

J’avais pour ma part essayé de mesurer dans un billet précédent l’impact possible du règlement sur les bibliothèques françaises (car l’onde de choc ne va s’arrêter à la frontière, si vous voyez ce que je veux dire …).

Et du côté des gloses, à voir également un fascinant projet d’annotation collective de l’accord lancé par la New York Law School : The Public Index.

Ce travail de traduction du résumé de l’ALA m’a permis de mieux cerner le dilemme devant lequel doivent être placés les bibliothécaires américains. Il est vrai que par certains côtés l’accord Google est extrêmement séduisant en terme d’extension de l’accès à l’information, notamment pour les œuvres épuisées (celles qui sont encore protégées par des droits, mais indisponibles dans le commerce). Mais chaque apport possède sa contrepartie, qui peut être très lourde, notamment en ce qui concerne les règles de sécurité et les contrôles des usages que les bibliothèques souhaitant donner accès à des contenus sous droits devront s’engager à mettre en place. Donner accès/Contrôler l’accès/Surveiller l’accès/Verrouiller l’accès/Bloquer l’accès : c’est une dialectique à laquelle toutes les bibliothèques au fond sont confrontées aujourd’hui avec la documentation électronique, mais ces (possibles) contradictions vont être exacerbées dans l’accord Google.

Du coup, il n’est pas étonnant de voir les bibliothécaires et les universités américaines nous envoyer depuis quelques des signaux assez difficiles à décoder quant à leur position. D’un côté, les associations de bibliothécaires américains agissent au niveau collectif pour exprimer auprès du juge leurs craintes de dérives monopolistiques de l’accord, ou récemment leurs inquiétudes quant au respect par Google des données personnelles des lecteurs. Mais cela n’empêche pas certaines universités -et non des moindres Michigan, Texas, Wisconsin – d’accepter d’ores et déjà les termes de l’accord sans même attendre que la Justice ait donné son aval. Quand ce n’est pas l’Université du Michigan qui annonce son intention de mettre en place un véritable "business model" autour de la vente d’ouvrages épuisés réimprimés à la demande à partir des fichiers fournis par Google… projet qui n’exclut d’ailleurs pas la vente sur Amazon, pourtant souvent présenté comme le grand adversaire de Google dans la bataille du e-book qui fait rage actuellement et dans laquelle les livres numérisés par Google joueront un rôle déterminant.

Pour mieux cerner la position des pro-Google, je vous recommande de visionner cette vidéo sur Youtube, dans laquelle une bibliothécaire de l’Université d’Havard n’hésite pas à contredire Robert Darnton en personne, pour affirmer pleinement son soutien au projet Google Book Search. Elle appuie sa démonstration sur les 5 lois de Ranganathan (quand même !) avec des arguments qui feraient presque vaciller mes préjugés négatifs … pas facile décidément de se faire une opinion … mais c’est le signe que quelque chose de vraiment essentiel est en train de se jouer, non ?

(PS : d’ailleurs, c’est énorme le nombre de vidéos qu’on trouve sur YouTube à propos de l’accord Google Book Search … Infobésité encore ?… ou signe de la vigueur du débat public aux Etats-Unis … un peu les deux sûrement …)

À propos de Lionel Maurel (Calimaq)

Ce blog est tenu par : Calimaq - aka Lionel Maurel Juriste & Bibliothécaire. Contact : calimaq at gmail point com
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2 réponses à Comprendre l’accord Google Book en 5 minutes ? C’est possible !

  1. Zanko dit :

    "les utilisateurs ne pourront pas faire d’impressions, ni de copier/coller à partir des extraits affichés."
    Ça sent les DRMs ça non ? C’est en tout cas impossible à mettre en œuvre de façon fiable, du moins pour les utilisateurs qui consulteront ces livres depuis leur propre ordinateur. Les titulaires des droits sur les livres semblent bien parti pour commettre les mêmes erreurs que les majors de la musique avec quelques années de retard…

    PS: excellent blog !

    • calimaq dit :

      Bonjour,

      Merci pour votre mot gentil sur SI.Lex !

      En ce qui concerne votre remarque, disons que la phrase que vous citez s’applique à la consultation sur Google Book Search des extraits d’ouvrages sous droits auxquels tout le monde pourra accéder en allant sur Google Book Search sans payer. Dans ce cas-là effectivement, pas possible de télécharger ou d’imprimer, ni même de faire des copier/coller.

      Mais un peu plus loin, le résumé précise que si l’on achète un droit de lecture de l’ouvrage en ligne, il sera possible d’imprimer des extraits du livre, voire même le livre tout entier en procédant en plusieurs fois.

      Du coup, je ne sais pas si l’on peut parler de DRM au sens propre, parce que Google (pour l’instant …) ne va pas vendre d’e-books mais seulement des droits de lecture en ligne du contenu protégé par des droits. Il semblerait qu’il va passer par d’autres acteurs pour produire des e-books (comme Sony et Barnes & Nobles). Et là il faudra être vigilant pour voir quel type de formats ces firmes vont utiliser.

      Cela dit, certains commentateurs ont fait remarquer que ces droits de lecture que Google va vendre constituent une grande régression, ne serait-ce que par rapport à l’achat d’un livre physique. Quand j’achète un bon vieux livre en papier, je peux le lire où je veux, quand je veux ; je peux le relire ; je peux le prêter à des amis et même le revendre sur les circuits de l’occasion. Beaucoup de ces petites libertés (mais ô combien importantes) n’existeront plus si le livre est réduit à un simple droit de lecture en ligne.

      Pour répondre à votre question, je dirais que Google ne va pas vraiment utiliser des DRM, mais il risque de faire bien pire !

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