C’est l’histoire d’un roman qui veut être gratuit (et qui a besoin de vous !)

J’ai déjà à plusieurs reprises parlé sur S.I.Lex de l’aventure des Noénautes (ici, ou ). Lancée il y a un an par l’auteur Pouhiou, elle a consisté pour lui à écrire un roman feuilleton sur un blog, au rythme de quatre épisodes par semaine durant quatre mois. De ce marathon d’écriture à ciel ouvert est né un premier roman, #Smartarded,  puis un second ,#MonOrchide, que l’auteur a choisi de diffuser gratuitement en ligne.

Pour aller plus loin dans cette dynamique de partage, indissociable de sa démarche d’écriture, Pouhiou a décidé de placer volontairement ses écrits dans le domaine public, en optant pour la licence CC0 (Creative Commons Zéro). L’éditeur Framabook lui a ensuite proposé d’éditer son premier roman sous la forme d’un livre papier et si l’aventure s’était arrêtée là, on aurait déjà pu considérer qu’il s’agissait d’une belle histoire de Culture Libre.

Mais à l’occasion du premier anniversaire de son projet, Pouhiou se lance – et nous lance à tous – un nouveau défi pour faire en sorte que son roman devienne non seulement libre, mais gratuit… jusqu’au papier !

J’ai pour habitude de dire que « Mon roman est gratuit. Ce qu’on achète, c’est un objet fait de papier sur lequel l’histoire a été imprimée. »

J’ai envie qu’on me fasse mentir. Que le livre papier puisse devenir « gratuit » à son tour. J’ai envie de voir le regard surpris des gens à qui j’offrirai les 217 pages de #Smartarded en leur disant.

C’est gratuit. Ce qui veut dire que ça a déjà été payé.

Il a fallu les efforts d’un auteur, d’un éditeur et d’une foule de lecteurs pour que cet exemplaire vous soit offert… C’est dire combien on a eu envie de le partager avec vous…

Concrètement, Pouhiou a lancé une opération de crowdfunding sur la plateforme Ulule, dont les dons seront utilisés pour imprimer de nouveaux exemplaires de son premier roman #Smartarded, afin qu’ils puissent être distribués gratuitement, à l’occasion de conférences, de rencontres, de salons.

Pouhiou avait déjà initié un jeu de cache-cache génial avec la notion d’auteur, par le biais de la licence CC0. Voilà qu’il se joue à présent des notions de gratuit et de payant et nous entraîne jusqu’au bout de la logique du don. La gratuité est souvent attaquée, comme si elle dévalorisait les oeuvres, mais Pouhiou nous invite à secouer un peu ces préjugés.

Il nous montre aussi paradoxalement que la gratuité a toujours un prix et qu’il faut bien mettre en place un modèle économique pour que des choses soient gratuites. Certains de ces modèles économiques sont rapaces et instrumentalisent la gratuité pour en faire un piège à contenus. Mais d’autres peuvent être vertueux et comme Pouhiou a fait voeu de « non-violence légale » avec la licence CC0, il nous propose d’explorer les potentialités de cette économie du don et du contre-don, en nous offrant une chose très précieuse : la liberté de payer.

Bien sûr, comme dans toute opération de crowdfunding, les donateurs sont récompensés pour leurs dons par des gratifications. Les premières vous permettront par exemple de recevoir l’eBook du second roman #MonOrchide en avant première sur votre boîte mail, d’obtenir des clés USB ou des livres papier dédicacés. Mais des dons un peu plus importants vous ouvriront droit à des récompenses plus originales !

La récompense « Ceci n’est pas qu’un partage » (c’est celle que j’ai choisie of course) vous donne par exemple le grand privilège de… renoncer à votre récompense  ! Au lieu de recevoir un exemplaire papier, vous acceptez qu’il soit donné gratuitement par Pouhiou en votre nom. Excellente mise en abime du concept ! Less is more !

Pour 150 euros, avec la récompense « Ceci n’est pas qu’une question d’ego« , un des personnages du troisième roman à venir portera carrément votre nom ou votre pseudo. Une façon pour Pouhiou de prolonger les jeux d’écriture interactifs avec les lecteurs, qu’il a déjà mis en oeuvre dans les romans précédents, en leur demandant par exemple de lui offrir des phrases à insérer dans son texte.

Avis à mes collègues bibliothécaires, la récompense ultime « Ceci n’est pas qu’une rencontre » est faite pour vous ! Pour 200 euros, Pouhiou en personne se déplacera dans votre établissement pour une conférence, une lecture publique, un atelier d’écriture ou tout autre proposition indécente que vous lui feriez. Et il viendra les bras chargés d’exemplaires de son roman, que vous pourrez ainsi faire entrer dans vos collections. J’avais déjà écrit un billet pour inciter les bibliothécaires à intégrer les eBooks libres de Pouhiou dans leur offre, voilà une excellente occasion d’augmenter encore l’expérience.

D’autres soutiennent déjà cette initiative, comme Antoine Viry sur @Diffuser.net, qui vient de lancer un vrai-faux concours de remix pour emmener les mots de Pouhiou « là où il ne l’aurait même pas imaginé« . C’est aussi ce genre de choses que permet la licence CC0 !

Sur son site Noénaute, Pouhiou a inscrit cette phrase : « Il n’y a pas de marketing, il n’y a que toi« . A nous donc de faire en sorte que cette aventure continue et il reste encore plus d’un mois pour que la campagne de Pouhiou atteigne son objectif ! Quelque chose me dit qu’il va réussir, mais plus les dons seront importants et plus ce succès permettra à sa démarche de rebondir plus loin encore.

PS : allez, moi aussi, je mets quelque chose dans la balance. Si Pouhiou réussit son pari, je passe S.I.lex en CC0. Ceci n’est pas une parole en l’air !

À propos de calimaq

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13 réponses à C’est l’histoire d’un roman qui veut être gratuit (et qui a besoin de vous !)

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  5. gasche dit :

    J’ai un sentiment mitigé. La démarche est intéressante et originale, mais en même temps distribuer gratuitement des objets physiques me semble être la porte ouverte à un gaspillage. On le voit bien avec les flyers publicitaires distribués dans les lieux publics (tous ceux qui n’ont pas la volonté de refuser le jettent juste après). On m’a quelque fois proposé des livres gratuitement (comme récompense à une contribution à une communauté par exemple, ou prix à un concours), maintenant je les refuse, car j’ai observé que je ne prends pas le temps de lire des livres que je n’ai pas vraiment fait le choix d’acquérir, et ces livres inutiles qui prennent de la place sur une étagère et me font culpabiliser (pire quand c’est des livres techniques, car souvent le temps que je me décide à essayer de les donner ils n’ont plus de valeur). La question n’est pas la gratuité ou non (je lis des textes libres de droits), mais plus le fait de me retrouver avec un truc sur les bras sans vraiment avoir eu le temps de faire un choix et d’être sûr que j’en avais besoin/envie.

    Je pense donc que la possibilité d’obtenir un livre gratuitement est intéressante, mais qu’il faut faire très important à la façon de le donner pour s’assurer que statistiquement, la plupart des gens qui le reçoivent en feront bon usage. Certains auteurs font déjà le choix (en général intéressé) de donner des livres aux gens qui promettent d’écrire une revue. Il doit y avoir des choses intéressantes à faire en allant plus loin, mais ça me semble un pari risqué et difficile (plus que d’obtenir l’argent pour produire ces livres au départ).

  6. Je comprends bien ce genre de crainte, qui n’est pas infondée.

    Ces livres seront distribués de ma main, au maximum.
    Quand je les donnerai, je compte bien les charger d’une valeur plus grande que le tarif monétaire : une histoire. L’histoire des gens qui ont participé à rendre ce geste gratuit. l’histoire des bonnes volontés qu’il a fallu convaincre et récolter pour que cet objet soit affranchi de règles commerciales.
    Quand on a vidé la maison de ma grand-mère, après son décès, personne ne voulait de l’argenterie. J’ai pris comme héritage son parapluie. Car quand j’étais petit, je lui avais dit avec une candeur réelle « Il est beau ton parapluie, Manou. Je pourrais l’avoir quand tu seras morte ? » Et elle a éclaté de rire. Cette histoire, elle l’a chérie longtemps : moi je chéris un parapluie. Ma cousine a pris l’horrible horloge 70’s en plastique orange et marron, à la stupéfaction de ma tante. Mais il m’est essentiel de savoir que cette horloge (une babiole… qui m’évoque encore tant de dimanches à manger du poulet sauce poulette) reste dans la famille. C’est l’horloge de Manouchette. Sinon, elle avait des tableaux. Moches et chers. Ils ont étés vendus.

    Tout cela pour dire que la seule valeur que l’on accorde à un objet, c’est l’histoire qui l’accompagne. Même quand cette histoire est « Vu le prix que ça ma coûté : j’y tiens ! » la valeur vient de l’histoire du travail effectué pour gagner cet argent, ou des objets qui n’ont pas été achetés pour se consacrer à cette possession.

    Ces livres auront une valeur bien plus importante que de l’argent parce qu’ils seront gratuits. Mon défi sera de les faire adopter.

    • Merci ! Sachez qu’il y a aussi une version epub de disponible (avec un html répondant aux exigences de lisibilité).Si je peux aider à l’inclure dans wikisource, ce sera avec plaisir. N’hésitez pas à me contacter..

  7. freeshokin dit :

    Il est aussi possible d’offrir gratuitement un produit matériel en quantité limitée, tout en pensant déjà au prochain produit qu’on offrira.

    Un livre est bien plus qu’un flyer. Un concert est bien plus qu’un disque ou qu’un fichier ogg. Rien de tel qu’aller voir les artistes quitte à faire des kilomètres. Après, on peut acheter le disque en salle de concert, au lieu de l’acheter dans un centre d’achats. Pour ce qui est du bon usage, il m’est déjà arrivé d’acheter au Québec des disques de musique québécoise qu’on ne trouvait pas (ou que peu) en Suisse, puis de les offrir à prix rabais dans une annonce mentionnant ce qui suit :

    « 5 francs (suisses). Si vous remarquez que vous l’avez laissé au fond d’un tiroir durant plus d’un mois, écoutez-le à nouveau. Si vraiment vous n’appréciez pas sa musique, recontactez-moi et je vous rends 5 francs. D’autres personnes s’en délecteront. »

    [Bien sûr, c’est de la musique que j’aime. Heyn ! Donc, on ne compte pas si c’est à perte.]

    En tout cas, bien joué pour la licence CC0. Faisons en sorte que de plus en plus de personnes l’utilisent. Il y a déjà quelques personnes qui l’utilisent pour leurs ebooks. Un temps viendra où les musiciens le feront aussi avec leurs oeuvres musicales. [Pour les articles scientifiques, il paraît que passer par un éditeur dans une revue scientifique dans une licence Creative Commons coûte la peau des fesses. Aïe !]

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