En marche vers une « gadgétisation » des droits culturels avec Françoise Nyssen ?

Voilà bientôt une dizaine de jours qu’une polémique a éclaté à propos de l’idée de faire voyager La Joconde en France. Le gouvernement semble envisager cette possibilité en dépit des avis défavorables des experts eu égard aux risques de détérioration de l’oeuvre et au coût exorbitant d’une telle opération (30 millions d’euros !). C’est pourtant une des propositions qui ressortent du plan « Joconde, etc… Culture près de chez vous » dont le lancement a été annoncé à la fin du mois dernier par la Ministre de la Culture Françoise Nyssen.

L’idée générale consiste à promouvoir une série d’actions afin de lutter contre le phénomène des « zones blanches » ou « déserts culturels », à savoir les 86 portions du territoire national les moins bien pourvues en équipements culturels (Outre-Mer, Loiret, Eure, Moselle, etc.). Pour remédier à cette situation, le plan comporte une liste de mesures visant à délocaliser des activités culturelles, avec un focus particulier sur la mise en circulation des collections des musées :

Un catalogue de chef d’œuvres « iconiques » et déplaçables doit être élaboré par un expert. Ce « commissaire général » dont le nom n’a pas encore été annoncé devra lister les « désirs » des territoires culturellement peu pourvus en musées ou théâtres (des « zones culturelles blanches »), et voir ensuite avec les grands musées nationaux concernés quelles toiles et sculptures peuvent être déplacées sans risque. Les chefs d’œuvre pour lesquels tout mouvement est déconseillé, en raison de leur grande fragilité, seront numérisés et présentés via des écrans dans 200 nouvelles « Microfolies », ces petits musées mobiles et numériques, au nombre d’une dizaine actuellement.

Au-delà du plan en lui-même, il est important de relever que son annonce a constitué pour Françoise Nyssen la première occasion depuis son entrée en fonction de mobiliser la notion de « droits culturels » pour justifier la mise en place d’une politique. Elle a notamment déclaré lors du discours de présentation :

Les droits culturels ne sont pas des droits accessoires, il faut faire vivre la culture loin des dorures.

Or il paraît assez périlleux de recourir à une telle notion au soutien de ce genre de mesures et il me semble même que cette opération comporte un risque de « gadgétisation » des droits culturels qu’il convient de contrer immédiatement pour ne pas voir leur potentiel émancipateur se perdre dans les sables de la communication et de la récupération.

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