Archives en ligne : un continent numérique à découvrir (Liste Bibliopedia et Carte Google)

Les bibliothèques sont loin d’être les seuls établissements à numériser leurs collections. Récemment, je me suis intéressé de près à ce que font les archives en matière de numérisation, domaine avec lequel je n’étais pas vraiment familier.

Et je dois dire que j’ai été frappé par le volume et la variété des documents qui ont été portés en ligne par les services d’archives en France. Il y a là un véritable continent numérique à découvrir !

A la découverte du territoire numérique des archives. (Plan cadastral parcellaire. Tableau d'assemblage. Archives communales de Romans-sur-Isère)

A la découverte du territoire numérique des archives. (Plan cadastral parcellaire. Tableau d'assemblage. Archives communales de Romans-sur-Isère)

De la même manière que je m’étais lancé cet été dans un recensement systématique des bibliothèques numériques en France, il m’a semblé intéressant d’essayer donner une image aussi complète que possible des archives en ligne.

Il existe déjà une liste des Archives numérisées et accessibles en ligne sur le site du ministère de la Culture permettant des recherches par type de documents, ainsi qu’une carte relative à la numérisation de l’état civil. Mais il m’a semblé qu’on pouvait aller un peu plus loin et surtout j’ai voulu verser les résultats de la recherche dans des outils ouverts qui permettront à quiconque de les compléter et de les mettre à jour au fil des évolutions. En matière de signalement, au-delà de l’approche institutionnelle, il me semble important de faire une place à l’intelligence collective pour augmenter la visibilité des ressources numériques.

De toute façon, en matière d’accès, la notion de doublon n’a pas de sens !

Vous trouverez ainsi une liste des archives en ligne sur Bibliopedia, le wiki des bibliothécaires, archivistes et documentalistes francophones, pointant vers 90 sites (57 archives départementales, 29 archives municipales et 4 sites rattachés aux services centraux et aux ministères).

Bibliopedia. Archives en ligne. Cliquez sur l'image pour consulter la page.

Bibliopedia. Archives en ligne. Cliquez sur l'image pour consulter la page.

Et pour varier les plaisirs accès, ces résultats ont été également reportés sur une carte Google (comme je l’avais fait pour les bibliothèques numériques en France).

Après avoir passé un certain temps à visiter et explorer les sites d’archives, je dirais qu’on est frappé par la relative homogénéité des contenus et des interfaces. Les services d’archives ont mis en ligne en priorité des "filons documentaires" qui font leur spécificité : état civil, registres paroissiaux, cadastre, recensements, recrutements militaires. Mais au-delà de ce socle commun, on trouve également des fonds très riches en matière d‘iconographie (les "documents figurés" dans le jargon des archivistes) : cartes postales, photographies, cartes et plans, dessins, gravures, etc. Plus rarement viennent s’ajouter des types d’ouvrages que l’on a l’habitude de retrouver dans les bibliothèques numériques : presse, livres.

Au niveau de la logique de navigation, il faut bien avouer qu’on est un peu dérouté au premier abord par la manière dont les archives en ligne fonctionnent, lorsqu’on est habitué comme moi à fréquenter des bibliothèques numériques. Je dirais que les archives numérisées relèvent plus de la logique de l’index que de celles du moteur ou du catalogue. Les documents sont ventilés au sein de longues arborescences permettant d’atteindre un degré très fin de granularité. Il me semble que ce mode de fonctionnement est très performant pour permettre à un utilisateur de trouver ce qu’il cherche lorsqu’il a déjà une idée précise en tête.

Autre point fort des archives en ligne : la qualité de la description des documents que procure l’utilisation de la DTD EAD (Encoded Archival Description pour les intimes). Les arborescences que je mentionnai plus haut sont le reflet d’une information fortement structurée et de métadonnées d’une grande richesse. C’est un avantage non négligeable dans la perspective du web sémantique (à condition de pouvoir ouvrir et exposer ces données).

En revanche, j’ai relevé un point faible, qui m’a d’ailleurs un peu surpris. On sait que les documents d’archives intéressent des publics particuliers, comme les généalogistes ou les passionnés d’histoire locale, très actifs sur le web et qui tendent à former des communautés d’utilisateurs. Or les interfaces des archives en ligne restent dans l’ensemble assez peu interactives et je n’ai pas vraiment repéré d’espaces permettant le dialogue et l’échange entre les archivistes et leur public (mais j’ai pu les manquer ! Si c’est le cas n’hésitez pas à me les signaler dans les commentaires !). Certaines sites proposent néanmoins des systèmes d’annotations collaboratives particulièrement intéressantes.

Les images : un des points forts des archives en ligne. (Carte publicitaire "A. Lemert, O.A." : The famous moonlight jazz. Archives municipales de Saumur)

Les images : un des points forts des archives en ligne. (Carte publicitaire "A. Lemert, O.A." : The famous moonlight jazz. Archives municipales de Saumur)

Pourtant, étant donné le volume et la richesse des contenus en ligne, ainsi que l’existence de communautés d’utilisateurs qui ont l’habitude de travailler de manière collaborative, il me semble que les archives en ligne pourraient s’inscrire davantage dans les tendances du Web 2.0. Et ce d’autant plus que les archivistes accomplissent déjà un travail de médiation intéressant par le biais de mises en scène de leurs fonds numérisés, sous la forme d’expositions virtuelles et de parcours (voir ici par exemple à Ivry-sur-seine ou là aux Archives nationales de l’outre-mer). La dissémination de tels produits documentaires en dehors des sites d’archives pourrait aussi s’avérer une stratégie payante, mais je n’en ai pas vu d’exemples.

Pour ne rien vous cacher, cet intérêt subit pour l’univers des archives ne découle pas d’une envie de faire mon arbre généalogique ! Il y a un certain lien avec mes marottes juridiques… Au delà de ce recensement des archives en ligne, je me suis en effet intéressé de près au statut juridique et aux conditions de réutilisations des documents numérisés, pour prolonger l’étude que j’avais faite en juin à propos des bibliothèques numériques.

A cette fin, j’ai recensé et analysé les mentions légales des sites d’archives que vous pourrez retrouver ici dans une base de signets delicious (Delicious est un outil bluffant pour réaliser ce type d’analyses statistiques. Je vous conseille d’essayer).

Le dépouillement de ces données est en cours et j’y consacrerai un billet prochainement dans S.I.Lex. Globalement la tendance est la même que celle que j’avais relevée pour les bibliothèques numériques, à savoir une certaine fermeture des mentions légales et une propension à s’appuyer sur la propriété intellectuelle pour poser des conditions à la réutilisation des documents.

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu un peu de mal à trouver des images réutilisables en ligne pour illustrer ce billet (alors que mon blog est absolument vierge de toute arrière-pensée commerciale), mais on en trouve quand même.

bulle

On trouve des documents réutilisables en ligne sur les site d'archives. Celui des archives municipales de Bourg-en-Bresse est même placé sous une licence Creative Commons (Bulle du Pape Jules II - 16 juillet 1506. Archives municipales de Bourg-en-Bresse. CC-BY-NC-ND)

Je vous laisse d’ailleurs avec ma mention légale préférée que j’ai trouvée sur le site des Archives Départementales des Alpes Maritimes :

Le droit d’informer ou d’être informé, l’accès à la culture et à l’éducation figurent au premier rang des Libertés Collectives. L’image est un moyen d’expression et d’information désormais reconnu en droit interne par certaines décisions de Juridictions sur le fondement de l’article 10 de la Convention Européenne des droits de l’Homme et doit, à ce titre, être libre. C’est dans ce dessein que le Conseil Général met à votre disposition des images et des documents provenant d’archives entrées par dons, acquisitions ou versements. Leur diffusion a été strictement vérifiée dans le respect des lois sur les droits d’auteurs et sur le droit au respect dû à la vie privée.

Je leur délivre le S.I.Lex Award de la mention légale la plus émouvante !

Bonne découverte des archives en ligne ! N’hésitez pas à me signaler en commentaires mes éventuels oublis ou erreurs. La liste Bibliopedia et la carte Google peuvent d’ailleurs être modifiées directement en ligne (elles sont même faites pour ça !).

PS : Grand merci à Aurélia, Pauline et Florence pour leur aide et leur confiance !

À propos de Lionel Maurel (Calimaq)

Ce blog est tenu par : Calimaq - aka Lionel Maurel Juriste & Bibliothécaire. Contact : calimaq at gmail point com
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14 réponses à Archives en ligne : un continent numérique à découvrir (Liste Bibliopedia et Carte Google)

  1. Aurélia dit :

    MERCI INFINIMENT pour ce recensement et ces analyses (dont on attend la suite).

  2. Merci beaucoup pour ce travail et pour ce regard extérieur sur nos réalisations.
    Et en effet, il y a encore beaucoup à faire pour passer le cap des "archives 2.0.".., même si les opérations d’annotation collaborative mises en place par plusieurs services d’archives sont déjà exemplaires en la matière.

    Nous attendons la suite avec impatience…

    • calimaq dit :

      @Pauline

      Oui, tu as raison.

      En matière de web 2.0, il y a beaucoup de "gadgets" ou d’excroissances qui jouent plus sur l’image qu’elles n’apportent une réelle plus-value.

      Les annotations collaboratives mises en place dans les services d’archives constituent de vraies expériences de co-production de contenus avec les usagers.

      A vrai dire, je ne connais pas vraiment d’équivalent du côté des bibliothèques numériques.

  3. Manuela Wyler dit :

    Bonjour
    Bravo pour cette cartographie .Pourquoi ne pas rajouter les institutions privées ? Par exemple le CDJC Mémorial de la Shoah [http://www. memorialdelashoah.org] à Paris qui a numérisé une partie importante de ses fonds et les a mis en ligne avec un outil de recherche fulltext:
    http://mms.pegasis.fr/jsp/core/MmsGlobalSearch.jsp le CDJC a également numérisé nombre de fonds des AD relatifs aux persécutions raciales ces fonds ne sont pas en ligne pour respecter les conventions passées avec la DAF et les Conseils Généraux.

    • calimaq dit :

      @Manuela

      Effectivement, j’ai pour l’instant laissé de côté les réalisations des institutions privées, mais elles devraient figurer dans ces recensements. Après tout, du point de vue de l’utilisateur, c’est avant tout le document qui compte.

      Il y aurait aussi un intérêt à étudier les conditions de réutilisation des documents numérisés par des institutions privées, pour voir si l’on repère des différences par rapport aux pratiques des institutions publiques.

      J’ai l’intention de le faire dans un second temps, mais je regrouperai certainement bibliothèques, archives et (pourquoi pas) musées privés.

      D’ici là, j’ajoute une catégorie Archives privées sur la carte et la liste Bibliopedia.

      Et n’oubliez pas qu’il s’agit d’instruments ouverts que vous pouvez modifier directement en ligne si vous repérez des lacunes.

    • calimaq dit :

      @Manuela

      Bonjour,

      Il m’aura fallu le temps, mais j’ai ajouté votre institution à la liste et sur la carte, au sein d’une catégorie "Archives privées".

      Si d’autres services d’archives privées ayant effectué des numérisations de leurs fonds veulent y figurer, ils peuvent s’ajouter directement ou me le signaler.

  4. Ping : Liens : Outils et services 10/20/2009 - ilozen

  5. Mag DL dit :

    Bonjour,

    votre analyse est des plus intéressantes. En effet, le manque d’interactivité des archives en ligne constitue un retard dans l’appropriation du Web 2.0 par rapport aux bibliothèques. Il est lié au fait que la valorisation des archives, si elle est une mission des services, n’est ni la première ni la plus importante comme c’est le cas pour les bibliothèques. La collecte des archives et leur conservation demeure la priorité (chronophage) des services d’archives. Il en résulte en particulier que peu de services ont les moyens de se doter de personnel dédié à la valorisation et de mener une véritable réflexion sur ces questions. Il faut donc en général attendre que les évolutions des pratiques soient intégrées par les agents en tant que particuliers pour les voir réutiliser dans le cadre professionnel.
    Néanmoins, au-delà des plateformes d’annotations collectives, de plus en plus de services réfléchissent aujourd’hui à la manière de "rapatrier" les échanges de leurs usagers sur leurs sites, via blogs, forums etc. Cf. par exemple, même si le thème s’éloigne un peu des ressources en ligne, le blog tout juste créé par les archives départementales de Meurthe-et-Moselle autour de leurs exercices de paléographie en ligne.

    Merci des outils mis en place dans le cadre de votre étude, qui ne laisseront pas d’intéresser les professionnels.

  6. Florence dit :

    Tout ceci commence à devenir vraiment intéressant. On découvre des choses que l’on n’aurait pas soupçonné, je pense ici au blog des archives de Meurthe et Moselle. Il est clair que le monde des archives a encore beaucoup à tirer de l’exploitation du web 2.0.

  7. Bonjour,
    Je vous signale aussi l’expérience des AM de Rennes, où nous pratiquons l’indexation collaborative par les internautes depuis 2005.
    Nous sommes en pleine refonte de site (TYPO3) et nos projets (2010/2011) sont très axés sur le Web2 (blog, filRSS, collecte de témoignages oraux, réseaux sociaux…).
    Je mets ce blog dans mes favoris, il me plait bien !
    Cordialement,
    JDG

  8. Ping : Archives en ligne : une étude des conditions de réutilisation « :: S.I.Lex ::

  9. Emilie dit :

    Bonjour,
    Je vous signale également le site des archives départementales du Cher ( http://www.archives18.fr/article.php?laref=1 ) ainsi que celui des archives départementales de la Nièvre ( http://archives.cg58.fr/ )
    Merci pour ce billet, dans l’attente de votre analyse sur les mentions légales.
    Archivistiquement

  10. Guillaume dit :

    Bonjour,
    [La collecte des archives et leur conservation demeure la priorité (chronophage) des services d’archives. Il en résulte en particulier que peu de services ont les moyens de se doter de personnel dédié à la valorisation et de mener une véritable réflexion sur ces questions. Il faut donc en général attendre que les évolutions des pratiques soient intégrées par les agents en tant que particuliers pour les voir réutiliser dans le cadre professionnel]

    Je partage tout à fait cet avis. Notre seconde expérience après le site web est notre présence sur les réseaux sociaux avec notre nouvelle page facebook pour les Archives départementales d’Indre-et-Loire : https://www.facebook.com/archives37
    Ce sont nos débuts dans le mode participatif avec notre page, que je vous invite à consulter/partager…:)
    l’AAF (Association des Archivistes français) proposait déjà aux archivistes des stages sur les Archives et les réseaux sociaux, la valorisation culturelle mais organisera en 2014, une formation "Conduire un projet d’archives participatives" . Nous sommes bien déjà dans cette problématique mais nous découvrons les outils et il nous faut convaincre.

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