Les Copyright Madness de la semaine : mais pourquoi sont-ils si méchants ?

  1.  
  2. Chroniques de la propriété intellectuelle en délire : semaine du 16 au 23 juillet.
    Les usages abusifs de droits de propriété intellectuelle ont été particulièrement nombreux et choquants la semaine dernière… Au point que se pose la question : mais pourquoi sont-ils si méchants ?
    Censored by copyright. Le rappeur américain Lord Finesse a une conception du droit d’auteur… comment dirais-je ?… toute en finesse ! Il a en effet attaqué le musicien indépendant Mac Miller pour avoir réutilisé un sample que lui-même… avait « piqué » au jazzman Oscar Peterson pour servir de fonds musical à sa chanson Hip 2 game, publiée en 1995 ! Ne faites pas ce que je fais… L’activiste musical anglais Dan Bull a voulu dénoncer ce comportement par le biais d’une parodie qui reprenait ledit sample. Qu’à cela ne tienne, Lord Finesse a aussitôt effectué une demande de retrait auprès de Youtube pour clouer le bec à cet impertinent ! Vous avez dit censure ? 
  3. Mais Dan Bull, en fin connaisseur des arcanes du copyright, a contre-attaqué avec cette vidéo qui souligne que la liberté d’expression est elle aussi protégée, par le biais du droit à la parodie et du fair use.
    Nombreux sont ceux qui, comme Lord Finesse, pensent que leurs moyens financiers peuvent leur servir à utiliser le copyright à des fins de censure en toute impunité. Mais c’est sans compter sur le fameux effet Streisand que Dan Bull a su merveilleusement déclencher. Des centaines d’utilisateurs ont reposté sa vidéo sur Youtube de signe de soutien et l’on se prend à rêver à présent que les descendants d’Oscar Peterson décident à leur tour de demander des comptes à Lord Finesse après l’avoir visionnée ! 
  4. Pas de chansonnette pour Obama. Ce cas de dérapage du droit d’auteur vers la censure est à rapprocher de celui-ci : des vidéos de campagne mettant en scène Barack Obama chantant lors de meeting « I’m so in love with you » ou « Let’s stay together » ont été retirées sur Youtube à la demande des titulaires de droits. C’est déjà contestable en soi, mais d’autres vidéos, du concurrent républicain d’Obama, Mitt Romney, ont également été retirées, alors qu’il voulait critiquer la manière dont le Président utilisait ces chansons, en comparant la réalité aux paroles. Que deviennent la liberté d’expression e la critique quand l’application du droit est laissée à la discrétion de mécanismes automatiques ?
  5. Pour continuer, deux cas qui illustrent parfaitement la fragilité de la notion de domaine public.
    Le magicien d’Oz jette un mauvais sort au domaine public. La semaine dernière, la bande annonce de la nouvelle adaptation par Sam Raimi du roman de L. Frank Baum a été dévoilée et on apprenait à cette occasion dans un article du Huffington Post que le réalisateur avait eu « des difficultés à faire cohabiter des éléments du film de Fleming avec le sien« . Par exemple, il n’a pas pu « utiliser les souliers de rubis de Dorothy présents dans l’original puisque la Metro Goldwyn Mayer en détient les droits« .
  6. Étrange, me direz-vous, si l’on prend en compte le fait que le magicien d’Oz est dans le domaine public. Les fameux souliers de rubis portés par Judy Garland dans le film de 1939, les voici ci-dessous (merci Wikimedia Commons !). Il s’agit en fait d’une modification introduite dans l’adaptation de Fleming par rapport au roman original, où les souliers de Dorothy sont en argent.
  7. En fait, le magicien d’Oz a fait l’objet d’une bataille en justice entre Disney, à l’origine de la nouvelle version tournée par Raimi et Warner Bros. qui a racheté à la Metro Goldwin Meyer les droits sur le film de 1939 (vous suivez toujours ?).
  8. Un jugement a été rendu à la fin de l’année 2011 à ce sujet qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur le domaine public. Les juges ont en effet donné raison à Warner Bros. en considérant que l’apparence visuelle des personnages d’un film pouvait faire l’objet d’une protection autonome, quand bien même le roman original est entré dans le domaine public.
  9. Or dans un cas comme celui du Magicien d’Oz, il est très difficile de démêler les apports respectifs du livre et de la première adpatation au cinéma, ce qui brouille les contours du domaine public et fragilise fortement cette notion.
    Ho, un cas de Nécropyright ! Après la mort, il se passe parfois des choses étranges avec le droit d’auteur et @M_1gor a signalé sur Twitter un exemple très intéressant de nécromancie juridique !
  10. m_1g0r
    [Desidia] Du #droit des oeuvres posthumes… http://ur1.ca/9t9jj #copyrightmadness cc @Calimaq
    Sat, Jul 21 2012 04:19:10
     
     
  11. Les découvreurs de partitions inédites du compositeur Johann Jakog Froberger se sont vus reconnaître un droit exclusif sur ses oeuvres qui leur a permis de les vendre aux enchères, mais surtout d’en limiter drastiquement la diffusion afin de faire monter les prix. Comment est-ce possible, attendu que ce compositeur est décédé en 1667 et que ses créations sont donc depuis longtemps entrées dans le domaine public ?
  12. C’est qu’en fait le Code de Propriété Intellectuelle reconnaît au profit des personnes qui découvrent une oeuvre posthume inédite au-delà des 70 ans après la mort de l’auteur un droit exclusif spécial d’une durée de 25 ans, pour les inciter à la publier. Or ce cas montre que loin de favoriser la révélation de trésors oubliés, cette aberration juridique porte indûment atteinte à la légitimité du domaine public.
  13. Passons à présent au Trademark Madness et vous allez voir que la semaine a également été corsée de ce point de vue !
     
    Les saucisses de la discorde. Le saviez-vous, les saucisses au curry constituent une spécialité culinaire fort prisée des habitants de la Ville de Berlin, à tel point qu’une bataille judiciaire sans merci oppose les membres de la famille qui revendique leur introduction dans les années 60. Finalement, le père a eu gain de cause contre le fils et pourra lui interdire d’utiliser l’appellation « Currywurst depuis 1960 », afin de l’empêcher de « voler le fruit de son labeur »…
  14. Pas de concurrents, bonnes nouvelles. L’affaire a défrayé la chronique la semaine dernière : l’AFP a utilisé le droit des marques pour obliger le compte parodique @AFPresque à changer de nom. Plutôt que de risquer un procès hasardeux, les titulaires du compte ont préféré obtempérer et rebaptiser le profil @RédactionFrancePresque. L’intimidation paie hélas toujours autant…
  15. Les JO à la carte, terminé ! Et revoici cette semaine encore le CIO, qui s’affirme comme le grand champion du délire juridique cet été. Cette fois, c’est un restaurant grec de Philadelphie qui a fait les frais de ses foudres judiciaires. L’enseigne, qui portait le nom de Greek Eatery Olympic Gyro depuis 30 ans, a été obligée de l’abandonner  motif que cela nuisait aux intérêts des sponsors officiels de la compétition Coca-Cola et Mac Donald’S…
  16. Je m’étonne d’ailleurs que le CIO n’ait pas déjà agi pour faire fermer le site Digilympics, qui propose un dispositif astucieux à base de puces Arduino pour faire avancer en envoyant des tweets des figurines Lego faisant la course. Entre le CIO et Lego, deux Trademark Bullies impitoyables, on se dit que les créateurs de Digilympics aiment vivre dangereusement !
  17. Et pour clore cette semaine mouvementée, une vidéo que je n’hésiterais pas à classer dans la catégorie NoSafeForMind… Il s’agit du seul et unique traiteur pyrotechnique (vous avez bien lu…) qui met en avant dans cette vidéo promotionnelle le fait qu’il est « protégé par droit d’auteur »… Tenez-le vous pour dit, pas question de l’imiter ! En même temps, ce n’est pas tellement appétissant et ça a l’air passablement dangereux !
     

6 réflexions sur “Les Copyright Madness de la semaine : mais pourquoi sont-ils si méchants ?

  1. LCB

    Formidable. Tous des grands malades du copyright !!!
    Pour la partie Obama / Romney, c’est un grand classique de chaque élection présidentielle US. Dès qu’il s’agit de politique les ayants droit américains découvrent la notion de droit moral (qui pourtant n’existe pas chez eux) et ça marche : Les partis obtempèrent…
    Mention spéciale au CIO….
    Mon préféré : Le traiteur.
    Mais (demanda-t-elle, perfide) il a demandé les droits de synchronisation de la musique, Monsieur-le-traiteur-qui-s’y-connait-en-PI ? Je pense que les ayants droits auraient matière à invoquer l’atteinte de leur droit moral (quoique…), En tout cas nous pourrions invoquer le droit moral de nos yeux (et de nos estomacs)
    Merci en tout cas pour ces posts

    1. Effectivement, bien vu en ce qui concerne la musique sur la vidéo du traiteur.

      Personnellement, en tant que musicien, je ne pourrai pas supporter que ma création soit ainsi associée à de tels monceaux de salami ;-)

  2. Excellent article. Merci. Je me dis qu’Eric Chevillard qui a truffé son roman Démolir Nisard de fausses dépêches AFP hilarantes doit être mal, là.

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  4. Oliburuzainak

    Je me sens d’une grande naïveté tout-à-coup, j’ai dû surestimer la portée et la force du principe du fair use, que j’enviais tellement Outre-Atlantique…

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