Les Copyright Madness de la semaine : pas de vacances pour les Copyright trolls

  1. Chroniques de la propriété intellectuelle en délire : semaine du 9 au 15 juillet
    Avec l’arrivée des vacances, on aurait pu penser que cette semaine serait un peu plus calme, mais ce n’est guère le cas. A croire que les Copyright Trolls et les Trademark Bullies ne prennent jamais de congés !
    Le fond du trou.  On commence lundi avec Thomas Fourmeux sur Twitter qui repère un usage particulièrement contestable du droit d’auteur, mis en oeuvre par TF1.
  2. En pleine polémique à propos de la diffusion d’extraits de conversation entre Mohammed Merah et la police lors de l’émission Sept à Huit, TF1 obtient la supression de vidéos postées sur Youtube « pour des raisons de droits d’auteur ». Des raisons de droit moral, sans doute…
  3. Un sourcil qui marque... J’ai failli passer à côté de ce cas la semaine dernière et c’eût été bien dommage. Le basketteur Antony Davis s’est dinstingué en se laissant pousser un mono-sourcil au-dessus des yeux. Afin d’éviter que des slogans et des spots publicitaires n’utilisent cet attribut pileux sans qu’il ne touche de dividendes, le joueur a déposé les expressions « Fear the brow » et « Raise the brow » comme marques… Une tactique au poil !
  4. Les porno-trolls : arroseurs arrosés. Une américaine du Kentucky a décidé de réagir après avoir été menacée par des juristes recrutés par des producteurs pornographiques pour avoir téléchargé illégalement des films X. Harcelée pour verser une forte somme d’argent en échange de l’abandon des poursuites, elle clame pourtant son innoncence, car elle affirme d’avoir jamais commis de tels actes. Elle a donc décidé de contre-attaquer en traînant 5 studios de production de films X en justice pour racket. Le cocasse dans cette histoire, c’est que plus de 200 000 personnes sont visiblement dans le même cas aux Etats-Unis, l’industrie pornographique s’étant livrée à de telles intimidations à grande échelle pour récupérer de juteuses sommes d’argent. La riposte de cette américaine en colère pourrait se transformer en gigantesque class action !
  5. JO : l’esprit de ©oubertin. En visitant le site ci-dessous, vous constaterez comme le fait remarquer Julien Deswaef sur Twitter, que le clip de Muse qui sert d’hymne aux JO a été bloqué depuis Youtube… à la propre demande du CIO !
  6. Ce type de comportement annonce sans doute bien d’autres dérapages qui vont survenir lors des jeux olympiques de Londres, car le CIO a édicté des règles drastiques pour protéger ses intérêts commerciaux et ceux des marques associées l’événement. Le Copyright Madness risque bien de battre des records cet été !

    D’ailleurs, @Bituur_esztreym signale cet article anglais sur Twitter qui fait froid dans le dos, tant les moyens de répression et de censure déployés à l’occasion de ces JO anglais sont impressionnants. Des fleuristes et un magasin de lingerie ont déjà été priés de refaire leur vitrine, parce qu’ils avaient osé y placer des décorations reprenant le motif des anneaux olympiques (déposés comme marque). Et pour complaire au  généreux sponsor MacDonalds, une exclusivité a lui été accordée sur… les frites, durant toute la durée de l’événement. Les autres restaurants ne pourront servir de frites, avec une seule exception quand même, pour l’un des plats nationaux anglais : le fish and ships !
  7. Copyright Holocaust. Un auteur de BD considérait que le choix fait par Art Spiegelman dans Maus de représenter les nazis en chats et les déportés en souris était contestable, car cela revenait à laisser entendre qu’il y aurait eu des bourreaux et des victimes « par nature ». Il décida donc de détourner la BD originale et d’en proposer une version où tous les personnages sont des chats, intitulée Katz. Hélas, Flammarion, l’éditeur de Maus, ne l’a pas entendu de cette oreille, et sous la menace d’un procès en contrefaçon, a obtenu ni plus ni moins que la destruction de tous les exemplaires de Katz
  8. Le pire, c’est qu’une vidéo a été tournée de la mise au pilon, constatée par huissier de justice :

  9. L’auteur de Katz aurait sans doute eu du mal en justice à se défendre sur la base de l’exception de parodie et de pastiche. Ce véritable autodafé, commis au nom du droit d’auteur, en rappelle hélas d’autres, de sinistre mémoire (oui, je sais Point Godwin…). L’histoire ne dit pas ce qu’Art Spielgelman pensait de tout cela…
    Insane Endless Warrior.  Mais le pire cette semaine, ce fut de constater que malgré la claque historique reçue par le traité ACTA au Parlement européen, les extrémistes du copyright continuent à actionner tous les leviers dont ils disposent au niveau mondial pour faire passer en force leur texte.
    C’est le cas avec le traité CETA entre le Canada et l’Union européenne, dans lequel la Commission essaie de « recycler » de gros morceaux d’ACTA, copiés mots pour mots dans le texte !
  10. En Asie, c’est un traité TPP (Trans-Pacific Partneship), fortement poussé par les Etats-Unis, qui pourrait implanter des principes similaires à ceux d’ACTA dans cette partie du monde. Stratégie des dominos ?
  11. Et aux Etats-Unis, voici un nouveau projet de loi qui reprend des dispositions très contestables du projet SOPA, lui aussi sèchement écarté par un vote du Congrès. Il s’agit notamment d’instaurer des attachés dans toutes les embassades américaines pour « défendre la propriété intellectuelle ». A quand les IP-Shérifs ?

Tant de mépris pour la démocratie et d’obstination aveugle m’ont fait penser à la conférence donnée en mai dernier par Lawrence Lessig à Sciences po, où il avait parlé des lobbyistes du copyright, comme d’un Endless Warrior, agissant sans relâche avec des moyens financiers énormes sur les décideurs pour faire plier les lois dans leur sens et revenant sans cesse à la charge quand bien même il peut être mis ponctuellement en échec.

Lessig en appelait à l’intelligence collective et citoyenne pour lutter contre ce guerrier infatigable.

Qui coupera une fois pour toutes la tête de l’Hydre de Lerne ?

7 réflexions sur “Les Copyright Madness de la semaine : pas de vacances pour les Copyright trolls

  1. Ping : Les Copyright Madness de la semaine : pas de vacances pour les Copyright trolls | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it

  2. C’est avec une horreur fascinée que j’ai parcouru cet article… Qu’il faut à mon sens largement diffuser, pour montrer à quel point le concept de propriété intellectuelle n’est pas un rêve mouillant les draps de juristes mais bien quelque chose qui coince nos vies et en grippe les jolis rouages.
    Marchi à toi !

    1. Ce qui me désole, c’est que c’est comme ça chaque semaine… Je n’ai même pas vraiment à faire une veille approfondie pour dénicher ces exemples de délires juridiques. Toutes les semaines, il y a des cas d’abus manifestes des droits de propriété intellectuelle.

      Mais Show Must Go On, comme on dit…

      Calimaq

  3. Ping : Les Copyright Madness de la semaine : pas de vacances pour les ... | Copyright VS Creative Common | Scoop.it

  4. Nicolas Esprime

    D’autres exemplaires de Katz pourraient être disponibles bientôt via internet sur une plate-forme en cours de création, Dust, dont le concept sera de défendre le droit au piratage dans un but artistique : « Le principe existe dans le monde musical avec le sampling. Il s’agit de montrer que c’est tout aussi intéressant en BD ».
    http://www.lesoir.be/archives?url=/culture/livres/2012-01-30/art893714-893714.php (janvier 2012)

    « Pour le côté légal de DUST, on doit encore consulter des avocats. Gageons que Katz nous donnera l’occasion d’en connaître… »
    http://www.du9.org/entretien/katz-2/ (mars 2012)

    « La suite du projet sera Meta Katz, si on nous en donne l’autorisation. Ce sera un recueil avec les contributions de plusieurs personnes sur cette affaire. On veut aussi trouver une manière de relancer les livres détruits sur le marché. Inverser le processus des grands éditeurs qui pilonnent les livres qu’ils ne vendent pas. Nous, on veut vendre les livres que l’on a pilonné. Peut-être en vendant de la cendre, je ne sais pas. On a trente-trois sacs poubelle remplis de confettis, on va trouver un moyen de les diffuser. »
    http://klaatumag.com/apres-la-destruction-de-katz-rencontre-avec-ilan-manouach/ (avril 2012)

    1. Nicolas Esprime

      « Néanmoins, on peut aussi imaginer que cette sanction était nécessaire. Sans mise au pilon, pas de justification de la remise en question du système du droit d’auteur à partir d’un exemple concret et particulièrement adapté. Pas de MetaKatz non plus, et donc pas de « performance » éditoriale, au sens anglais. Car finalement, la démarche, pour être comprise, doit être envisagée dans sa globalité : le détournement de Maus à partir d’une idée intellectuellement pertinente ; la publication du volume au moment du festival d’Angoulême, présidé par Spiegelman ; la médiatisation du pilonnage ; enfin, la parution de MetaKatz, quelques mois après MetaMaus. Ce sont toutes les étapes de production qui doivent être prises en compte afin de rapprocher l’événement d’autres « happenings » de l’éditeur, comme par exemple le travail autour de Judith Forest. » http://orbi.ulg.ac.be/handle/2268/129278 (mai? 2012)

  5. Ping : Sotchi, ou l’art de taper à côté | Diffractions

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