Que manque-t-il pour avoir des licences open Hardware qui fonctionnent ?

J’ai eu la chance cette année de participer à l’édition 2016 du festival Pas Sages En Seine (PSESHSF), qui avait la particularité de se dérouler à la médiathèque Louis Aragon de Choisy-le-Roi (bravo aux collègues d’avoir abrité en leurs murs cet événement emblématique de la Culture Libre !).

J’ai pu y faire une conférence sur les licences Open Hardware, dont la captation vidéo est accessible en ligne (cliquez sur l’image ci-dessous pour la voir).

PSES

Et voici la présentation que j’ai utilisée (que vous pouvez télécharger depuis Slideshare pour bénéficier des commentaires écris que j’ai ajouté sous chaque slide).

Le texte ci-dessous résume la problématique que je voulais traiter :

La logique du Libre est née dans le secteur du logiciel, où elle a pu se déployer en s’appuyant sur des licences ancrées dans les principes du droit d’auteur. La GNU-GPL et toutes ses descendantes garantissent les 4 libertés fondamentales des utilisateurs et les protègent par le biais du mécanisme du Copyleft (Partage à l’identique). Plus tard, cette dynamique du Libre a pu être prolongée dans le domaine de la création culturelle par le biais de nouvelles licences comme les Creative Commons, adaptées à la diffusion de tous les types d’œuvres protégées par le droit d’auteur (textes, vidéos, musiques). En ce qui concerne les données, après une phase de tâtonnement, des licences spécifiques comme l’ODbL ont permis d’appliquer la logique du Libre à des bases de données en donnant naissance à l’Open Data.

Aujourd’hui, le mouvement de l’Open Hardware ou Open Source Hardware a l’ambition d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du Libre, appliqué cette fois à la fabrication d’objets ou du design. Beaucoup de lieux d’innovation partagée, comme les Fablabs ou les Hackerspaces, incitent explicitement leurs usagers à mettre en partage leurs plans et leur documentation, afin de permettre la réutilisation et la modification d’objets. Mais là où il est simple au créateur d’un logiciel ou d’une oeuvre de leur appliquer une licence libre, les choses sont beaucoup plus complexes en ce qui concerne le matériel.

Le secteur de la fabrication ne relève en effet pas (ou du moins pas seulement) du droit d’auteur. Il est concerné par d’autres droits, comme ceux des brevets, des dessins et modèles ou des marques, rattachés au champ de la propriété industrielle, dont les principes de fonctionnement sont différents. Actuellement, beaucoup de projets dit « Open Hardware » emploient des licences comme les licences Creative Commons ou des dérivés de la GNU-GPL, qui ne prennent pas en compte ou imparfaitement la dimension « propriété industrielle ». Dès lors, leur usage dans un tel contexte n’est souvent pas valable et les libertés des réutilisateurs ne sont qu’imparfaitement garanties. Des tentatives ont eu lieu pour créer de nouvelles licences adaptées au matériel, comme la TAPR Licence ou la CERN Licence. Mais leur validité juridique soulève encore beaucoup de questions.

Dès lors doit-on se résigner à ce que la logique du Libre ne puisse qu’imparfaitement se transposer au secteur de la fabrication ? N’aura-t-on jamais un Open Hardware ou un Free Hardware véritable, à l’image de ce qui existe pour le logiciel et l’Open Data ? Peut-on imaginer de nouvelles stratégies de rédaction de licences pour arriver à un tel résultat ? Ne manque-t-il pas encore des éléments dans l’écosystème de l’Open Hardware qui rendraient une telle évolution possible ?

Je précise que ces réflexions doivent beaucoup à ma participation à un groupe de travail mis en place par l’association PiNG basée à Nantes, dans le cadre de leur cellule juridique C Libre. Une publication détaillée des réflexions engagées à propos des aspects juridiques de l’Open Hardware devrait bientôt avoir lieu pour approfondir ces questions.

On notera aussi qu’à l’occasion de Pas Sages en Seine 2016, Antoine C. de Labomédia à Orléans a aussi présenté une conférence sur un projet de mini-éolienne libre, au cours de laquelle il évoque aussi ces questions juridiques autour des licences (cliquez sur l’image ci-dessous pour voir la vidéo).

PSES

Si vous aussi, vous travaillez sur les aspects juridiques de l’Open Hardware, n’hésitez pas à laisser un commentaire sous ce billet pour partager vos réflexions.

Retour de POC21 : quelles licences pour l’Open Hardware ?

Ce week-end a vu la conclusion au Château de Millemont dans les Yvelines d’une expérience particulièrement intéressante associant la problématique environnementale à celle de l’Open Source. Durant 80 jours, le projet POC21 a rassemblé une centaine de participants au sein d’un camp d’innovation, visant à développer des solutions techniques pour la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. Organisée par OuiShare et Open State, cette initiative s’inscrit en résonance avec la COP21, qui va s’ouvrir cet automne à Paris. L’idée est de démontrer que, sans attendre une action des Etats qui n’a que trop tardé, les citoyens peuvent se mobiliser concrètement sur la question du changement climatique, en innovant de manière collaborative.

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Pour apporter cette « preuve de concept » (POC), 12 projets ont été sélectionnés, visant à produire des appareils à la fois Open Source et durables. On retrouvait par exemple dans ce panel une éolienne « DIY » pouvant être mise en place avec des matériaux de récupération pour moins de 30 dollars ; une douche recyclant l’eau utilisée en temps réel pour diviser par dix son impact environnemental , un tracteur à pédales destiné à aider les cultivateurs de petites exploitations bio sans avoir à recourir à des machines coûteuses et polluantes ; un filtre à eau adaptable à n’importe quelle bouteille pouvant être produit pour moins d’un dollar avec une imprimante 3D, etc.

Un des intérêts majeurs de la démarche de POC21 a été de s’inscrire d’emblée dans les principes de l’Open Source, déjà appliqués dans le secteur du logiciel. L’objectif consiste en effet à l’issue du camp à publier l’ensemble de ces inventions et la documentation associée, afin que chacun puisse librement construire les objets et les améliorer. On appelle « Open Hardware » cette application de la philosophie de l’Open Source à la fabrication d’objets matériels et ce courant est en plein essor en ce moment, avec l’expansion du mouvement des « Makers » au sein des FabLabs et autres Hackers Spaces partout sur la planète.

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Les valeurs du projet POC21, affichées sur un « totem » à l’exposition de ce week-end, où étaient présentés les 12 projets.

 Il se trouve que j’ai eu la chance d’apporter ma pierre à cette aventure, par le biais d’un atelier sur la question des licences que Benjamin Tincq de OuiShare m’a demandé d’animer la semaine dernière à Millemont. Ce fut un moment extrêmement intéressant, notamment pour approfondir la question de l’adaptation des licences à la problématique de l’Open Hardware. La question est en effet plus complexe et moins bien balisée qu’en matière de logiciels, où les licences libres ont fait leurs preuves depuis longtemps.

De l’Open Source à l’Open Hardware

Les 12 équipes de porteurs de projets impliqués dans POC21 se sont engagés à publier leurs résultats en Open Source à l’issue des 6 semaines de développement. Ils l’ont fait par le biais des clauses de ce contrat que l’on peut lire ci-dessus :

Pour les logiciels, on voit que les participants sont incités à recourir à une licence libre comme la GNU-GPL ou des licences Open Source, comme la FreeBSD ou la MIT Licence. Pour les productions assimilables à des oeuvres de l’esprit (textes, photos, vidéos, etc.), on leur recommandait plutôt d’utiliser des licences Creative Commons (CC-BY ou CC-BY-SA). Mais pour les éléments spécifiquement liés au matériel (notamment les fichiers de conception des objets, les plans de fabrication et tout autre documentation associée), les porteurs de projets étaient invités à se tourner vers deux licences spécialement conçues pour l’Open Hardware : la TAPR Open Hardware Licence et la CERN Open Hardware Licence.

Pourquoi recourir à des licences spécifiques pour les projets liés à la fabrication d’objets ? Il a déjà existé dans le passé des initiatives remarquables en matière d’Open Hardware qui ont simplement fait le choix de réutiliser des licences déjà existantes. Par exemple, le projet emblématique Open Source Ecology, proposant des plans librement réutilisables de machines agricoles de base, a utilisé pour diffuser ceux-ci la licence GFDL, employée traditionnellement pour la documentation associée aux logiciels libres. De leur côté, les fameuses puces Arduino s’appuient simplement sur la licence Creative Commons CC-BY-SA.

Il existe cependant deux problèmes principaux à réutiliser de telles licences n’ayant pas été conçues à la base pour du matériel. Le premier, c’est que ces licences sont principalement ancrées dans le droit d’auteur, dont relèvent aussi bien les logiciels que les oeuvres de l’esprit. Or en matière de fabrication d’objets matériels, d’autres questions juridiques peuvent se poser, relevant notamment de la propriété industrielle (droit des dessins et modèles, brevets liés aux inventions). Il y a donc un intérêt à utiliser des licences adaptées pour ne pas laisser ces problématiques dans un angle mort.

La seconde difficulté, c’est que des licences uniquement basées sur le droit d’auteur ne prennent pas en compte la question spécifique de la fabrication des objets à partir de la documentation placée sous licence libre. Si je reprends l’exemple du projet Open Source Ecology, la licence GFDL retenue s’applique aux plans des machines agricoles. Si quelqu’un republie ces plans ou en produit des versions modifiées, il sera bien soumis à des obligations découlant de la licence (notamment la clause de partage à l’identique – copyleft – l’obligeant à republier les versions dérivées sous la même licence). Mais une personne se contentant de fabriquer des objets à partir de ces plans ne sera pas liée par la licence, car cette opération n’entre tout simplement pas dans son champ d’application.

L’objectif des licences spécialement conçues pour l’Open Hardware est donc d’embrasser non seulement la documentation, mais également le processus de fabrication, en imposant certaines conditions à la production d’objets manufacturés à partir de la documentation partagée.

TAPR Licence et CERN Licence

POC21 recommande deux licences en particulier pour les aspects liés au matériel. La première est la TAPR Licence, créée en 2007 par une fédération de radio-amateurs aux Etats-Unis. La seconde est la CERN Licence, proposée par le Centre Européen de Recherche Nucléaire, la célèbre institution où le web fut inventé par Tim Berners-Lee. Le CERN a en effet mis en place un Open Hardware Repository où les chercheurs et ingénieurs qui y travaillent partagent des centaines de plans d’objets technologiques. Pour clarifier les conditions de réutilisation de ces ressources, une licence dédiée a été créée.

Ces deux licences sont très proches l’une de l’autre. Elles visent toutes les deux à reproduire les mécanismes des licences Copyleft (comme la GNU-GPL de Richard Stallman ou la licence CC-BY-SA sous laquelle est placée Wikipédia). Je dirais simplement que la CERN Licence est formulée de manière plus simple et qu’elle me paraît un peu moins compliquée à appliquer que la TAPR Licence.

Un premier apport de ces licences par rapport aux licences classiques de logiciels libres consiste à définir et lister précisément ce que l’on doit entendre par « documentation » dans le contexte d’un projet de fabrication, ainsi que d’ajouter une définition du « produit » réalisé à partir de cette documentation. Voyez par exemple ces définitions dans la TAPR Licence :

1.2 « Documentation » includes:
(a) schematic diagrams;
(b) circuit or circuit board layouts, including Gerber and other data files used for manufacture;
(c) mechanical drawings, including CAD, CAM, and other data files used for manufacture;
(d) flow charts and descriptive text; and
(e) other explanatory material.
Documentation may be in any tangible or intangible form of expression, including but not limited to computer files in open or proprietary, formats and representations on paper, film, or other media.

1.3 « Products » include:
(a) circuit boards, mechanical assemblies, and other physical parts and components;
(b) assembled or partially assembled units (including components and subassemblies); and
(c) parts and components combined into kits intended for assembly by others;
which are based in whole or in part on the Documentation.

La personne qui diffuse un design sous une de ces licences Open Hardware s’engage ainsi à rendre disponible toute la documentation associée à l’objet (et même à maintenir cet accès pendant 3 ans, en ce qui concerne la TAPR Licence). Elle doit aussi fournir un moyen d’accéder à la documentation lorsqu’elle distribue des objets.

Les deux licences font ensuite une distinction entre la réutilisation de la documentation décrivant un objet et la fabrication de ce dernier. Pour ce qui est de la réutilisation de la documentation, celle-ci peut être rediffusée à l’identique ou avec des modifications. Dans le premier cas, la documentation doit être maintenue sous la même licence, en l’attribuant clairement à ses créateurs originaux (condition de respect de paternité). Si la documentation est modifiée pour produire une nouvelle version (par exemple modification d’un fichier de CAO ou d’un plan), alors la personne qui opère ces modifications est obligée de les faire apparaître nettement dans une nouvelle documentation, en indiquant ce qui relève du design original et ce qui relève de ses propres apports. Par ailleurs, elle sera obligée de placer cette documentation modifiée sous la même licence (effet viral ou « contaminant » du Copyleft).

Par ailleurs, les deux licences envisagent aussi le processus de fabrication en lui-même des objets. Elles précisent notamment que celui qui manufacture un objet dont la documentation est placée sous une telle licence doit inscrire une mention spéciale sur l’objet lui-même (dans la mesure où c’est possible). Par ailleurs, les licences garantissent la possibilité pour les réutilisateurs de fabriquer les objets à partir de la documentation, de les modifier, ainsi que de les diffuser, y compris commercialement. On retrouve là les mêmes principes que dans les licences de logiciel libre (pas de restriction de l’usage commercial tant que l’on respecte les conditions de la licence). Par contre, si un réutilisateur produit un objet modifié et le distribue (commercialement ou non), alors il doit produire une documentation spécifiant en quoi consiste ces modifications, et la mettre à disposition en la plaçant sous la même licence.

Une puce produite par le CERN portant « physiquement » une mention selon laquelle ce matériel a été placé sous la CERN Licence.

En discutant avec les porteurs de projets de POC21, je me suis rendu compte que ces questions de viralité des licences étaient importantes pour eux. Notamment, certains craignaient que la modification de leurs appareils par d’autres produisent des versions moins performantes ou défectueuses. La TAPR Licence et la CERN Licence protègent le créateur initial, avec des clauses l’exonérant des dommages qui pourraient être causés par des versions modifiées. Par ailleurs, l’obligation de documenter précisément les modifications permet d’éviter les confusions entre des versions originales et des versions modifiées. Ce mécanisme de copyleft joue ainsi le rôle d’une « certification d’origine », d’autant plus important que l’on parle ici d’objets.

La TAPR Licence contient même un mécanisme supplémentaire, destiné à permettre au créateur original un suivi plus étroit des modifications apportées à son design initial. Il lui est possible en effet de laisser son adresse mail dans un fichier joint à la documentation, auquel cas les réutilisateurs produisant de nouvelles versions doivent le contacter pour lui signaler. Le problème, c’est qu’une telle obligation est elle aussi virale : tous les réutilisateurs successifs doivent signaler par mail leurs modifications à tous les créateurs antérieurs étant intervenus sur le design. Ce mécanisme a visiblement été jugé trop lourd, notamment pour les projets entraînant un grand nombre de modifications successives,  et il a été supprimé dans la dernière version de la CERN Licence, tandis qu’il est devenu seulement optionnel dans la TAPR Licence.

Quelle articulation avec le droit des brevets et le droit des marques ? 

Ni la TAPR Licence, ni la CERN Licence n’empêchent de déposer un brevet sur une invention relative à un objet décrit dans la documentation. Néanmoins, les deux licences contiennent une clause spécifique précisant que celui qui accorde la licence s’engage à ne pas faire valoir les prérogatives qu’il pourrait tirer du brevet à l’encontre d’un utilisateur pour tous les usages couverts par la licence. Cela signifie donc que celui qui accorde la licence peut conserver un brevet à des fins exclusivement défensives, pour se protéger par exemple de tiers qui viendraient revendiquer un brevet sur la même invention (Patent Trolls notamment). Mais en dehors de cette hypothèse, les deux licences Open Hardware « neutralisent » vis-à-vis des utilisateurs les brevets éventuels en relation avec le design libéré.

Il en résulte donc que les porteurs de projet n’ont que peu intérêt à déposer des brevets lorsqu’ils ont l’intention de placer leurs productions sous licence CERN ou TAPR. Parmi les participants au projet POC21, aucun n’avait d’ailleurs a priori une telle volonté de recourir au brevet et beaucoup jugeaient même une telle démarche comme contraire aux principes de l’Open Source. Leurs interrogations était plutôt d’un autre ordre. Un certain nombre se demandaient comment être certains de ne pas mettre en Open Hardware des inventions faisant déjà l’objet d’un brevet. La question est en effet délicate, car à moins de mener de longues recherches dans les bases de brevets, il paraît assez difficile d’être certain à 100% de ne pas enfreindre de brevet préexistant. Par ailleurs, certains craignaient que des tiers hostiles ne cherchent à déposer des brevets sur leurs productions pour se les approprier, une fois qu’ils auraient publié en ligne leur projet. Normalement, la publication d’une invention « bloque » la possibilité pour des tiers de déposer un brevet, car seules les solutions techniques « nouvelles » sont protégeables. Mais encore faut-il pour cela documenter soigneusement la date de publication pour être en mesure de produire des preuves en cas de difficultés. On sait aussi que le système des brevets, notamment aux Etats-Unis, est profondément gangrené par les pratiques prédatrices des Patent Trolls et il est difficile d’exclure complètement le risque qu’une entité malveillante cherche à s’approprier des technologies libérées. De ce point de vue, les projets Open Hardware me paraissent plus vulnérables que des projets industriels classiques, pouvant recourir aux services coûteux d’avocats spécialisés.

Concernant les marques, les deux licences Open Hardware les excluent explicitement de leur champ d’application. Cela signifie que contrairement aux brevets, rien n’empêche celui qui accorde une telle licence de continuer à faire valoir une marque déposée par ailleurs en relation avec le produit. Nombreux étaient d’ailleurs les porteurs de projets à POC21 qui envisageaient de déposer des marques, en lien avec un futur modèle économique. C’est une stratégie souvent employée par les entreprises œuvrant dans le secteur du logiciel libre et il existe également des exemples probants dans le champ de l’Open Hardware (comme celui des puces Arduino, couvertes par une marque alors que les matériels sont libres). La marque a l’avantage de jouer comme un certificat d’origine (ce qui est sa fonction première) ; elle permet aussi de protéger une identité autour de laquelle une communauté peut s’agréger. A propos de l’usage des marques par les communautés collaboratives, Yana Welinder, juriste de la Wikimedia Foundation, a écrit récemment un guide pratique donnant des pistes intéressantes pour concilier protection et ouverture.

Arduino TM, un projet Open Hardware articulé avec une marque de commerce protégée.

Interrogations sur la validité des licences Open Hardware

On voit donc que les licences Open Hardware permettent de prolonger la logique des licences libres dans la sphère de la fabrication matérielle. Il existe néanmoins des débats pour savoir dans quelle mesure elles sont bien valides, au même titre que la GNU-GPL ou les licences Creative Commons. Le problème principal réside dans le fait que ces licences restent tout de même principalement ancrées dans le copyright, alors même qu’elles entendent produire des effets sur le processus de fabrication d’objets. La documentation d’un projet est sans aucun doute dans la majorité des cas couverte par le droit d’auteur et comme le bénéfice du droit d’auteur est automatique, l’application d’une licence Open Hardware à la documentation ne soulève pas de problèmes particuliers : les obligations se déclenchant lorsque ces documents sont rediffusés et/ou modifiés sont sans conteste opposables.

Les licences Open Hardware ont un fort potentiel, mais elles soulèvent encore aussi des questions juridiques complexes.

En revanche, la forme des objets en elle-même ne sera pas nécessairement toujours protégée par le droit d’auteur : il faudra pour cela qu’elle soit considérée comme originale. En France, certains juges ont déjà estimé qu’un panier à salade constituait bien à raison de sa forme particulière une oeuvre de l’esprit originale protégeable par le droit d’auteur. Mais il est clair qu’à moins de présenter des caractéristiques esthétiques affirmées, beaucoup d’objets Open Hardware ne pourront pas être protégés par le droit d’auteur et c’était manifestement le cas de la plupart des projets de POC21.

Dans une telle hypothèse, seul le droit des brevets est alors susceptible de s’appliquer au processus de fabrication en lui-même des objets. Or dans la mesure où celui qui octroie une licence Open Hardware n’a pas déposé de brevet sur une invention lié à l’objet libéré, la licence paraît manquer de base légale sur laquelle s’appuyer. Cette difficulté a déjà été pointée par plusieurs observateurs, comme le fait ici Jonathan Kuniholm :

Every single effort to tackle the problem of open hardware licensing has failed to acknowledge that it is unclear what we are licensing (TAPR, CERN, OHANDA, OSHW, you name it), and if any license will withstand a legal challenge. Open source software has a legal basis in the copyright of source code AND the executable–perhaps most importantly in the copy of the executable made in RAM at startup. Without a legal basis for ownership rights, there is nothing to license, and it is pointless to discuss the fine points of a particular license. This is like talking about the architecture of a building without a foundation, land on which to build, or funding. Choose your metaphor.

Open (source) hardware is completely different than software, precisely because there is no clear analogue to software source code and the copyright basis for its protection (I prefer to leave out « source » exactly because of the issue that I am raising, although I appreciate others’ fondness for it based on the ease and most useful form to modify).

Il est donc difficile de savoir jusqu’à quel point les licences Open Hardware seraient reconnues comme valables devant un juge. La valeur contractuelle des obligations portant sur le processus de fabrication lui-même serait-elle jugée suffisante pour être reconnue opposable en justice ? C’est une question difficile à trancher.

***

On le voit, les porteurs de projets de POC21 vont à présent être confrontés à un certain nombre de choix concernant les licences, qui s’avéreront importants pour la suite. Le champ des licences Open Hardware n’est pas encore complètement stabilisé et il est sans doute plus compliqué de libérer le design d’un objet que le code source d’un logiciel. Confrontés à ces difficultés, certains des porteurs de projets étaient d’ailleurs tentés par une approche plus directe, consistant à placer toute la documentation de leur projet directement dans le domaine public en utilisant la licence CC0 (Creative Commons Zéro). Un tel choix a le mérite de la simplicité et il peut embrasser d’un coup toutes les composantes d’un projet (logiciel, design, documentation, etc). Mais cette démarche a paru dangereuse à d’autres. La publication sous CC0 constitue certes une divulgation, qui permet en théorie de bloquer le dépôt de brevet par des tiers hostiles, mais elle laisse la possibilité à des réutilisateurs de « refermer » des versions modifiées qu’ils auraient pu produire à partir de la documentation initiale, en les plaçant sous « Copyright : tous droits réservés ». Pour certains, ce risque paraissait négligeable, mais pour d’autres, il importait de protéger la communauté contre ce type de tentatives d’appropriation abusive. On retrouve ici alors des débats qui ont déjà eu lieu dans le champ du logiciel entre les partisans du « Libre » et ceux de « l’Open Source ».

Plusieurs autres porteurs de projets de POC21 se sont aussi montrés intéressés par les licences dites « à réciprocité » (Peer Production Licence, Commons Reciprocity Licence, etc.) Ces nouvelles licences – qui restent pour l’instant seulement à l’état de prototypes – n’autorisent l’usage commercial d’une ressource par une entité que dans la mesure où celle-ci « contribue » en retour aux communs. On s’éloigne alors de la logique originelle du « Libre » ou de l’Open Source, puisqu’on pose des restrictions à l’usage commercial, mais on garantit que des ressources mises en commun ne pourront pas être réutilisées par des entreprises sans qu’elles ne contribuent elles aussi en retour à la sphère des communs. Pour l’instant, les premières licences à réciprocité qui ont été écrites, comme la Peer production Licence de Dmitry Kleiner, ne sont pas spécialement adaptées à l’Open Hardware, car elles sont encore trop ancrées dans le droit d’auteur. Mais il semblerait qu’un projet d’écriture d’une licence FabLib dérivée de la licence Art Libre et spécialement dédiée au Hardware soit en cours, qui comportera en option une clause de réciprocité.

Il sera intéressant de voir les choix qui seront fait par les participants à POC21 et il faut également espérer que ce type d’initiatives se multiplient pour favoriser le développement de l’Open Hardware.

Minecraft : un monument perdu pour le domaine public ?

La nouvelle a fait grand bruit cette semaine : Microsoft a racheté pour 2,5 milliards de dollars la société suédoise Mojang qui développe le jeu-phénomène Minecraft. Son créateur original, Markus « Notch » Persson, annonce qu’il quitte la compagnie pour se consacrer à des projets personnels. Beaucoup de fans de Minecraft ont exprimé cette semaine leurs craintes, voire leur indignation, à voir ainsi le plus beau fleuron du jeu indépendant terminer dans le giron d’un géant comme Microsoft, avec les risques que cela comporte pour l’avenir de la franchise.

Au-delà de ces réactions, il y a sans doute une réflexion plus profonde à conduire sur la trajectoire de ce jeu, car la destinée de Minecraft aurait peut-être pu être différente. Markus Persson a plusieurs fois exprimé son intention, une fois que le jeu aurait été complètement développé et amorti commercialement, de libérer le code en Open Source, voire même de le verser dans le domaine public. En 2010, il avait ainsi déclaré :

Une fois que les ventes se seront tassées et qu’un minium de temps sera passé, je publierai le code du jeu sous une forme d’Open Source. Je ne suis pas très content de la nature draconienne de la (L)GPL, non pas que je crois que les autres licences ont plus de mérites, à part de booster l’égo de ceux qui les ont écrites. Alors il est possible que je verse simplement le code dans le domaine public.

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Du brevet comme arme de guerre au don comme acte de paix

Cette semaine, Elon Musk, le PDG de la compagnie Tesla Motors spécialisée dans la construction de voitures électriques, a fait sensation en publiant un billet « All Our Patent Belong To You« , annonçant que sa société renonçait à exercer des poursuites à l’encontre de ceux qui utiliseraient ses technologies. Dans son billet, Musk explique vouloir appliquer la philosophie de l’Open Source au domaine des brevets, pour stimuler l’innovation dans le secteur des voitures électriques et favoriser ainsi leur développement au niveau mondial :

Nous pensons que Tesla, d’autres compagnies fabriquant des voitures électriques et le monde bénéficieront tous d’une plateforme technologique commune, évoluant rapidement.

Le leadership en matière de technologie n’est pas défini par des brevets,  à propos desquels l’histoire a montré qu’il offrait peu de protection face à un concurrent déterminé, mais plutôt par la capacité d’une entreprise à attirer et à motiver les meilleurs ingénieurs. Nous pensons qu’appliquer la philosophie de l’Open Source à nos brevets va renforcer plutôt que diminuer la position de Tesla de ce point de vue.

« Le mur des brevets » au siège de Tesla Motors, sur lequel l’entreprise affichait les titres de propriété obtenus sur ses inventions (The Tesla Patent Wall at HQ, now set free. CC-BY. Par Melirius. Source : Wikimedia Commons)

Salué très largement depuis quelques jours, ce geste en faveur de l’ouverture est loin d’être anodin dans un contexte où la logique propriétaire des brevets est de plus en plus souvent remise en cause. Il annonce peut-être l’avènement d’une autre voie possible,  vers une « économie des Communs » au centre de nombreuses réflexions et expérimentations aujourd’hui.

De la Guerre des brevets à la création d’un nouveau bien commun

La décision de Tesla en faveur de l’ouverture détonne par rapport à la « Guerre des brevets » sans merci que se livrent depuis plusieurs années les géants de l’économie numérique comme Apple, Samsung ou Google dans le domaine de la téléphonie mobile et des systèmes d’exploitation. Elle contraste également avec la situation du système des brevets aux États-Unis, dont la cohérence est mise à mal par la multiplication des Patent Trolls, ces firmes amassant des brevets souvent fantaisistes sans rien produire et qui vivent en menaçant d’autres entreprises de procès.

La dérive du système des brevets en une image : plus de 60% des procès aux États-Unis sont intentés chaque année par des Patent Trolls, ce qui nuit gravement à l’innovation que les brevets sont censés promouvoir et récompenser.

En renonçant à exercer ses brevets, Tesla Motors crée de facto un bien commun, dans lequel une communauté d’acteurs va pouvoir aller puiser pour innover à leur tour, en développant une technologie d’avenir. Elon Musk explique dans son billet que Tesla conservait auparavant ses brevets à titre défensif, pour éviter qu’une grosse compagnie automobile ne brevète de son côté une technologie pour se l’approprier. Mais Tesla a finalement renoncé à cet usage du brevet comme arme de guerre, même à titre défensif. Son constat est que les technologies pouvant servir à construire des voitures électriques sont sous-utilisées, y compris par les gros constructeurs qui ne se sont pas engagés de manière significative dans ce créneau.

En ouvrant ses brevets, Tesla choisit de se débarrasser de la peur d’être « pillé » pour opter pour le don, en créant la possibilité de faire advenir dans le secteur des voitures électriques une nouvelle forme économie.

Vers une nouvelle « économie de paix » ?

Cette attitude rejoint ce que l’auteur Thierry Crouzet appelle « économie de paix » qu’il oppose à « l’économie de prédation », dans son dernier ouvrage « Le Geste qui sauve« . Il y explique comment le médecin suisse Didier Pittet a choisi de ne pas déposer de brevet sur la formule du gel hydro-alcoolique servant à se laver les mains sans eau, afin qu’il puisse se diffuser à grande échelle et à moindre coût. Par cette décision, l’usage de cette solution s’est répandu dans les hôpitaux partout dans le monde, y compris dans les pays du Sud, en permettant de lutter contre les maladies nosocomiales et de sauver des millions de vies tous les ans. Un résultat qui n’aurait pu être atteint si la formule avait été brevetée et exploitée par un laboratoire pharmaceutique avec une exclusivité.

Dans son livre, Thierry Crouzet montre remarquablement que l’acte de don n’est pas un geste anti-économique. Au contraire, il permet l’avènement d’une nouvelle économie, refondée sur des principes qui remplacent la compétition par la coopération et la recherche du profit par des valeurs à atteindre. Les laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent aujourd’hui la solution hydro-alcoolique inventée par Didier Pittet ont une activité économique liée à la vente du produit, mais ils se sont également rassemblés en un consortium destiné à promouvoir l’hygiène des mains pour sauver des vies. La mise en partage de la ressource alimente donc un cercle vertueux, dont le livre de Crouzet, publié en Creative Commons et traduit en six langues avec le soutien de ce consortium, est aussi une manifestation directe.

Pour lui, « Tout innovateur, et en fait chacun de nous, doit aujourd’hui se demander s’il se place dans l’économie de prédation ou dans l’économie de paix. » En réalité, c’est un choix auquel les inventeurs ont été confrontés depuis longtemps.

Petite histoire du don en matière de brevets

Les actes de don comme ceux qu’ont réalisés Elon Musk ou Didier Pittet sont rares dans l’histoire, mais ils ont eu à chaque fois des retentissements importants. On peut par exemple remonter à 1839, date à laquelle l’État français a racheté le brevet sur le daguerréotype, pour en « doter libéralement le monde entier » et libérer cette technologie. C’est une chose peu connue, mai Pierre et Marie Curie ont également renoncé à déposer un brevet sur la méthode d’extraction du radium, afin de permettre à la recherche et à l’exploitation économique de cet élément de se développer. Pour financer ses recherches, Marie Curie préféra recourir à des souscriptions, ce qui en fait une des précurseurs du crowdfunding en plus de l’Open Source ! Dans la même veine que Didier Pittet, on peut également citer l’exemple du chercheur américain Jonas Salk qui choisit en 1955 de ne pas breveter le vaccin de la polio qu’il avait découvert. Par ce geste, on estime qu’il renonça à l’équivalent de 7 milliards de dollars. Mais à un journaliste qui lui demandait qui détenait le brevet sur cette invention, il répondit « Il n’y a pas de brevet. Pouvez-vous breveter le soleil ?« .

 Plus proche de nous et de la décision de Tesla, Thierry Crouzet rappelle dans son livre la décision fondamentale du CERN et de Tim Berners-Lee de ne pas breveter en 1993 l’invention des technologies à la base du web pour les laisser dans le domaine public. Aujourd’hui menacées, les caractéristiques fondamentales d’Internet et ensuite du Web découlent pourtant de cet acte originel de don, qui les ont constitués en biens communs. L’histoire aurait été complètement différente si les protocoles constitutifs du réseau avaient été initialement brevetés.

Ainsi par ces actes ponctuels d’ouverture, une « économie de paix » a pu subsister par îlots en dépit d’une pression croissante à la privatisation et à l’exploitation systématique de la connaissance : « le deuxième grand mouvement d’enclosure » selon les mots de David Bollier. Mais la question est aujourd’hui de savoir s’il est possible de conjurer cette tendance pour envisager un passage à l’échelle vers une économie construite autour de la connaissance ouverte.

Crise de l’idéologie propriétaire et économie de la connaissance ouverte

Le geste de Tesla Motors intervient alors que certains réfléchissent à la possibilité de conduire une transition dans l’économie au niveau global autour des pratiques de partage de la connaissance, afin de constituer une « économie des Communs ». C’est le cas par exemple du chercheur Michel Bauwens, président de la Peer-To-Peer Foundation pour lequel « les entreprises devraient être structurellement incitées à se comporter comme des dauphins et pas comme des requins« . Actuellement en Équateur, Bauwens coordonne le projet de recherche FLOK (Free Libre And Open Knowledge) soutenu par le gouvernement local, qui vise à étudier la possibilité de reconfigurer une économie nationale autour de la Connaissance Ouverte plutôt que de la propriété intellectuelle.

Au vu de la situation économique actuelle, ces conceptions peuvent paraître utopiques ou déconnectées de la réalité, mais la décision de Tesla est là pour montrer que les choses sont peu à peu en train de bouger. Cet évènement marque une nouvelle étape dans la « crise de l’idéologie propriétaire » sur laquelle est fondée l’économie libérale et le retour des Communs, longtemps éclipsés.

Il sera intéressant d’observer comment le secteur économique de la production des voitures électriques se reconfigure suite à la décision de Tesla d’ouvrir ses brevets. On peut penser que ce domaine est particulièrement propice à l’application des principes de l’Open Source. En 2010, le projet Wikispeed avait déjà montré l’efficience du travail collaboratif et du partage des connaissances pour la production automobile. Voyez ce qu’en dit cet article :

 Le fabriquant de voitures modulables et open-source Wikispeed a fait le pari de construire un modèle innovant sur la base des pratiques Peer-to-Peer. Ainsi, il aura fallu trois mois et 80 personnes d’une douzaine de pays sans aucun capital financier pour conceptualiser et produire une voiture de sport à seulement 24000$, constructible sur un modèle lego et produite localement, à la demande. Le délai d’une entreprise traditionnelle est lui de cinq ans.

Et au-delà de l’efficacité, l’expérience collaborative de Wikispeed a aussi montré que ce mode de production permettait d’intégrer des considérations éthiques et environnementales au sein du processus industriels, car contrairement aux logiques d’obsolescence programmée, la voiture Wikispeed a d’emblée été conçue pour pouvoir facilement être réparée à partir de pièces reproductibles, dans le respect des principes du développement durable.

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La décision de Tesla constitue donc sans doute un jalon important dans une série de mutations qui annoncent graduellement une révolution industrielle fondamentale. Elle montre que les principes qui étaient à la base du logiciel libre peuvent se prolonger en direction de la production matérielle.

Le projet FLOK cité plus haut a d’ailleurs dans cette optique consacré l’un de ses « Policy Papers » à la question du Free Hardware, qui fait largement écho à la décision de Tesla d’ouvrir ses brevets, notamment par le lien établi entre innovation ouverte et  préoccupations environnementales :

Le développement des technologies, accompagné d’un ajustement des styles de vie individuelle, par exemple le recyclage ou l’économie d’énergie, va accroître la préservation des ressources naturelles, pour aboutir à un développement technologique durable. L’Open Harware est une pratique dans laquelle les designs sont partagés grâce à des licences au sein de communautés. Ces designs peuvent être utilisés par des fabricants, qui peuvent réaliser et vendre les produits, éventuellement en tirer profit, mais sans rente à payer dérivant d’un droit de propriété intellectuelle.

Dans l’optique d’un développement technologique durable, l’ouverture est au centre de la valeur. L’innovation, la collaboration et la communauté sont les éléments clés dans le contexte de ressources partagées et de connaissance ouverte. L’accélération de la production de connaissances est un des buts principaux à atteindre pour aboutir à la production de matériels libres et durables, avec la possibilité de les partager et de diffuser la connaissance dans les communautés. Une des raisons d’ancrer le développement soutenable dans le hardware en Open Source réside dans le fait qu’il permet d’accélérer l’innovation et la production. L’innovation ne doit pas être privatisée. Les licences de partage appliquées au design assure que toute innovation produite collaborativement pourra bénéficier à tous les membres d’un écosystème ouvert et partagé.

Ce sont à peu de choses près les mêmes mots que ceux employés par Elon Musk.

La licence est dans le pré ? Intérêt et limites des licences libres appliquées aux semences

La semaine dernière, Numerama a consacré un article à des « graines open source » produites dans le cadre du projet américain Open Source Seeds Initiative, lié à l’Université du Wisconsin. 22 variétés végétales de plantes et de légumes produites par des sélectionneurs participants à l’initiative ont été placées sous une licence libre, inspirée de celles que l’on trouve dans le monde du logiciel libre, afin de garantir leur libre réutilisation. La démarche peut paraître au premier abord incongrue , mais elle ne l’est pas dans la mesure où les variétés végétales peuvent faire l’objet de droits de propriété intellectuelle, sous la forme de brevets aux États-Unis ou de Certificats d’Obtention Végétale en Europe (COV). Cette forme d’appropriation du vivant par la propriété d’intellectuelle est au coeur d’intenses débats, car elle a favorisé l’émergence de géants industriels de la production de semences comme Monsanto, tandis qu’elle restreint les droits dont disposent les agriculteurs à échanger, réutiliser d’une année sur l’autre, améliorer ou revendre les graines issues de leurs propres productions.

Vectored Vegetables. Par Nancy, Regan. CC-BY-NC. Source : Flickr.
Vectored Vegetables. Par Nancy, Regan. CC-BY-NC. Source : Flickr.

Il existe donc bel et bien des semences « propriétaires », à l’image de certains logiciels, d’où l’idée d’employer les mêmes armes pour retourner cette logique d’appropriation, à savoir des licences s’appuyant sur la faculté d’autoriser liée aux droits de propriété intellectuelle pour organiser le partage de la ressource et la garantie des libertés.

J’avais déjà consacré l’an dernier un billet à une autre initiative de ce type qui avait essayé de proposer une « Open Source Seeds Licence », intéressante sur le fond et très inspirée des Creative Commons, mais soulevant aussi des questions épineuses de mise en oeuvre. La nouvelle licence proposée par l’Open Source Seeds Initiative (OSSI) est différente dans son fonctionnement et les deux modèles sont intéressants à comparer. Les deux projets avaient pour but de mettre en place une sorte de « copyleft vert » et l’OSSI y parvient en créant un « domaine public viral », assez inédit dans l’univers des licences libres.

Néanmoins, cette démarche n’est pas sans susciter des débats au sein même de ceux qui luttent pour la liberté des semences. Pour comprendre ces questionnements, je vous recommande de lire cet article de recherche écrit par Jack Kloppenbourg, l’un des porteurs de l’Open Source Seeds Initiative, paru en janvier dans The Journal of Peasant Studies : « Re-purposing the master’s tools : the open source seed initiative and the struggle for seed sovereigty » (pdf). Utiliser des licences libres revient en effet à admettre que le droit puisse saisir une ressource comme les semences. Or pour de nombreux acteurs, c’est le principe même de la soumission du vivant à cette logique juridique qui doit être rejeté et les licences libres ne constitueraient pas une solution adéquate pour en sortir. On retrouve ici d’ailleurs des questionnements qui existent aussi dans la Culture libre, où certains acteurs comme la dessinatrice Nina Paley, en sont eux aussi venus à rejeter la logique des licences.

Il s’agit en réalité d’un débat plus général traversant toute la pensée autour des biens communs. Faut-il laisser les ressources partagées dans le domaine public, sans aucune restriction juridique à leur réutilisation ou doit-on au contraire mettre en place des mécanismes de protection, ancrés dans le droit, pour empêcher l’apparition de phénomènes d’enclosure et le retour de la logique propriétaire ? Pour les semences, la question du domaine public existe aussi : de nombreuses variétés traditionnelles de plantes n’ont jamais été ou ne sont plus protégées par des droits de propriété intellectuelle. Et il suffit que les obtenteurs de nouvelles variétés ne déposent pas de titres de propriété sur leurs productions pour qu’elles restent dans ce domaine public. Dès lors pour aboutir à des semences « libres », vaut-il mieux les laisser dans le domaine public ou les protéger par des mécanismes de « copyleft » (partage à l’identique) à l’image de ce que l’on retrouve dans le logiciel libre ?

Infographie sur le domaine public des semences par Imagidroit.
Infographie sur le domaine public des semences par Imagidroit.

Dans son article, Jack Kloppenbourg discute de ces questions et estime que des licences adaptées aux semences constituent une piste à explorer pour arriver à retrouver une « souveraineté sur les semences », qui ne serait pas garantie pour les cultivateurs uniquement par le domaine public. Mais la licence qu’il propose garde quand même pour objectif de rester aussi proche que possible du domaine public, pour n’ajouter que ce qui est nécessaire à la préservation des libertés.

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Oculus VR racheté par Facebook : quelles conditions juridiques pour un crowdfunding équitable ?

La semaine dernière, l’annonce du rachat de la jeune entreprise Oculus VR par Facebook pour 2 milliards de dollars a provoqué l’effet d’une bombe et secoué pas mal d’illusions sur le développement du crowdfunding (financement participatif). Plus de 9500 personnes avaient contribué en 2012 à rassembler 2,4 millions de dollars sur Kickstar afin qu’Oculus puisse développer le Rift, son casque de réalité virtuelle. La communauté du jeu vidéo s’était fortement mobilisée et tout ceci joint aux 21 ans de Palmer Luckey, le jeune homme à la tête du projet, avait participé à écrire une belle histoire comme Internet en suscite parfois. Deux ans plus tard, beaucoup de ces soutiens se sentent trahis, à tel point que Palmer et ses employés reçoivent des menaces de mort depuis le début de la semaine… La vidéo ci-dessous exprime bien les craintes de dévoiement du projet maintenant qu’il est tombé dans l’escarcelle de Facebook :

Crowdfunding et équité

Sur PC Inpact, Nil Sanyas a écrit un éditorial dans lequel il s’interroge pour savoir si la forme du financement participatif qui a servi à lancer Oculus VR était bien équitable et si d’autres formules n’auraient pas donné plus de garanties aux donateurs. Il explique qu’il existe en réalité au moins quatre formes différentes de crowdfunding :

Le plus connu est celui de Kickstarter. Vous misez une somme et recevez des choses en retour (un CD, un produit, un film etc.). Mais il existe bien d’autres types de financements participatifs. Il y a les dons, où aucune contrepartie n’est demandée hormis le fait de voir le projet aboutir, il y a aussi les prêts (grands ou petits) et enfin, il y a le financement participatif en capital, dit « equity based crowdfunding ». Son concept est simple : lorsque vous misez sur votre cheval, vous détenez des parts, minimes si vous avez dépensé peu, importantes si vous avez pris des risques. Si le projet est un succès, vous recevez une part des gains. Un bon moyen d’être actionnaire de petites sociétés non cotées en somme.

Ce modèle de financement participatif « basé sur l’équité » revient à faire de chaque participant un « co-propriétaire » du projet soutenu à la manière de ce que l’on peut voir sur MyMajorCompany ou TousCoProd pour le financement d’oeuvres culturelles. Nil Sanyas imagine qu’avec ce scénario, les choses auraient pu être différentes, au moins parce qu’Oculus aurait été obligé de distribuer les 2 milliards de dollars entre tous ses actionnaires :

En imaginant que Facebook ait reversé 2 milliards de dollars aux actionnaires d’Oculus, la chanson aurait bien entendu été très différente. Aujourd’hui, de nombreux investisseurs de la start-up se plaignent sur la page Kickstarter, parfois sans prendre de gants. Certains s’en prennent même à la plateforme de financement participatif, l’affaire la décrédibilisant à leurs yeux. Des remarques qui n’auraient évidemment pas lieu d’être en cas de financement en capital.

Il est certain que le système de dons avec contreparties (souvent dérisoires : t-shirt, posters, nom cité quelque part…) de Kickstarter a permis ici un gigantesque transfert de valeur et une prise de contrôle d’une étoile naissante par un des plus grands Léviathans de l’économie numérique. Mais n’y a-t-il pas une autre manière d’envisager un crowdfunding équitable que le financement en capital ? Car à vrai dire, le problème ici réside dans le fait qu’Oculus VR se soit revendu. Beaucoup de backers expriment le ressentiment « d’avoir été vendus », là où le crowdfunding aurait dû au contraire donner à la société les moyens de son indépendance. Or par définition, une start up qui cherche à satisfaire ses actionnaires essaie de se revendre, ce qui constitue toujours la manière la plus rapide d’engranger une plus-value énorme. Le financement en capital aurait sans doute abouti au même résultat.

Par Sebastian Stabinger. CC-BY. Source : Wikimedia Commons

Lier crowdfunding et licences libres comme condition d’équité

La question que l’on peut se poser, c’est de savoir s’il n’y avait pas un moyen de rendre Oculus VR réellement invendable et de la protéger contre son aspiration par un géant comme Facebook, en créant une entité autonome et durable ? N’aurait-ce pas été cela la véritable « équité » en matière de crowdfunding ? Au début du mois de janvier, j’avais écrit un billet intitulé « Crowdfunding sans licences libres = piège à gogos ? » dans lequel j’essayais d’expliquer en quoi le financement participatif risquait de déboucher sur des dérives graves s’il restait inscrit dans une logique propriétaire. Le cas du rachat d’Oculus constitue à n’en pas douter un exemple éclatant des risques que je pointais…

J’avais écrit ce billet à propos du financement participatif d’oeuvres culturelles : livres, musiques, films, jeux vidéo, pour expliquer qu’en l’absence de licences libres employées pour diffuser l’oeuvre une fois la somme atteinte, le public qui avait été sollicité en amont se retrouvait floué en aval par le biais du copyright intégral appliqué sur l’oeuvre. Depuis ce billet, l’exemple du film Veronica Mars est venu largement apporter de l’eau à mon moulin : financé grâce à un crowdfunding, le film a ensuite été diffusé sous la forme de fichiers verrouillés par des DRM qui ont parfois empêché les personnes ayant contribué à son financement d’en bénéficier et transformé le reste des internautes en pirates ! Or la revendication intégrale de la propriété intellectuelle est étroitement liée au risque assumé par une entreprise créative pour la production d’une réalisation. Lorsque le public contribue en amont du projet, ce risque s’atténue voire disparaît complètement et il devrait être normal que les droits soient ensuite ouverts et mis en partage.

Ce raisonnement applicable aux oeuvres vaut sans doute encore plus pour les projets de développements de produits technologiques comme le casque de réalité virtuel d’Oculus. Il aurait été ici logique que le Rift soit développé en Open Source afin que la communauté ayant contribué à son essor puisse réellement contribuer au projet, avec la garantie de ne pas voir ses apports appropriés pour être revendus. L’usage de licences libres pour un tel projet l’aurait par définition protégé contre le risque de rachat. Pour un Facebook, un Apple ou un Sony, « racheter » un produit sous licence libre ou en Open Source n’a que peu d’intérêt dans la mesure où il n’est pas possible de s’en réserver ensuite l’exclusivité (le rachat porte alors essentiellement sur la marque). Ces grands géants du numérique se comportent de plus en plus comme des « aspirateurs à propriété intellectuelle », capables de racheter des entreprises uniquement pour s’approprier leurs portefeuilles de brevets, comme l’a fait par exemple Google avec Motorola ou Microsoft avec Nokia.

Les ambiguïtés d’Oculus VR sur la propriété intellectuelle

Or Oculus VR s’est visiblement comporté d’une manière extrêmement ambigüe vis-à-vis du placement de son projet en Open Source. Si l’on en croit cette discussion sur Reddit, Palmer Luckey avait laissé entendre lors de la campagne de crowdfunding que le projet Oculus Rift pourrait être placé en Open Source, avant finalement de se raviser une fois son objectif de financement atteint, en expliquant que l’usage de licences libres risquait de « tuer sa compagnie ». Plus tard, la question du dépôt de brevets sur les technologies utilisées pour le casque de réalité virtuelle s’est manifestement elle aussi posée.

Mais Oculus n’a pas pu déposer de brevets, sans doute parce qu’il avait amélioré des dispositifs trop proches de technologies déjà brevetées (ce qui le plaçait d’ailleurs à la merci d’un Patent Troll…). Pendant ce temps, des firmes comme Sony, Apple ou Microsoft se sont de leur côté empressées de déposer des brevets sur des lunettes ou des casques de réalité virtuelle, commençant à resserrer l’étau de la propriété intellectuelle autour d’Oculus. Finalement, on a appris que la semaine dernière Oculus avait obtenu un brevet, mais qui ne couvre que l’apparence du casque (design patent), ce qui prouve bien que l’entreprise a cherché comme elle a pu à verrouiller son produit avant de se revendre.

Image du brevet déposé par Oculus VR sur le design du Rift.

Les choses auraient sans doute été bien différentes si dès l’origine Oculus avait annoncé sans ambiguïté que son projet serait placé en Open Source et en Open Hardware, sans dépôt de brevet. La communauté appelée à la soutenir aurait ainsi eu l’assurance de participer à la constitution d’un bien commun non-appropriable et ouvert. Sans attention aux conditions juridiques dans lesquelles les projets financés en crowdfunding se développent, il n’y a pas de garantie qu’ils ne finissent pas engloutis par le véritable trou noir financier que sont devenus les Géants du Net comme Facebook.

Une prise de conscience nécessaire en faveur d’une « économie des Communs »

Cette vision des choses peut paraître utopique et l’on se dit que jamais des projets relativement gros comme l’Oculus Rift ne pourront être viables s’ils sont placés sous licence libre. L’été dernier pourtant, le projet de financement lancé par Ubuntu pour le développement du smartphone Open Source « Edge » est parvenu à lever presque 13 millions de dollars sur Indiegogo. Si elle n’a pas atteint son objectif, cette tentative a montré qu’un potentiel existait pour financer des projets d’ampleur placés sous le signe de l’ouverture juridique, comme le faisait remarquer Camille Gévaudan sur Écrans.

Ce qui manque sans doute, c’est une prise de conscience de la part des internautes des conditions de l’équité en matière de crowdfunding et une meilleure compréhension de l’évolution de l’environnement numérique. Internet a gravement dérivé par rapport aux intentions d’origine en se recentralisant au profit de grandes plateformes – les capitalistes nétarchiques comme les appellent Michel Bauwens – qui ont su capter la valeur créée sur les réseaux. Les Léviathans que sont les Facebook, Google, Apple et Cie fonctionnent comme de véritables « gouffres à propriété intellectuelle » qui ont largement les moyens de se payer n’importe quelle innovation. Dans ce contexte, faire éclore de nouvelles pousses numériques par crowdfunding sans garantie sur leur devenir revient ni plus ni moins à alimenter la bête. Pour contrer cette tendance, nous avons besoin de construire des biens communs informationnelles inappropriables. C’est ce que disait admirablement Olivier Ertzscheid dans ce billet :

Voilà pourquoi les « communs informationnels » sont aujourd’hui essentiels. Parce que sur eux seuls nous avons encore réellement la main. Parce que d’eux seuls, de leur dissémination, du maintien des garanties de leur appropriation possible peuvent naître de nouvelles topologies du réseau. Parce qu’ils sont porteurs d’un usage coutumier du droit qui peut obliger les écosystèmes dominants à infléchir leurs logiques pour ne pas perdre notre attention.

Il existe déjà des plateformes de crowdfunding entièrement dédiées au financement de biens communs, comme Goteo en Espagne ou spécialisées dans l’Économie Sociale et Solidaire comme Arizuka. C’est notre responsabilité citoyenne de ne pas tomber dans le miroir aux alouettes du crowdfunding propriétaire, mais de soutenir des formes de financement réellement équitables, afin de contribuer à l’émergence d’une « économie des Communs ».

 

Nouveau scandale alimentaire ! On a retrouvé de la propriété intellectuelle dans le chocolat (Copyright Madness spécial Pâques)

Pour Pâques, je vous propose sur Storify un Copyright Madness, spécialement dédié… au chocolat ! Du petit lapin doré de Lindt aux Sarments du Médoc, en passant par les Kit-Kat, le chocolat Milka et même l’impression 3D, vous verrez que les guerres de la propriété intellectuelle n’épargnent pas l’univers du cacao.

Mais heureusement, le chocolat est aussi un domaine dont la culture libre commence à s’emparer, comme le prouve cette tablette Space Invaders, dont la recette est publiée en Open Source !

Pour consulter ce Copyright Madness spécial chocolat, cliquez sur ce lien. Bonne dégustation !

Le Centre Pompidou Virtuel : ouvert ou « sous verre » ?

C’était un événement très attendu dans le champ culturel : le Centre Pompidou a lancé officiellement la semaine dernière son nouveau site internet, baptisé le Centre Pompidou Virtuel (CPV).

La communication institutionnelle qui a accompagné ce lancement a mis en avant les aspects innovants du site, comme l’usage des technologies du web sémantique, le recours aux logiciels libres ou la volonté de s’engager dans une démarche de co-construction avec les usagers, par l’intermédiaire des réseaux sociaux.

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LEGO : another brick in the wall of copyright ?

Ha, les Legos ! Du pur bonheur pour les petits et les plus grands, voire même un élément devenu indispensable dans la panoplie du geek aujourd’hui. Pas de FabLab qui se respecte par exemple sans Legos, c’est bien connu !

Ce que l’on sait moins, c’est que l’univers des petites briques de plastique coloré possède aussi une face cachée juridique et j’irais même jusqu’à dire que les Legos constituent l’un des plus fascinants objets de méditation juridique que je connaisse.

La semaine dernière, outre qu’un petit bonhomme à tête jaune a été envoyé pour la première fois dans l’espace (si !), la planète LEGO a connu les derniers avatars en justice de la guerre sans merci que se livrent le groupe danois LEGO et ses concurrents, pour le contrôle du (très juteux) marché mondial de la briquette.

Creuser les dessous de ces affaires, c’est constater que les Legos entretiennent un rapport très particulier avec la propriété intellectuelle, qu’il s’agisse de copyright, de droit des brevets ou de droit des marques.

Et se rendre compte que les Legos sont bien au coeur des mutations impulsées par le numérique et de leurs répercussions juridiques, avec le Remix, l’Open Source ou encore l’impression 3D ! Lisez la suite et vous ne verrez jamais plus une brique Lego de la même façon !

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Open Harware : une licence libre dans la machine

Je suis tombé récemment (via @mathemagie) sur cette vidéo présentant un prototype bluffant de gant sonar pour aveugles, véritable canne blanche virtuelle :

Cet appareil a été développé à partir des instructions formulées par l’inventeur américain Steve Hoefer sur son site Grathio.com.

Si vous allez jusqu’au bout de la vidéo, vous vous rendrez compte que cet instrument présente la particularité de comporter une puce sous licence libre, développée dans le cadre du projet Arduino. Il s’agit d’un exemple d’Open Hardware, une démarche visant à appliquer la logique de l’Open Source et des licences libres aux objets physiques.

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Libérez les soupes !

Les soupes sont nées libres, et partout elles sont dans les fers…

Sauf à Brest !

Tous les ans se tient en effet un festival de la soupe, dans le quartier de Saint-Marc, au cours duquel les habitants se regroupent dans une ambiance festive pour cuisiner et déguster ensemble leurs recettes de soupe, avant d’élire la meilleure d’entre toutes par le biais d’un concours.

Affiche du festival de la soupe, édition 2011. Par Céline GAMBARDELLA. Source : WikiBrest

Or cette année, cette manifestation avait été couplée avec l’une des initiatives de la deuxième édition de Brest en biens communs : une action unique en son genre en France, organisée par la municipalité avec deux semaines d’ateliers, de débats, d’expositions pour faire découvrir et expérimenter aux habitants la notion de biens communs.

CC-BY-SA

Et de la rencontre du festival de la soupe et de Brest en biens communs naquit l’initiative originale « Libérons les soupes« , une excellente manière de faire connaissance avec ce que signifie la Culture libre en commençant par les papilles !

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