Ivre, le Forum d’Avignon veut écrire une déclaration des droits et pond une déclaration de guerre…

Je ne pensais pas un jour être amené à utiliser la fameuse formule "Ivre virgule" au début du titre d’un billet sur S.I.lex, mais il s’est produit une telle ÉNORMITÉ ce week-end lors du dernier Forum d’Avignon  que je n’avais plus tellement le choix…

Le Forum d’Avignon, c’est cette grand-messe annuelle qui rassemble pendant plusieurs jours la fine fleur des industries culturelles, afin de se livrer à des exercices de futurologie avancée concernant l’avenir de la création à l’heure du numérique. Le tout bien sûr, en présence des pouvoirs publics, qui viennent en Avignon prendre un bon bain de lobbies (such a lobby place, comme dit la chanson…).

Le Serment du Jeu de Paume peut aller se rhabiller : on parlera bientôt du Serment d’Avignon ! (Image source Wikimedia Commons. Domaine public)

Bien qu’un tel évènement recèle déjà en lui-même un très haut potentiel LOLesque, cette année il s’est produit quelque chose de complètement extravagant, qui restera certainement gravé à jamais au firmament de la Légende dorée des Internets. Le Forum d’Avignon a solennellement proclamé un Manifeste intitulé : "Principes d’une déclaration universelle de l’internaute et du créateur à l’heure du numérique". Rien de moins !

Que s’est-il passé exactement pour en arriver là ? Sans doute cette assemblée d’ayants droit, habitués depuis des années à livrer des textes de lois "prêts-à-voter" à nos chers élus s’est soudainement sentie pousser des ailes démocratiques. Tels les représentants du Tiers-État lors de la Révolution Française, ces Solon et ces Numa des Temps Modernes ont pensé qu’ils pouvaient constituer à eux seuls la Nation toute entière. Que dis-je la Nation, l’Univers plutôt, puisque leur Manifeste aspire à une portée universelle !  Les esprits de Mirabeau et de René Cassin vinrent à souffler sur ce qui ressemble à un mauvais mashup du Serment du jeu de Paume, revu à la sauce "ni vu, ni connu, j’t’embrouille" … Accrochez-vous !

Un manifeste manifestement chelou !

Bon, quand on gratte un peu derrière l’annonce, on se rend compte que le texte de ce Manifeste ne pèse quand même pas bien lourd et qu’il a franchement l’air d’avoir été écrit sur un coin de nappe à l’issue d’un repas qu’on imagine arrosé (au champagne, comme il se doit…). Mais peu importe ! Comme dit le proverbe, c’est l’intention qui compte.

Et l’intention principale, c’est donc de produire une "déclaration de l’internaute". Notez déjà qu’étrangement, on ne parle pas d’une déclaration des "droits" de l’internaute. Un mot a dû sauter quelque part, mais n’y voyons surtout pas malice (l’habitude du Director’s cut sans doute…).

Le texte se veut sans doute un écho à la période troublée que nous traversons, suite aux révélations du lanceur d’alertes Edward Snowden, concernant la surveillance massive dont les individus font l’objet sur internet. Mais au lieu de parler de protection des "données personnelles", le Manifeste dérape d’emblée en se référant à la notion étrange de "données culturelles numériques" (quid ?) :

Les données culturelles numériques de chaque individu lui appartiennent. Elles ont une valeur patrimoniale et morale qu’il est seul à même de négocier.

Chaque homme a droit au respect de sa dignité et de sa vie privée quelles que soient les empreintes qu’il laisse sur les réseaux numériques. Le consentement, libre et éclairé de l’intéressé doit être préalable à toute utilisation de ses données culturelles.

Le Forum d'Avignon rapportant au peuple les tablettes de la Loi.

Le Forum d’Avignon rapportant au peuple les tablettes de la Loi.

Étrange mixture des données culturelles (des oeuvres ?) et de la vie privée, qui laisse un peu songeur, mais les choses deviennent subitement beaucoup plus claires par la suite, lorsque derrière ces "données culturelles numériques" apparait en réalité la propriété intellectuelle, pure et dure, telle que la rêve cet aréopage d’industriels de la culture :

Chaque homme a droit au respect de sa création. La propriété intellectuelle, clé de voûte de la liberté des auteurs et de l’économie de la culture, doit être protégée dans tous les pays sur tous les supports.

Le consentement, libre et éclairé du créateur doit être préalable à toute utilisation. L’autorisation donnée ne saurait être tacite ou illimitée dans le temps.

La création ne saurait être manipulée sous quelle que forme que ce soit sans l’accord express et préalable de l’auteur.

Para Bellum ! 

Le masque de cette farce n’aura pas tenu bien longtemps, et c’est là que subitement d’une déclaration des droits, on passe à une véritable DÉCLARATION DE GUERRE !

C’est la guerre. Par Félix Vallotton. Domaine Public. Source : Gallica.

Pourquoi y a-t-il lieu de parler de déclaration de guerre ? Parce que ce Manifeste exprime une conception absolue et sans limite de la propriété intellectuelle, qui bafoue les droits culturels fondamentaux du public et renie complètement l’état du droit existant. Car la propriété intellectuelle a toujours été conçue, au moins en principe, comme un droit d’équilibre, entre la protection des créateurs et les droits du public. La propriété intellectuelle n’est jamais absolue : elle est limitée dans son étendue, par le mécanisme essentiel de l’épuisement des droits ; dans sa durée, par le domaine public et dans sa portée, par les exceptions consacrées par la loi au droit d’auteur.

Le Manifeste du Forum d’Avignon proclame que toute utilisation d’une création doit être soumis à consentement préalable. Mais un tel état de la culture constituerait une dystopie effroyable. Quand vous faites une citation d’un texte, quand vous copiez vos supports pour les sauvegarder, quand vous écoutez de la musique en famille, vous effectuez des usages sans le consentement des titulaires de droits, en vertu de facultés reconnues par la loi. Quand des oeuvres sont utilisées en classe par des élèves ou par des handicapés, ce sont encore des exceptions qui s’appliquent légitimement. Quand vous prêtez ou donnez un livre à un ami, c’est l’épuisement des droits qui vous offre cette possibilité sans passer par une autorisation de l’auteur. Et quand les créateurs puisent librement dans le fond des oeuvres anciennes pour produire de nouvelles oeuvres, c’est alors le domaine public qui permet cet usage, nonobstant le recueil du consentement.

Que dire également de l’idée que "la création ne saurait être manipulée sous quelle que forme que ce soit sans l’accord express et préalable de l’auteur", sinon qu’elle nie la possibilité de réaliser des parodies, pastiches et caricatures, pourtant reconnue par la loi au titre d’une exception au droit d’auteur…

Au final, cette conception maximaliste de la propriété intellectuelle, maquillée en déclaration des droits de l’internaute, est la même que l’on retrouve à l’oeuvre depuis des années, depuis la loi SOPA à l’accord ACTA, réinjectée malgré le rejet démocratique dans CETA, TAFTA et récemment TPP de la pire des manières !

Aie confiance, internaute…

Tes paupières sont lourdes, internaute ; je protège tes droits. SSSSssss…

Concernant cet appel vibrant à protéger la vie privée des internautes, il est en outre particulièrement cocasse de rappeler que le Forum d’Avignon est présidé par Nicolas Seydoux, que le hasard le plus total a placé par ailleurs à la tête de l’ALPA (Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle). Et c’est ce personnage qui a fièrement annoncé au monde ébahi la parution de cette déclaration.

Or cette association est très bien placée pour parler de données personnelles, puisqu’elle fait partie des organismes qui se sont vues reconnaître suite au vote de la loi Hadopi le pouvoir de collecter via des agents assermentés les adresses IP des internautes. Elle les remet à la société TMG (Trident Media Guard) qui agit en lien avec la Hadopi pour faire tourner la machine à spams de la riposte graduée, dans des conditions qui ont mainte fois suscité les inquiétudes de la CNIL. Et le principe même de la collecte des adresses IP via des agents privés constitue l’un des reproches les plus lourds adressés au système Hadopi.

Nicolas Seydoux, le boss final de l’ALPA soucieux de la vie privée des internautes, c’est quand même franchement le loup dans la bergerie, l’hôpital qui se moque de la charité et le sérail à l’eunuque !

Cherche à qui le ©rime profite… 

Tout ceci serait donc déjà en soi lourdement burlesque, si le Forum d’Avignon 2013 n’avait pas donné lieu en plus à la publication d’une étude réalisée par le cabinet Kurt Solomon relative aux modèles économiques de la culture dans l’environnement numérique. Et surprise, que montre cette étude que l’on peut difficilement soupçonner de connivences avec les tenants de la Culture libre ? Que les secteurs de la musique, du cinéma, des livres et des jeux vidéo "ont désormais renoué avec la croissance depuis 2012 et tendent vers une croissance annuelle moyenne, d’ailleurs assez significative de 5% par an", soit deux points supérieure à la croissance économique mondiale prévue par l’OCDE.

Mais plus fort encore, et c’est là que vous allez voir que les choses deviennent tordantes, que "Globalement le pouvoir des producteurs et des éditeurs s’est affermi et leurs revenus ont augmenté. Les producteurs captent plus de valeur que dans l’univers physique. Mais le prix unitaire des œuvres a baissé. Et l’artiste y a donc perdu." Le schéma suivant tiré de l’étude est particulièrement éloquent :

Il montre bien que dans tous les secteurs culturels, alors qu’ils sont les premiers à jeter les hauts cris face aux insupportables pertes que causeraient les affreux pirates à l’économie de la culture, les éditeurs et producteurs, qui forment le plus gros des cohortes du Forum d’Avignon, ont été ceux dont la part de revenus a le plus progressé avec le passage au numérique, tandis que celle des auteurs stagne ou baisse.

Et donc ces intermédiaires, qui se sont complus à allumer une guerre artificielle entre les internautes et les créateurs, étaient certainement les plus mal placés pour proposer une telle déclaration des droits… A moins que ce ne soit comme dans la Ferme des Animaux d’Orwell et qu’avec le temps, les mots de cette déclaration universelle soient appelés à changer pour révéler leur véritable sens : dans l’écosystème de la création, "les animaux sont tous égaux", mais "certains animaux sont plus égaux que d’autres". Et comme par hasard, ce sont toujours les porcs qui gagnent à ce jeu, et pas les créateurs !

En direct du Moyen Age… 

Laissons la conclusion à Lawrence Lessig, le juriste américain inventeur des licences Creative Commons, qui avait été invité à participer à cette sixième édition du Forum d’Avignon, sans doute pour parfaire cette opération si subtile d’Open Washing. Déjà invité en 2009, Lessig est sorti de l’édition 2013 en constatant que les titulaires de droits étaient toujours "au Moyen Age" et il en a profité pour  lancer un appel : "Ne criminalisez pas toute une génération !".

Dans ses propos, retranscrits par le site Meta-Media, on constate qu’il plaide pour une légalisation du partage de la culture, accompagnée de financements mutualisés, comme un moyen de rétablir l’équilibre juste entre la protection des auteurs et les droits du public :

La question est de savoir si c’est un meilleur moyen de compenser les artistes à l’ère numérique, plutôt que de chercher à contrôler absolument tous les moyens de distribution.

A mon sens, oui, c’est un meilleur moyen.

Un meilleur moyen car 1/ l’artiste va gagner plus d’argent 2/ les sociétés pourront innover de manière plus ouverte et avec plus de confiance dans ce nouvel environnement juridique légal. Mais la chose la plus importante pour moi, c’est 3/ nous n’allons pas ainsi criminaliser toute une génération de jeunes. Des jeunes qu’on qualifie aujourd’hui de criminels, d’immoraux, comme l’a décrit aujourd’hui ici un professeur de littérature. Immoraux car ils partagent des oeuvres créatives. Ils ne seront plus immoraux lorsqu’ils feront exactement ce que la loi les autorise à faire dans le contexte naturel de l’Internet.

Merci au Forum d’Avignon pour cette belle tranche de rigolade et le mot de la fin à Laurent Chemla qui résume parfaitement le fond de ma pensée :

À propos de Lionel Maurel (Calimaq)

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19 réponses à Ivre, le Forum d’Avignon veut écrire une déclaration des droits et pond une déclaration de guerre…

  1. laurent dit :

    Petite coquille, c’est le cabinet Kurt Salmon (§ cherche à qui profite le crime)

  2. Wyrm dit :

    Premiere remarque: le forum d’Avignon semble effectivement un forum tres particulier.
    Voir un rapport pondu specialement pour cet evenement il y a deux ans: http://www.numerama.com/magazine/20625-l-etude-affligeante-d-ernst-young-sur-la-propriete-intellectuelle.html
    Soit ils sont serieux ce qui serait grave, soit ils ne le sont pas ce qui amenerait des questions sur la qualite de leur humour.

    • Popolon dit :

      Soit ils sont grassement payé avec les deniers de la population, pour décider des trucs aussi inutiles et contre-productifs. Comme ça ne sera pas productif, il faudrait les payer pour améliorer la chose, ce qui leur permettra d’en gagner encore au prochain round. Ça avait coûté combien le Label PUR déjà ?

  3. Wyrm dit :

    Deuxieme note: Ils font effectivement tres fort. Melanger ainsi les concepts de "donnees personnelles" et de "donnees culturelles", c’est un artifice monumental. Trop gros meme: je vois mal comment ca peut passer.

    Ensuite, se lancer dans une envolee lyrique sur la "declaration de l’internaute et du createur", de leur part c’est hilarant. Deja parce qu’ils ont passe les 15 ou 20 dernieres annees a les opposer. Ensuite parce que la seule chose qui les interesse dans ce texte est d’accorder au createur seul une forme plus extreme de droit d’auteur que ce que la loi lui accorde normalement. Le tout avec la confusion semantique sur les "donnees" dont il est cense etre proprietaire. A noter que cela meme est encore une farce de leur part vu que les producteurs aiment depouiller tant les artistes que le public de toute "propriete" qu’ils pourraient revendiquer: les artistes par la centralisation des droits patrimoniaux, et le public par la "vente" de licence sans le moindre transfert de propriete.

    Dans le contexte de la ferme, ils ne seraient meme pas des "animaux plus egaux que d’autres", mais plutot les fermiers menant les animaux a l’abattoir, la ou createur et public seraient tout deux des animaux heureux de se laisser conduire. Et ils se piquent de parler en notre nom.

  4. Ping : Actualités des humanités numériques du 11/27/2013 web-1.org

  5. Lio dit :

    T’y vas fort quand même ; personne ne nous empêche de nous prêter des livres, d’écouter de la musique en famille ou de faire des caricatures…
    Certes certains producteurs adoptent des attitudes détestables mais d’autres sont nécessaires (as-tu par exemple, seulement déjà entendu le son de James Hetfield avant qu’il ne passe entre les mains de Bob Rock ?). Certes les "trolls" n’apportent rien. Mais on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier.
    Le vrai problème, c’est qu’il s’agit d’assurer un revenu légitime aux créateurs et/ou artistes, autre qu’une aumône, qui reconnait leur travail et qui leur permettrait de préserver comme tout le monde, leur indépendance, de vivre dignement (mais aussi en fonction de leur implication, de leur investissement et apport sinon chacun peut y aller de sa petite crotte et là, c’est la porte ouverte…), et de continuer à créer. Pour l’instant, ce que tu proposes, il semble, n’apporte aucune garantie.
    Après, il me paraît normal et au moins, bienséant, de consulter un créateur quel qu’il soit dans le cadre d’une exploitation commerciale de son oeuvre et de protéger l’oeuvre du premier venu, prêt à faire n’importe quoi.
    Pour l’instant, mais ça peut changer, je ne suis pas convaincu de ton intérêt à réellement les défendre, pas plus pour le moment de la considération que tu peux leur porter et je crois que ton ambition est ailleurs… Certes encore, je peux, et j’espère me tromper.

    • thesfreader dit :

      Lio:
      "Après, il me paraît normal et au moins, bienséant, de consulter un créateur quel qu’il soit dans le cadre d’une exploitation commerciale de son oeuvre et de protéger l’oeuvre du premier venu, prêt à faire n’importe quoi."

      La loi telle qu’elle est actuellement, aussi imparfaite soit-elle, établit un (des)équilibre entre le droit des auteurs/créateurs/ayant droits et le "public".

      Il est clair qu’en l’état, ce sont les intermédiaires (éditeurs/producteurs etc.) qui se "goinfrent" après avoir gagné moults rounds de négociation avec les auteurs. Ils rognent également sur l’autre balance, en grignotant du terrain sur les droits des usagers et du public (DRMs, copie privée, toussa).

      Dans cette déclaration, ils utilisent les créateurs comme prétexte pour finir de saborder l’idée même d’un domaine public, en refusant de limiter dans le temps les droits des créateurs.

      "La création ne saurait être manipulée sous quelle que forme que ce soit sans l’accord express et préalable de l’auteur." ??? Comme le dit Calimaq, c’est supprimer au final bien des exceptions, dont celle de parodie, celle de remix, celle de courte citation…

      Ce texte est, sous le prétexte de s’attacher au respect du public (en tant qu’auteur de sa vie, camouflée sous le titre de données culturelles), un attaque en règle contre le public, et indirectement les auteurs eux-mêmes.

      • Lio dit :

        "La loi telle qu’elle est actuellement, aussi imparfaite soit-elle, établit un (des)équilibre entre le droit des auteurs/créateurs/ayant droits et le "public"." C’est justement l’équilibre que je cherche et pour le moment, je ne le vois concrètement nul part… Chacun (producteurs et public) veut faire ce qu’il veut, comme il veut et peu importe finalement le créateur, celui qui finalement bosse pour tout le monde… Respect, proche de zéro… Totalement à l’image de cette "humanité".

        • calimaq dit :

          C’est vrai que nous respectons tellement peu les auteurs, qu’avec la contribution créative nous mettons sur la table une proposition qui, d’après les estimations du rapport Lescure lui-même, rapporterait 1,2 milliards d’euros par an, c’est-à-dire beaucoup plus que toutes les autres formes de financements publics. Voilà une manière concrète de rétablir un équilibre : plus de droits pour le public, plus de financement pour les auteurs. Les statistiques révélées par le Forum d’Avignon montre clairement comment le système dérive au profit d’intermédiaires et au détriment des auteurs. On le pressentait déjà, mais j’avoue être frappé de voir à quel point c’est clair et net. Par ailleurs, il y a une dimension que tu omets (tout comme le Forum d’Avignon… ), c’est que la distinction entre le public et les créateurs est très largement caduque, car la proportion d’individus qui participent à la création s’est considérablement accrue avec l’avènement d’Internet (phénomène bien expliqué dans la seconde partie de ce billet http://www.bibliobsession.net/2013/03/21/de-la-pseudo-necessite-de-compenser-le-pret-des-livres-dans-les-bibliotheques/) Opposer les uns aux autres en niant cet "empowerment culturel" , comme je le dis dans le billet, c’est rependre le "bourrage de crâne" matraqué par les industries culturelles depuis des années.

          • Lio dit :

            Je parle de concret et tu me parles d"estimations"…

            Sinon la distinction entre "public et créateur" va nous renvoyer encore à
            professionnels/amateurs et donc à métiers/loisirs. Passé un stade, ça
            devient un métier et le résultat ne peut plus être le même,
            l’investissement sous toutes ses formes, n’étant plus le même. Le progrès
            est exponentiel.

            Ce n’est pas du bourrage de crâne (je ne sais pas ce que racontent les industrielles) que de se rendre compte que tout le monde
            n’est pas prêt à faire les mêmes efforts et nombreux sont ceux qui
            aimeraient être, mais qui préfèrent ne pas trop se fouler ou prendre de
            risques et préfèrent alors se ranger dans la mécanique du système… Doit-
            on pour autant pénaliser ceux qui sont méritants et qui méritent d’en vivre ?
            Par ailleurs, le financement est donc nécessaire pour libérer ces créateurs
            des soucis matériels, qui sont un frein à la création… Or dans ton lien,
            ça semble être tristement négligeable… J’en viens à me demander si le
            rapport Lescure n’est pas un fumigène…

            Evidemment après, comme partout, il y a des escrocs et quand bien même,
            bien souvent, c’est affaire de goût voir de mauvais goût… Malgré tout,
            j’accorde à n’importe qui le mérite de monter sur scène avec le sourire
            même lorsqu’il n’a pas envie, juste pour son public ; tu comprendras alors que ça devient un métier…

            125 millions de créateurs, crois-tu qu’il s’agisse de 125 millions de
            Pastorius, de Dali ou de Victor Hugo (sans considérer l’homme) ? Crois-tu
            que ceux-là y seraient arrivés en faisant à côté 35 heures chez un
            boulanger ou à l’usine ?

            Donc Ok plus de Victor Hugo, plus de Pink Floyd, plus de Trilogie Le
            Seigneur des Anneaux ; mais du mashup par exemple… et on va tirer
            l’humanité vers le haut ? Tu comprends que je sois sceptique et en plus, on
            va "s’éclater"…

            Désolé, mais dans ce monde, déjà qu’on est pas verni, j’aimerais voir
            vraiment de la reconnaissance là où il devrait y en avoir ; et quand je
            parle de reconnaissance, ce n’est pas d’égo dont je parle.

            • calimaq dit :

              Je ne vois rien de concret dans ce que tu dis. Juste des préjugés non démontrés, des craintes plus ou moins rationnelles et une grosse part de "distinction culturelle". Les professionnels dont tu parles n’ont pour la plupart rien à voir avec ces grands noms que tu rabâches sans cesse et qui ne constituent qu’une infinitésimale partie du champ complet de la création. L’immense majorité des "professionnels" sont des gens qui peinent à joindre les deux bouts et le graphique inséré dans ce billet explique en partie pourquoi : la part de la valeur qui leur est due est absorbée par des intermédiaires qui la captent à leur détriment. Le système s’est configuré d’une manière qui nuit structurellement aux créateurs, mais ceux qui tirent les ficelles ont réussi à faire croire aux auteurs que leur "ennemi" était le public. Maintenant, j’ai envie de dire que je ne cherche pas à te convaincre, parce qu’il y a tellement de préjugés dans ta façon d’aborder ces sujets que je pense que c’est impossible. Je te mets tous les chiffres sous mes yeux et c’est toujours le même disque qui repart en boucle. A quoi bon discuter dans ces conditions ? Tu as tes certitudes (qui n’ont finalement guère changé depuis 20 ans, alors que le monde lui a beaucoup changé). Tu veux les garder. Très bien… Mais inutile de faire semblant alors de venir discuter. Nous perdons notre temps…

              • Lio dit :

                L’immense majorité des "professionnels" sont des gens qui peinent à joindre les deux bouts. Merci… et c’est pour cette raison que je l’exprime ainsi.Toutefois, les intermédiaires sont parfois nécessaires si on veut monter certains projets ; un artiste ne peut pas tout faire lui-même. Et c’est là qu’il faut chercher l’équilibre, et en donnant au plus grand nombre la possibilité d’accéder aux mêmes capacités de production et de diffusion. Dans ce que je lis, il faudrait sacrifier ceux qui ont les moyens de faire des grands spectacles ou des blockbusters ; moi je voudrais plutôt que ce soit rendu accessible au plus grand nombre et d’un nivellement vers le bas, opter plutôt vers un nivellement vers le haut (je parle des moyens d’un blockbuster pas du contenu qu’on nous sert parfois, tu piges ?).

                "il y a tellement de préjugés dans ta façon d’aborder ces sujets" je pourrais te retourner le compliment sur les métiers de la musique.

                "Tu as tes certitudes (qui n’ont finalement guère changé depuis 20 ans, alors que le monde lui a beaucoup changé)" merci j’avais pas remarqué que le monde a changé et rarement en bien (sans parler uniquement d’Art) et c’est fortement préoccupant.
                Maintenant, "les certitudes depuis 20 ans…" personnellement je me garde de te juger ne connaissant pas le contenu de tes dernières années mais je pourrais croire aussi que tu n’as rien perdu non plus de tes "convictions".

                "Le disque qui repart en boucle" ; je te rassure tout de suite, il t’est déjà arrivé aussi de te répéter ; je te l’ai déjà signalé sans en faire une formalité.

                Quant aux noms que je ressors ; ce sont ceux que je sais que tu connais et que tu peux donc comprendre… Inutile que je te parle du dernier Artiste Electro, ou de Stephen Hawking tu serais peut-être "largué".

                Crois-tu que c’est productif d’aborder la chose de la sorte ?

                Et pour en revenir à ces professionnels qui peinent, j’en fréquente régulièrement sur le "plan matériel" et toi ?

                Bonne nuit

                • Lio dit :

                  ps: tu as mal compris quand je dis : "je parle de concret, tu me parles d’estimations" il fallait comprendre "j’attends du concret et tu me donnes des estimations d’un rapport". Internet… bref…

                • calimaq dit :

                  Oui, je fréquente des créateurs, plutôt tournés vers l’écriture ou le numérique que la musique. Merci pour cette petite pique. Nous ne tomberons pas d’accord, car nous n’avons pas la même définition de la création.

                  La tienne en gros est "élitiste", centrée sur de grands artistes, considérés comme des "génies" (conception romantique de la création) ; la même est "sociale", je m’intéresse à la pratique créatrice dans son ensemble, sans jugement de valeur. Dès lors, nous ne pouvons pas tomber d’accord, parce que nous ne parlons pas de la même chose.

                  Tu m’accuses de vouloir faire disparaître tous les intermédiaires. Où ai-je dit ça ? Mon but n’est pas de les faire disparaître, mais d’aboutir à une répartition de la valeur plus juste au profit des auteurs. Par ailleurs, encore une fois, de très nombreuses études économiques sérieuses ont montré que le partage des oeuvres en ligne ne cause pas de préjudice réel aux industries culturelles. Même la Hadopi le reconnaît à présent http://scinfolex.com/2013/11/22/le-partage-non-marchand-ne-doit-pas-faire-lobjet-dune-compensation-et-cest-la-hadopi-qui-le-dit/

                  Tu dis vouloir niveller les choses par le haut. Fort bien. Alors que proposes-tu, à part conserver le système en l’état, ce qui aboutit exactement à l’inverse (concentration des moyens sur un petit nombre d’oeuvres, dans lesquelles des sommes astronomiques sont investies, notamment dans la promotion pour créer "artificiellement" de l’attention sur elles, et en général pas à l’avantage de cette "qualité" à laquelle tu accordés tant d’importance). Donc que proposes-tu ? Et réponse concrète attendue avec éléments précis, pas des généralités.

                  Perso, j’arrête ensuite cette discussion, qui ne me paraît plus constructive. Mon temps est hélas compté.

                  • Lio dit :

                    Question pique, tu n’es pas en reste non plus.

                    Tu fréquentes des créateurs littéraires ou numériques ; ok. Rien que sur ça, il y aurait énormément à dire mais puisque ton temps est compté, je vais allé à l’essentiel en soulignant que le problème est que tu ignores les caractéristiques intrinsèques à d’autres disciplines, alors que tu voudrais imposer tes idées à toutes les disciplines, par conséquent ta doctrine n’est pas juste, et finalement ce n’est pas mieux que le système actuel.

                    Par ailleurs, tu te trompes encore, ou tes préjugés à mon compte prennent peut-être à nouveau le dessus et c’est décevant. "Ma définition de génie est romantique". FAUX. Comme je l’ai déjà dit, (ne te formalises pas ; je remets donc le même disque) je considère le génie comme 99% de travail, et 1% peut-être de romantisme qui te feront plaisir. Point de génie, je n’y crois pas ; c’est clair ?

                    Concernant les intermédiaires, c’est ce qui apparaît dans le livre un monde sans monopole ; pourtant il peut y avoir des intermédiaires et pas de monopole, il peut y avoir des blockbusters, des "stars" (lol) et une meilleure répartition des richesses et deS savoirS. Je pense que c’est possible. J’ai bien quelques propositions mais puisque tu souhaites arrêter la discussion, ça ne sert à rien que je les "balance" maintenant ; on en discutera donc plus tard.

                    Tu aimes à mettre en avant "Sans jugement de valeur"… C’est beau… Toutefois, je te vois mal promouvoir avec éloges le prochain auteur d’Arlequin ; non pas que j’estime que ce soit inutile dans le sens où ça peut divertir et/ou plaire à certaines personnes… Mais bon tu vois ce que je veux dire maintenant quant on transpose dans "ton" domaine ? Par conséquent, personnellement, j’arrive à faire preuve d’empathie à l’égard de ceux qui se décarcassent quelque soit le domaine. Ce qui ne m’empêche pas de croire qu’Internet est une né-ces-si-té.

                    Ma version n’est pas élitiste dans le sens négatif du terme, mais je crois qu’en "apprenant" aux gens le sens de la recherche et du travail, on les enrichit et Emancipe, à ce moment, vraiment. Alors oui, je souhaite qu’il y ait des gens qui approfondissent un domaine quel qu’il soit pour extraire des pépites, car c’est ce qui fait la qualité du patrimoine de l’Humanité. Et finalement plus que la Qualité, c’est le Mérite qui m’importe le plus…

  6. Ping : #Bullshitparty Le « Forum d’Avignon » veut écrire une déclaration des droits et pond une déclaration de guerre… | Veilleurs.info / MIRROR #1

  7. Gibello dit :

    Bon, assez de polémiques… Personnellement, je plaide pour un enseignement minimal du droit et de ses concepts à tous. Ce qui permettrait à chaque citoyen de se faire une idée par lui-même (le citoyen n’est pas idiot… et largement capable de comprendre les enjeux de ce qu’on lui a clairement expliqué).

    N’étant pas un juriste, il m’a fallu lire des tas de trucs (plus ou moins farfelus) pour comprendre ce qu’était la "propriété intellectuelle" (joyeux fatras qui regroupe le droit d’auteur, le droit des marques et le droit des brevets – des choses sans rapport entre elles, appuyées sur des objets juridiques distincts, et pourtant articulées ensemble et souvent mises dans le même sac sans discernement !).

    Je dois à Lessig, Moglen et consorts, et aux licences du libre, d’avoir compris l’utilité de mettre ses contenus sous licence. Et quelques subtilités sur les oeuvres dérivées, composites, le "copyleft", le domaine public, etc…

    J’aurai mis bien des années à acquérir une culture de base sur le droit d’auteur et ses différentes exceptions. Et sur les droits parimoniaux vs. moraux. Et sur les notions de ressources rivales et/ou excluables. Et j’en passe !

    Bref, j’affirme que si on m’avait exposé çà à l’école, çà m’aurait fait gagner pas mal de temps… et peut-être évité quelques erreurs !
    Il va de soi que mes gosses disposeront d’une telle formation (dans la limite de ma compréhension, mais çà suffira pour se débrouiller). Et les votres, citoyens ?

  8. Ping : Je suis un artiste, petite farce sans conséquence | Dérive zonale

  9. Ping : ÉTUDE : Créateurs, producteurs, distributeurs, consommateurs, pouvoirs publics… Qui détient le pouvoir ? , par Kurt Salmon | Le magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys

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