Liberté d’expression : la caricature est aussi une exception au droit d’auteur

Samedi et dimanche derniers, les manifestants se sont levés en masse pour défendre la liberté d’expression, gravement remise en question par les attentats contre Charlie Hebdo. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la caricature, la parodie et le pastiche, qui constituaient les moyens d’expression privilégiés des dessinateurs assassinés sont protégés par une exception au droit d’auteur, instaurée au titre de l’intérêt général par le législateur pour permettre le débat d’idées, la libre critique et la création artistique.

Paris rally in support of the victims of the 2015 Charlie Hebdo shooting, 11 January 2015. Par Yann Karadec. CC-BY-SA. Source : Wikimedia Commons.

Alors qu’un nouveau numéro de Charlie Hebdo paraît aujourd’hui, avec une caricature de Mahomet signée Luz, on peut se souvenir que certaines des parodies qui ont illustré les unes du journal, détournant des personnages célèbres, s’appuyaient sur cette exception au droit d’auteur.

C’est le cas de cette une de Charb ou de la suivante par Luz, détournant Astérix et Obélix.

Dans la suivante signée Luz encore, c’est le personnage de Batman qui est passé à la moulinette de la parodie pour se moquer des Jeux Olympiques.

Et il ne faut pas oublier que même celle-ci – très célèbre et polémique – dessinée par Charb, caricature une oeuvre protégée par le droit d’auteur, à savoir le film Intouchables.

L’exemple de Charlie Hebdo montre bien l’intérêt du mécanisme des exceptions pour favoriser la liberté d’expression. Car en effet, le fait de ne pas être soumis à une demande d’autorisation préalable des ayants droit favorise toutes les irrévérences et les points de vues les plus polémiques. L’exception de parodie, qui protège le « droit au rire », est d’ailleurs l’une des plus puissantes dans ses effets de notre droit, car elle permet en outre de faire un usage commercial des oeuvres dérivées réalisées à partir des oeuvres détournées.

Si elle est puissante en théorie, l’exception de caricature est longtemps restée fragilisée en France, notamment du fait de certains ayants droit particulièrement acharnés contre elle, comme la société Moulinsart gérant les droits sur les oeuvres d’Hergé. Il aura fallu de longues années de procès pour que la justice française finisse par reconnaître en 2011 que l’auteur Gordon Zola avait bien le droit de produire les Aventures de Saint-Tin et de son ami Lou, pastichant les albums de Tintin sans commettre de contrefaçon, ni de parasitisme. La société Moulinsart mettait en particulier en avant le droit moral de l’auteur, empêchant théoriquement « les atteintes à l’intégrité de l’oeuvre » et sa « dénaturation« .

On pensait que cette décision avait conforté la parodie dans notre droit, mais la Cour de Justice de l’Union Européenne est intervenue en septembre dernier pour définir les limites de l’exception de parodie par une décision dont la portée est ambiguë et qui revêt une signification particulière au vu des événements qui viennent de se produire.

Appelée  se prononcer sur le détournement de la couverture d’une bande dessinée par un parti d’extrême-droite belge pour véhiculer un message jugé insultant par les ayants droit de l’auteur à propos des musulmans, la CJUE a été obligée d’arbitrer en ces termes entre la liberté d’expression et le principe de non-discrimination :

[…] il y a lieu de rappeler l’importance du principe de non-discrimination fondée sur la race, la couleur et les origines ethniques […] Dans ces conditions, des titulaires de droits […] ont en principe un intérêt légitime à ce que l’oeuvre protégée ne soit pas associée à un tel message.

D’un côté cette décision conforte la parodie parce qu’elle consacre son existence dans le droit de l’Union, d’une manière d’ailleurs un peu plus large que le droit français ne le fait. Mais de l’autre, elle la fragilise également, car elle ouvre la possibilité aux titulaires de droits d’agir contre des détournements de leurs oeuvres véhiculant un message auquel ils ne veulent pas être associés. Ce qui me dérange ici, c’est moins que l’on fixe des limites à la liberté d’expression (ce que j’estime légitime), mais que l’on reconnaisse un pouvoir spécial aux ayants droit par rapport aux autres groupes ayant intérêt à agir pour faire interdire une caricature.

D’ailleurs, un signe explicite des dangers de cette approche, c’est que le site Tintin.com, derrière lequel se trouve la société Moulinsart n’a pas manqué de saluer cette décision de la CJUE par un billet paru le 29 septembre 2014 et intitulé « Parodier Tintin, un art difficile« . Et le texte n’hésite pas d’ailleurs à passer rapidement des parodies discriminatoires à celles qui peuvent choquer par leur caractère érotique ou pornographique :

Au nom de la parodie, un auteur ne pourrait pas tenir des propos discriminatoires, injurieux ou haineux. Cette limite s’impose à tous parodie ou non ! Les parodies sexuelles sont elles aussi périlleuses… Plus délicate est la question des parodies pornographiques ! La subjectivité du juge peut l’emporter. Il peut balayer d’un revers de la main, l’exception de parodie au motif d’un goût douteux de l’œuvre parodique. La parodie peut être considérée à ce point choquante, grossière, offensante et scandaleuse que toute intention d’humour ne peut alors qu’être écartée.

Goût douteux, choquante, grossière, offensante, scandaleuse… On se doute bien que de nombreuses caricatures parues dans Charlie Hebdo pourraient tout à fait faire l’objet de telles accusations et donner prise à des tentatives de censure de la part des ayants droit. Par exemple, la caricature détournant Intouchables dessinée par Charb pourrait très bien être contestée par les titulaires de droits du film en invoquant la nouvelle jurisprudence de la CJUE… Avec quelle issue ?

On le voit les rapports entre la caricature et le droit d’auteur sont complexes et souvent conflictuels. Une des choses qui m’ont le plus choqué ces derniers jours de ce point de vue, c’est le discours prononcé hier par la Ministre de la Culture Fleur Pellerin devant un aréopage de sociétés d’auteurs et d’ayants droit pour les rassurer quant à la position de la France concernant la réforme européenne du droit d’auteur.

Alors que les dessinateurs de Charlie Hebdo n’ont même pas encore été enterrés, Fleur Pellerin commence son discours par un vibrant hommage à la « liberté d’expression » et au « prix infiniment précieux de la création, de la culture, de tout ce que nous devons aux auteurs et aux artistes. » Mais elle continue en exprimant un point de vue ultra-maximaliste du droit d’auteur – hélas très courant en France – avec notamment une remise en cause de l’importance des exceptions dans l’équilibre du système, alors que nous venons de voir le rôle joué par l’exception de parodie dans l’activité de créateurs comme les dessinateurs de Charlie Hebdo :

Enfin, le quatrième sujet qu’il nous faudra aborder est l’accès au savoir et la participation à la culture. La révolution numérique a fait naître des demandes entièrement nouvelles, et auxquelles nous devons trouver des réponses.

Dans le monde de l’éducation, de la recherche ou des bibliothèques, un service public est en train de se réinventer complètement, et les attentes de modernisation du droit d’auteur sont fortes.

Ces attentes du monde de la recherche et de la création telles que la fouille et l’exploration de texte (text and data mining), ou le développement des pratiques transformatives doivent être prises en considération

En revanche, il faut se garder de croire qu’à tout sujet nouveau, il n’y a qu’une réponse pertinente, qui serait la consécration d’une exception nouvelle.

L’exception doit rester rare, et constituer un dernier recours si le régime normal du droit d’auteur ne peut s’appliquer.

[…] La priorité doit être, une fois clarifiée la « doctrine d’emploi » des exceptions, de regarder de très près les demandes de modernisation et d’adaptation des conditions posées par le droit de l’Union, par exemple pour les bibliothèques, la citation ou la parodie.

Par ces mots, la Ministre de la Culture fait référence aux demandes qui s’expriment pour étendre les exceptions de citation ou de parodie afin d’englober les pratiques « transformatives » sur Internet : mashups, remix, détournements en tous genres, qui sont au coeur de la culture numérique. Le rapport Lescure en 2013 avait recommandé d’adapter le droit d’auteur en ce sens, mais le Ministère de la Culture a réussi à temporiser en faisant enterrer cette idée par un rapport réaffirmant en grande partie la doxa juridique française en la matière : No Pasaran Exception ! Et aujourd’hui, on voit que la France va agir de toutes ses forces au niveau européen pour que rien ne bouge d’un iota.

Pourtant les pratiques, elles, débordent déjà de toutes part  ! Et heureusement, l’exception de parodie peut en couvrir certaines. La preuve encore depuis hier avec la myriade des détournements de photographies publiées par le hashtag #JeSuisNico, pour railler la manière dont Nicolas Sarkozy s’est incrusté au premier rang de la photographie des chefs d’États en tête du cortège de la manifestation de dimanche.

Ces détournements-là rentrent bien dans le cadre de l’exception de parodie parce qu’ils se visent à faire rire et à railler, ce qui est un des critères posés par la jurisprudence à la parodie. Et pour boucler la boucle par une très belle mise en abyme, c’est la couverture du numéro d’aujourd’hui de Charlie Hebdo qui a été détournée à son tour, avant même sa parution en kiosque ! Caricature de caricature !

Ce qui est difficilement supportable aujourd’hui, c’est que ce droit de transformer les oeuvres pour faire rire au nom de la liberté d’expression et de création ne soit pas également reconnu pour ceux qui désirent simplement prolonger des oeuvres, rendre hommage et créer à partir d’oeuvres pré-existantes sans se moquer. Le cas de Charlie Hebdo est d’ailleurs assez symptomatique de ce point de vue des blocages engendrés par le numérique : on encense la liberté de détourner pour un média papier, mais on la refuse encore pour le mashup et le remix sur Internet.

Le site Tintin.com se félicite d’ailleurs de la possibilité qu’ont les ayants droit de censurer ces productions transformatives au nom du droit d’auteur:

L’exception de parodie n’autorise pas un détournement de l’œuvre de type mashup graphique ou sous toute autre forme dénué de toute intention railleuse. Ainsi par exemple, les couvertures de Tintin Au Pays de Lovercraft (Howard Philip Lovecraft) réalisées sous le crédit Muzski ne s’inscrivent pas dans le cadre de l’exception de parodie. Les initiatives « créatrices » de type remix, mashup, bootleg, fanfiction, fanfic, hommages, dōjinshi ou autres travaux dérivés, etc… sont en principe soumises au droit d’auteur.

Si la culture libre qui prône la liberté de distribuer (par l’utilisation de l’Internet notamment) et de modifier des œuvres de l’esprit venait à mettre de côté le droit d’auteur, cela nuirait gravement à la création artistique !

Cela nuirait gravement à la création artistique ? On voit clairement avec l’exemple de Charlie Hebdo que les créateurs eux-mêmes ont besoin de ces espaces de respiration que sont les exceptions au droit d’auteur pour pouvoir exercer leur liberté d’expression.

Mimi et Eunice, par Nina Paley, Copyheart. Please copy and share.

Et je terminerai en rappelant que pour écrire ce billet, il m’aura fallu enfreindre 10 fois le droit d’auteur, vu l’étroitesse en France de l’exception de citation, qui n’est pas applicable aux images, même pour un usage complètement non-commercial comme celui qui est ici le mien…

16 réflexions sur “Liberté d’expression : la caricature est aussi une exception au droit d’auteur

  1. Aude

    Merci pour ce billet qui montre, encore une fois, que le droit d’auteur s’affirme de plus en plus comme un frein à la créativité – en tant qu’ancienne étudiante en art, l’idée même de ne pas pouvoir copier/s’approprier/intégrer/etc. des œuvres passées et présentes est tellement ridicule que je ne comprends pas comment on peut se prévaloir d’une telle « protection » une fois devenu « artiste professionnel(le) » ! Le droit moral ressemble trop, en ce qui me concerne, à une limitation de la liberté d’expression. De la part d’un artiste/écrivain/etc., demander au public qui reçoit leurs œuvres de rester passif face à elles, sans possibilité d’y faire écho par la réappropriation où quoique ce soit d’autre, est incroyablement triste. Je ne comprends pas non plus que les droits soient prolongés après le décès de leur détenteur : si cela se justifiait à l’époque où une telle mesure était réclamée (pas de possibilité d’indépendance financière pour les femmes et pas vraiment d’assistance sociale), je ne vois pas comment la justifier aujourd’hui…

    1. Lio

      Je ne crois pas qu’il faille s’approprier au risque de devenir impersonnel mais plutôt – et cette nuance est importante- s’imprégner pour comprendre la méthode afin d’atteindre soi-même par la suite l’infini des possibilités en création.
      Intégrer est effectivement plus juste et l’on y parvient par l’étude.

      Si le droit d’auteur empêchait la création, alors qu’il est actuellement mis en place, il ne pourrait y avoir de création or il y a des créations…

      Personnellement, j’utilise le droit d’auteur à un niveau assez limité qui me permet de revendiquer une « paternité », au cas où tous types de « producteurs » voudraient utiliser malhonnêtement mes créations en m’en écartant…

      En ce qui concerne, le droit moral, il me garantit le droit d’accepter ou non à quoi ma création soit associée ; je souhaiterais qu’aucun résultat de mon labeur soit associé à la violence, l’exploitation, la vulgarité ou la propagande politique si ce n’est l’écologie ainsi que quelques autres thèmes.

      Par ailleurs, je ne disposerais pas à ma guise de quelque chose que je n’ai pas fait sans demander à l’auteur, car ayant conscience (parce que je pratique) de l’énorme travail que ça demande, je respecte son choix.
      En ce sens, je justifie le droit moral et d’auteur sans pour autant dire que tout
      soit parfait sur le sujet…

      1. « Par ailleurs, je ne disposerais pas à ma guise de quelque chose que je n’ai pas fait sans demander à l’auteur, car ayant conscience (parce que je pratique) de l’énorme travail que ça demande, je respecte son choix. »

        Si l’on part de ce principe, Charlie Hebdo aurait dû demander l’autorisation au producteur du film Intouchables pour faire sa une et il n’aurait certainement pas pu la faire. Donc on serait dans un système où la liberté d’expression serait très fortement bridé.

        Récemment, la productrice du film Selma, consacré à Martin Luther King, a dû renoncer à utiliser les paroles du discours I Have A Dream, parce que les descendants de King revendiquent un droit d’auteur dessus. Et elle a expliqué que ce n’était pas tellement une question d’argent, mais qu’elle avait dû renoncer parce que la famille voulait utiliser son droit d’auteur pour contrôler son scénario et orienter le film dans une direction qu’elle ne souhaitait pas http://www.vox.com/2015/1/13/7540027/selma-copyright-king-speeches

        C’est cela aussi que produit le régime de l’autorisation préalable et on peut se réjouir que l’exception de parodie ouvre une marge de manoeuvre dans le système, au nom de la liberté d’expression, en faisant céder le droit moral.

        1. Lio

          L’exemple de Charlie Hebdo dépasse ce que j’ai exprimé. Tout dépend effectivement de comment c’est fait, à quelles fins, avec quels « outils », par quel « support » (le deuxième exemple : MLK, un personnage historique et public)… Mais comme tu le dis si bien l’exception de parodie est là pour ça.
          Là, la caricature ne porte pas atteinte au film mais le met en valeur, c’est presque d’une certaine manière de la pub (même si ce n’est, surement -peut-être ?- pas l’objectif) ; c’est donc différent.
          En ce qui concerne donc MLK, il faudrait que je connaisse précisément l’avis, le contenu et la direction choisis des deux parties. Un article seul, n’est pas suffisant pour que je puisse prendre position. A voir…
          Maintenant on ne peut pas mettre en avant la liberté d’expression sans l’avoir au préalable convenablement placée en fonction des différents contextes, car ce qui est une liberté pour l’un peut devenir une atteinte pour l’autre.
          Très délicat… donc je le redis : Tout dépend de comment c’est fait et dans quel but.

          1. Sur Martin Luther King, ce nouvel article paru dans Slate confirme bien le précédent et fait une synthèse de différents articles parus aux Etats-Unis sur a question : http://www.slate.fr/story/97025/i-have-dream-martin-luther-king-selma

            Citation :

            «En d’autres mots, les héritiers de King utilisent leur contrôle du copyright pour contrôler la façon dont King est présenté. Ce n’est peut-être pas une surprise qu’aucun film majeur sur King n’ait été produit jusque-là.»

            1. Lio

              Je ne sais pas… et je me méfie autant d’internet que de la télévision dans le sens où beaucoup trop d’articles et de sites sont orientés.
              Avec les mots, on peut tout « monter » comme ça nous arrange.

              Maintenant, si il s’agit seulement de montrer ses discours, et leur portée au-delà du symbole, pourquoi pas. Mais s’il s’agit de recréer un personnage qui ne correspondrait pas à la réalité : non. Qui mieux que sa famille, son entourage ET sans considérer (sans les oublier) ses actes publics ou révélés plus tard au public (qui hors contexte pourtant, peuvent devenir objet à manipulation) peuvent décrire réellement qui il était et pourtant même ça peut-être, ce ne serait pas suffisant…
              Un personnage est un ensemble d’évènements qui ne peut se résumer à partir de discours, et la difficulté paradoxale est également que si l’on veut saisir le fond du personnage et donc de ses discours qui dépassent les simples mots, on doit connaître aussi sa vie (et par extension, c’est aussi pour cette raison entre autres, que je ne suis pas absolument d’accord avec toi sur le remix…).

              Cette article dépeint un caractère mercantile pourtant il souligne aussi des querelles au sein de cette famille ; peut-être ne sont-ils pas tous d’accord sur cette attitude… ? Par contre, utiliser le copyright pour empêcher de faire n’importe quoi sur quelqu’un et ce qui vient de lui : c’est entièrement justifiable.

              Ce n’est pas aussi simple… Si on veut toucher à l’intimité du personnage c’est avec l’appui de son entourage (pas seulement la famille) qu’il faut le faire ou alors qu’on se contente d’un reportage de plus… Sinon on est en droit de se poser également la question qui veut se faire réellement de l’argent sur Martin Luther King : sa famille ou un tiers voulant faire un film sur lui ? Ou peut-être les deux ? Nature humaine ?… Condition humaine…? Etc…

              (Pour en revenir à Charlie Hebdo, finalement je trouverais ça plutôt « classe et sympa » que parfois, les caricaturistes rencontrent leurs « victimes » ou les auteurs dont ils « s’inspirent » ; ça pourrait peut-être provoquer des dialogues plus profonds que des dessins (parfois ?) gratuits, et retisser des liens sociaux véritables alors que la technologie, tout comme les idéologies nous en privent de plus en plus… qui sait, ils seraient peut-être parfois plus « inspirés »…).

  2. Laetitia Pakarov

    On n’écrit pas « mise en abîme » mais « en abyme » (ni « je terminerais » mais « je terminerai »).

    Par ailleurs, le fait de citer le cas du discours de MLK est une démarche de mauvaise foi, car vous le savez, l’affaire relève du droit américain, différent du droit français en ce que la reproduction de ses propos serait considérée ici comme relevant du droit à l’information.

    1. Désolé, mais c’est faux. Il existe en effet en droit français une exception dite « d’actualité » introduite en 2006, permettant aux organes de presse de reproduire et représenter des oeuvres lorsque c’est nécessaire pour rendre compte de l’actualité : http://www.adagp.fr/faq/quest-ce-que-lexception-dite-dactualite

      Mais cette exception ne peut pas être mobilisée dans le cadre d’un film, dont le but n’est pas l’information immédiate, mais la création d’une oeuvre dérivée.

      Il existe par ailleurs une autre exception portant spécifiquement sur les discours publics en droit français, mais là encore uniquement pour leur réutilisation « à titre d’information d’actualité » http://www.paralipomenes.net/archives/5412

      Donc le cas du discours de Martin Luther King que je cite dans le commentaire plus haut est parfaitement approprié et contrairement à ce que vous dites, il n’y a pas plus de marges de manoeuvre en droit francais qu’en droit américain (c’est même plutôt l’inverse, en raison de l’existence en droit US du fair use, absent du droit français). La réalisatrice du film Selma se heurterait aux mêmes difficultés en France avec les héritiers de MLK.

      La prochaine fois que vous jetez à la figure de quelqu’un l’accusation de « mauvaise foi », je vous suggère de vérifier un minimum vos affirmations.

  3. Aude

    « Par contre, utiliser le copyright pour empêcher de faire n’importe quoi sur quelqu’un et ce qui vient de lui : c’est entièrement justifiable ». Je trouve pour ma part que les gardes-fous déjà posés par la loi (sur la liberté de la presse ?) quant aux propos insultants, diffamatoires, etc. sont suffisants, mais c’est mon opinion. Quant au fait que les droits d’auteurs/copyright n’empêchent pas les artistes de créer, il me semble moi voir une augmentation des « cas », peut être liée à une augmentation du volume des images produites et de leurs moyens de diffusion. Dernier exemple en date : http://hyperallergic.com/176138/luc-tuymans-convicted-of-plagiarism-for-painting-photo-of-politician/?utm_medium=email&utm_campaign=Luc+Tuymans+Convicted+of+Plagiarism+for+Painting+Photo+of+Politician&utm_content=Luc+Tuymans+Convicted+of+Plagiarism+for+Painting+Photo+of+Politician+CID_c696326de2c7740ba10999184a3b105e&utm_source=HyperallergicNewsletter&utm_term=Luc%20Tuymans%20Convicted%20of%20Plagiarism%20for%20Painting%20Photo%20of%20Politician

    1. Lio

      C’est au photographe de décider à quoi son travail est associé en l’occurrence ici, une parodie exprimée par quelqu’un, qui si j’ai bien compris (donc sauf erreur de ma part), n’est pas habituellement (réellement ?) un adepte du genre ; ce qui révèle, il semblerait de la mauvaise foi.

      En quoi est-il gênant de demander, de contacter le photographe au lieu de disposer ?
      Comme vous le dites si bien face à la « profusion » des images produites, pourquoi ne s’est-il pas tourné vers une autre photo si cela posait problème ? Y avait-il seulement ce moyen d’exprimer ce qu’il voulait faire ? Ne pouvait-il pas trouver un terrain d’entente avec ce photographe ou en trouver un autre ? Et si c’était si simple d’être photographe, pourquoi n’a-t-il pas pris lui-même, une autre photo quelconque qu’il aurait pu travailler à sa guise ? Le photographe ne partage peut-être pas non plus les opinions du dessinateur ou n’aime pas son travail ou sa personne ou s’est senti agressé et ne souhaite donc pas y être associé : c’est son droit et cela n’en fera pas une personne moins bonne que les autres.

      Je connais quelqu’un qui depuis peu, s’est mis à la photo… Il m’a dit un jour : « Depuis que j’en fais, je me rends compte maintenant que c’est « quand même » du boulot… » Il essaie de monter un petit studio photo… et s’est mis sous copyright.
      Beaucoup trop de gens ignorent la réalité du métier en se basant seulement sur le résultat ; c’est malheureusement pareil dans tous les domaines, artistiques ou non.

      1. Non, ce que tu dis est juridiquement faux et tu ne comprends visiblement pas la spécificité du régime de la parodie.

        Lorsque quelqu’un souhaite parodier l’oeuvre d’un autre, la loi lui donne la possibilité de le faire, sans avoir à demander d’autorisation préalable, pour protéger la liberté d’expression.

        Peut-être que tu n’es pas d’accord avec ça, mais c’est la loi et elle ne peut être niée. Le droit moral cède ici face à la liberté d’expression au nom de l’intérêt général tel que décidé par le législateur. Le fait que le photographe ne partage pas les opinions du dessinateur ne suffit pas à lui permettre de s’opposer à la modification de son oeuvre, dans la mesure où le dessinateur réalise bien une parodie au sens juridique du terme. Depuis la fin de l’année dernière, la Cour de Justice de l’Union Européenne a ajouté qu’un titulaire de droits peut s’opposer à ce que son oeuvre soit associé à des propos « discriminatoires » (au sens de racistes par exemple), mais ce n’est pas à l’auteur de juger ce qui est discriminatoire ou pas : c’est à la justice de le faire.

        Donc quand tu dis, « c’est son droit », tu te trompes. Ce n’est pas ainsi que fonctionne le droit en matière de parodie (et heureusement pour la liberté d’expression).

        1. Lio

          Si tu relis bien mon premier paragraphe de ma précédente réponse, et après lecture du lien, il semblerait que la parodie ne soit pas l’intention véritable au départ.
          C’est apparemment sous-entendu dans le lien (sauf erreur de ma part, je le réécris) : donc je ne me suis pas exprimé en retenant l’aspect « soi-disant » parodique car dans ce cas précis, il semblerait qu’elle ait plutôt bon dos la parodie… « Of course they will now say it’s a parody, since that is the only way to escape judgement » ET il est encore ajouté que ça ressemble surtout à une parodie de défense…

          Maintenant, et bien que je ne sois pas juriste (donc là tu as raison : je n’ai peut-être pas toutes les notions nécessaires ; mais pour mon commentaire, tu comprendras donc maintenant qu’elles n’étaient en aucun cas utiles puisque je ne l’ai pas considéré comme une parodie…), j’ai quand même retenu de mon court passage en droit que ce n’est pas au photographe d’en décider mais à une cour, toutefois c’est bien son droit (HORS CONTEXTE JURIDIQUE, abus de langage ?) de ne pas être d’accord et son droit d’initier les démarches nécessaires et possibles à sa défense. Donc inutile de t’emballer.

          Et je suis d’accord avec toi sur le point de la liberté d’expression… tant qu’on veille à ce qu’elle ne touche pas à la personne tel que stipulé par la loi ; chose qui va devenir à juste titre de plus en plus sensible comme le démontre l’actualité.

  4. Aude

    Sur le même sujet (et toujours sur Tuymans), un article qui me semble aller dans le sens de ce que je lis sur ce blog concernant les « exceptions » au droit d’auteur et leurs faiblesse… Il pose également bien mieux que moi le problème de l’appropriation (j’aime beaucoup la dernière remarque sur les poètes !) http://hyperallergic.com/177128/luc-tuymans-case-illustrates-the-failure-of-europes-copyright-laws/?utm_medium=email&utm_campaign=Liveblogging+The+Artist+as+Debtor+Conference&utm_content=Liveblogging+The+Artist+as+Debtor+Conference+CID_f28f60e7e7e00e50bb7631b4cfb4cc19&utm_source=HyperallergicNewsletter&utm_term=Luc%20Tuymans%20Case%20Illustrates%20the%20Failure%20of%20Europes%20Copyright%20Laws

    1. Lio

      Bonjour Aude,
      Le copyright n’est pas sur les mots, ou sur ce que l’on voit, il est sur ce que l’on en fait et qui est propre à la personne par ce qu’elle y met, entre autres, d’elle même, dedans.
      C’est comme en musique, les notes seules ne sont pas copyrightées, tout le monde en dispose ; libre à chacun d’en faire quelque chose…
      Les notes, les mots, les tubes de peinture, la terre, etc… sont d’une certaine manière, un même matériau de construction mais pas dans le même domaine.
      Donc je trouve personnellement, cette dernière phrase excessive, et hors de propos puisque ce n’est pas le cas.

      Maintenant, je trouve nécessaire la parodie dans une certaine mesure tant qu’elle n’attise pas la haine (…), ainsi que l’esprit critique qui quant à lui, est même surement saint pour éveiller contre le totalitarisme.

      Toutefois, je conserve l’idée que « la critique est aisée, l’Art est difficile » ; c’est peut-être aussi çà le problème…
      Combien d’heures de travail, entre la photo de gauche (et bien que je n’adhère pas à cette réalisation non plus mais pour d’autres raisons…) et celle de droite (qui si elle est une parodie, je pourrais alors très facilement y adhérer ; car une telle valeur, somme, n’aurait-elle pas pu être plutôt destinée à une meilleure « œuvre » ? (je veux dire « œuvre » non artistique…).

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