Star Wars VIII : l’impasse d’une industrialisation de la mythologie

Le huitième épisode de la saga Star Wars The Last Jedi est sorti sur les écrans le mois dernier et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a provoqué des réactions explosives. La réception de ce nouvel opus est d’ailleurs assez paradoxale, comme on peut le voir sur le site de référence Rotten Tomatoes, car si les critiques professionnelles lui adressent la note très honorable de 90%, le film recueille auprès du public un score de 50% seulement, soit la pire appréciation de toute la série (y compris le controversé épisode II de la prélogie L’Attaque des Clones, c’est dire...).

Ce chiffre de 50% est d’ailleurs assez représentatif des réactions que l’on peut rencontrer en ligne : les fans de la saga ont soit apprécié, soit détesté les choix du réalisateur Rian Johnson, sans demi-mesure (disclaimer : je me range résolument dans le second groupe). On trouve beaucoup de critiques ou de commentaires en vidéo, mais celui que j’ai trouvé le plus intéressant est celui de la chaîne Cult’N’Click qui s’efforce justement d’expliquer pourquoi le film est aussi clivant :

En gros, on peut dire que si l’épisode VII de J.J. Abrams avait – à juste titre – été accusé d’être une sorte de remake déguisé de l’épisode IV Un nouvel Espoir, reprenant quasiment à la lettre la structure du premier film, Rian Johnson a choisi au contraire de prendre le contrepied systématique de toutes les attentes, sans craindre au passage de fouler aux pieds certains des grands totems de l’univers Star Wars (notamment tout ce qui tourne autour des Jedis).

Son film n’échappera pourtant pas non plus complètement à l’accusation de recyclage des films précédents (il comporte de très lourdes citations des épisodes V et VI…), mais il y a malgré tout chez lui une volonté de rupture radicale qui ne pouvait que faire entrer en convulsion les fans hardcore de la saga. Or c’est justement la réaction d’une partie de ces fans qui est intéressante à observer et à analyser (notamment d’un point de vue juridique).

Bataille à coups de « canon »

Une pétition a en effet été lancée par des fans en colère pour que Disney, à qui appartient désormais la licence, retire littéralement cet épisode VIII de la saga.

L’épisode VIII était une parodie. Il a complètement trahi l’héritage de Luke Skywalker et des Jedi. Il a trahi les raisons-mêmes pour lesquelles la plupart d’entre nous, en tant que fans, aimions Star Wars. Cela peut être réparé. Tout comme vous avez effacé 30 ans d’histoires, nous vous demandons d’en effacer un de plus, Les Derniers Jedi. Retirez-le de la saga, repoussez l’épisode IX et re-faites l’épisode VIII correctement pour restaurer l’héritage, l’intégrité et le caractère de Luke Skywalker.

Plus exactement, ces fans demandent à ce que Disney use du pouvoir qu’il détient à présent pour retirer l’épisode VIII du canon officiel de la série. Cette notion de « canon » est essentielle pour comprendre les rapports qui existent entre les industries culturelles et les communautés de fans. Même si le titulaire des droits sur une oeuvre peut tolérer (comme J.K. Rowling par exemple le fait avec Harry Potter) que les fans produisent leurs propres histoires à partir de son univers, il reste le seul à pouvoir déterminer quels éléments fictionnels vont intégrer officiellement l’univers de référence pour former le « canon » de l’oeuvre.

Lors du rachat de la franchise Star Wars, Disney a d’ailleurs usé de cette prérogative en prenant la décision radicale de déclarer nul et non avenu «l’univers étendu de Star Wars», c’est-à-dire l’ensemble des prolongements produits au fil des années sous forme de romans, de jeux vidéo, de téléfilms et autres produits dérivés. Seuls les six films de la saga (trilogie + prélogie) et les séries TV The Clones War et Rebels définissent à présent le « canon » de Star Wars. Tout le reste a été « rétrogradé » au statut de « Légendes » et pourra continuer à être commercialisé sous cette étiquette, mais sans « compter » véritablement dans l’histoire.

Schéma de l’univers étendu de Star Wars après le rachat par Disney. Univers officiel : rouge + orange Univers étendu : orange + jaune Univers Légendes : jaune. Source : Wikimedia Commons.

Donc ici, les fans demandent à Disney d’utiliser ce pouvoir de « déclassement » dont la firme dispose en tant que titulaire des droits pour éjecter l’épisode VIII du canon, car eux-mêmes estiment que cette nouvelle oeuvre ne satisfait pas aux critères minimum de fidélité à l’univers de référence pour en faire partie. Pour paraphraser Obi-Wan Kenobi, l’épisode VIII a introduit une trop grande perturbation dans la Force qui menacerait à présent, selon eux, l’ensemble de la cohérence de la saga Star Wars.

Comme un fantôme de droit moral…

Il est intéressant de relever le registre lexical employé par les fans à l’origine de cette pétition : ils invoquent une atteinte à « l’intégrité » du personnage de Luke Skywalker et ils demandent le « retrait » du film. Ces termes font très fortement penser à ce que l’on appelle dans le droit d’auteur « à la française » le droit moral, qui appartient à l’auteur et lui permet justement de s’opposer aux atteintes à l’intégrité de son oeuvre. Le droit moral comporte également un droit de retrait (dit aussi droit de repentir) qui permet théoriquement à un artiste de retirer une oeuvre de la circulation s’il estime qu’elle ne correspond plus à sa vision ou à ses exigences en tant que créateur.

Pourtant le droit moral est réputé ne pas exister dans le système du copyright américain (même si ce n’est pas complètement vrai). Mais dans l’histoire de Star Wars, cette question de « l’intégrité de l’oeuvre » a joué un rôle important dans les rapports entre l’industrie et la communauté des fans. On sait par exemple que George Lucas a fait jouer d’une certaine manière son « droit de repentir » à propos des films de la trilogie originale, en les retouchant au fil des rééditions successives pour modifier des éléments qui ne le satisfaisaient pas. Or les fans hardcore de la saga n’ont jamais accepté ces modifications qu’ils considéraient comme une véritable dénaturation de l’oeuvre, d’autant plus grave qu’il devenait avec le temps difficile de se procurer dans le commerce les versions originales. Le conflit a été si loin que certains fans ont produit une « Despecialized Edition » qui retire tout ce que les éditions « spéciales » suivantes ont ajouté ou enlevé aux films d’origine, au prix d’un travail minutieux s’apparentant à celui d’un restaurateur.

Ce qui est intéressant ici, c’est qu’alors que le droit moral constitue dans la perspective française ce qu’il y a de plus personnel dans le rapport entre un créateur et son oeuvre, il existe au contraire à propos de Star Wars un conflit pour déterminer qui est légitime pour préserver l’intégrité de l’oeuvre. Le public a osé dénier au créateur original de cet univers, George Lucas en personne, le droit de définir ce qui pouvait constituer la forme définitive de l’œuvre, en estimant qu’il pouvait se poser en « gardien » de son esprit.

Évidemment, le phénomène n’a fait que s’amplifier depuis que Disney a racheté la franchise, tant les craintes étaient grandes que la firme ne dénature Star Wars. Les fans les plus durs avaient déjà poussé les hauts cris lorsque Disney a décidé d’éjecter hors du canon l’intégralité de l’univers étendu (même si ce choix était quelque part nécessaire pour pouvoir produire une nouvelle trilogie sans être lié par cet amoncellement écrasant). Mais le conflit autour la défense de l’intégrité de l’oeuvre va à présent se déchaîner au vu de ce que Rian Johnson a « osé » faire avec cet épisode VIII.

Quelque part, on peut dire que le réalisateur utilise sciemment la « dénaturation de l’oeuvre » comme un procédé créatif à part entière, et ce au moins à trois niveaux différents. The Last Jedi dénature d’abord les six premiers films, en introduisant des incohérences telles que l’équilibre global de la saga est rompu. Il dénature aussi l’épisode VII, car plusieurs des éléments scénaristiques introduits par J.J. Abrams sont délaissés ou brutalement abandonnés (le mystère autour du Leader Suprême Snoke ou celui des origines de Rey). Enfin, on peut même aller jusqu’à dire que le film se dénature lui-même, puisqu’il comporte tout un arc narratif (les péripéties de Finn et Rose sur la planète Casino) qui n’a aucune utilité réelle dans l’histoire et brise la cohérence logique de l’ensemble. Il est donc assez normal à ce stade que certains fans en viennent à demander à Disney de supprimer l’épisode en l’éjectant en dehors du « canon officiel.

Industrialisation de la mythologie

Or il est intéressant de constater que l’importance de ce pouvoir de définition du « canon » tient essentiellement à la nature « mythologique » de Star Wars. Ce qui est si spécial avec cette saga, c’est qu’elle constitue une « oeuvre-univers » qui a déjà acquis le statut de mythologie moderne, au même titre qu’en leur temps l’Illiade ou les aventures du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. Le propre d’une mythologie est d’être non pas simplement une oeuvre, mais une « matrice à histoires » engendrant une prolifération de versions et de prolongements à partir d’un matériau de base. Dans le cas de Star Wars, si les fans ont produit des multitudes d’oeuvres dérivées, plus ou moins tolérées par LucasFilm, c’est l’industrie culturelle elle-même qui a participé à la prolifération de l’univers, notamment à travers la production – souvent à visée très mercantile – de l’univers étendu.

Mais il y a une différence fondamentale avec les mythologies anciennes, qui tient à l’irruption de la propriété intellectuelle caractéristique de notre époque. Disney a les moyens d’industrialiser la production de ce mythe moderne qu’est Star Wars à une échelle qui était inaccessible à LucasFilm, mais ils ont en plus le pouvoir exclusif de déterminer ce qui rentre officiellement ou pas dans le « canon » de l’univers. Dans les temps passés, ce monopole n’existait pas, car les oeuvres étaient produites directement dans la « vallée du Folklore » : les trames d’histoire, les personnages, les noms de lieux, etc. n’appartenaient à personne et à tout le monde à la fois, et chacun pouvait produire une nouvelle version pour étendre l’univers, sans réelle notion de « hiérarchie ».

Disney a d’ailleurs à présent l’intention d’utiliser ce pouvoir exclusif de définition du canon de Star Wars de manière beaucoup plus « rationnelle » que ne l’avait fait LucasFilms, comme l’explique cet article fascinant du Monde. Désireux d’exploiter le filon Star Wars jusqu’au bout, Disney est bien décidé à faire proliférer au maximum les déclinaisons de l’univers, au rythme d’un nouveau film par an, assorti de romans, de comics, de jeux vidéo et de tout ce que l’on pourra imaginer. Or un tel foisonnement de l’univers va immanquablement engendrer des risques de fragilisation de sa cohérence, comme ce fut le cas pour l’univers étendu du temps de LucasFilm. Mais pour parer à ce problème, Disney a mis en place une cellule spéciale chargée de garder la mémoire de l’oeuvre et de garantir l’intégrité de l’ensemble :

Pour s’assurer de conserver malgré tout la cohérence que vise Disney, le studio s’est organisé. La publication de comics, déjà, est désormais assurée par Marvel Comics, filiale du groupe, plutôt que par Dark Horse, partenaire habituel de Lucasfilm.

Mais surtout, autour de Leland Chee, déjà responsable de la hiérarchisation de l’univers étendu pour George Lucas, s’est ainsi constituée une équipe, le Star Wars Story Group (groupe des histoires de Star Wars). Ce sont eux que les réalisateurs viennent consulter quand ils ont besoin de vérifier un élément de la mythologie « Star Wars », ou quand il s’agit de donner un nom crédible à un personnage, une planète ou une arme. « Nous participons à tous les aspects de la narration de Star Wars », confirme M. Chee sur Twitter.

Cet aspect me paraît extrêmement intéressant, car d’une certaine manière, on peut aussi y voir une forme de « corporatisation » et « d’industrialisation » du droit moral, alors même que celui-ci n’existe pas théoriquement aux États-Unis. Sauf que cette industrialisation en renverse littéralement le sens, car là où le droit moral en France est censé protéger les réalisateurs contre les studios (en leur réservant notamment le fameux Final Cut – pouvoir d’arrêter le montage du film), c’est l’inverse qui se produit avec ce droit moral « industrialisé » : il vient au contraire protéger la cohérence de « l’oeuvre-univers » contre les réalisateurs qui pourraient venir la dénaturer.

Sortir de l’impasse par un vrai retour aux légendes

Tout le problème, c’est que malgré la mise en place de cette organisation, Disney a manifestement d’emblée failli dans son rôle de gardien de la cohérence de l’univers de Star Wars, ce qui provoque en retour la colère des fans qui viennent le lui reprocher. Ils lui rappellent que le pouvoir de fixer le canon ne peut se réduire aujourd’hui au simple exercice des droits de propriété intellectuelle : la communauté des fans dispose d’une puissance propre en la matière et, comme avec les retouches de George Lucas sur la trilogie originale, une lutte va à présent s’engager à propos de l’incorporation ou de l’éjection de cet épisode VIII dans le canon. Il y a bien entendu très peu de chances – voire aucune – que Disney cède officiellement à la pression des fans, mais l’histoire de Star Wars sera marquée de manière indélébile par ce conflit de légitimité et nul doute que cela rejaillira sur l’écriture de l’épisode IX.

Pour moi, cet épisode a même une signification plus profonde : il marque en réalité l’impasse dans laquelle aboutit nécessairement le processus d’industrialisation de la mythologie. On ne peut construire une mythologie au sens propre du terme sur la base de la propriété exclusive que présuppose le copyright, car l’essence même des mythes est collective. C’est d’ailleurs ce qu’a très bien senti J.K. Rowling avec Harry Potter, en autorisant de manière assez libérale les fans à produire leurs propres histoire dans son univers. Une oeuvre qui acquiert un caractère mythologique échappe forcément à son créateur et elle ne peut pas être « contenue » dans les limites fixées par une industrie. Ce n’est pas pour rien que Disney a cherché à « démystifier » méthodiquement Star Wars avec cet épisode 8 : c’est que la firme sent bien qu’elle ne pourra recycler cette oeuvre à l’infini dans ses circuits industriels qu’à la condition de lui « extirper » ce statut de mythe moderne.



Les fans hardcore de Star Wars ont bien senti le danger, mais ils se trompent à mon sens en demandant à Disney d’utiliser son pouvoir de définition du « canon » pour retirer l’épisode VIII, car tout le problème réside dans l’existence même de ce pouvoir qui s’enracine dans la propriété intellectuelle. Si Star Wars était dans la même situation que la légende du Graal, peu importerait à vrai dire que cet épisode soit si mauvais : ce ne serait qu’une incarnation de plus parmi d’autres de l’oeuvre et elle n’empêcherait personne de continuer l’histoire dans une direction différente. La légende du Graal est à jamais « indestructible » parce qu’elle est dans le domaine public et que plus personne ne peut plus revendiquer une exclusivité sur cette oeuvre, alors que Disney détient Star Wars comme un actif immatériel, ce qui lui donne le pouvoir de « prendre en otage » la conscience collective.

La morale de tout ceci est la suivante : notre époque est encore capable de produire des oeuvres mythiques et il faut s’en réjouir. Mais la propriété intellectuelle « séquestre » cet imaginaire et permet à l’industrie cinématographique de confisquer l’usage de ces oeuvres pendant des décennies, quand bien même elles habitent l’âme populaire. Or l’exemple de Star Wars montre que cette industrialisation de la mythologie ne fonctionne tout simplement pas et qu’elle engendre des conflits tellement vifs avec le public que la situation devra certainement évoluer, sous peine que le système finisse par exploser (ou que les mythes en meurent…).

Une porte de sortie pourrait être de réduire drastiquement la durée du droit d’auteur ou bien de laisser à l’industrie un monopole d’exploitation commerciale des oeuvres, tout en autorisant légalement le public à produire ses propres histoires en créant un véritable droit au remix et aux fanfictions. Mais il faudrait sans doute aller plus loin en renonçant à l’idée même d’un pouvoir capable de fixer le « canon » d’une oeuvre, ce qui permettrait le retour à une authentique culture « folklorique » qui fut pendant des siècles et des siècles la vraie matrice des légendes de l’humanité.


39 réflexions sur “Star Wars VIII : l’impasse d’une industrialisation de la mythologie

  1. intéressante réflexion sur le droit moral. Merci.
    En revanche, je suis un peu dubitative (je n’ai pas vu le film) sur la vidéo choisie pour illustrer la question : le fait que les personnages originels n’apparaissent que peu ensemble est donc considéré comme une atteinte à l’esprit de l’œuvre. Ils divorcent = atteinte à l’esprit originel. Faire évoluer des personnages dans le temps est donc une atteinte à la mythologie ? Pour le coup, cela relève vraiment d’une vision Disney du monde (très happily ever after). Sans compter que l’auteur semble moins se poser la question de l’univers que celle de la « gauchisation/féminisation » du film.
    Y a-t-il vraiment des « incohérences telles que l’équilibre global de la saga est rompu » ? Ce n’est p-ê pas logique que Rey sache conduire le falcon mais est-ce que ça dénature la saga ?
    Ou est-ce juste de l’insatisfaction du public qui essaie de rationaliser sa déception ?

    1. Bonjour,

      J’ai mis cette vidéo pour illustrer le type de réactions suscitées par le film, mais ça ne veut pas forcément dire que je suis d’accord avec tout.

      D’ailleurs, le « public » n’a pas forcément toujours raison dans sa défense de l’intégrité de l’œuvre, sachant que l’on ne peut même pas considérer que le « public » existerait comme une entité unique et cohérente. La « négociation » sur l’intégrité de l’œuvre est une chose très complexe, pleine de conflits et de compromis.

      Pour ce qui est des incohérences de l’épisode VIII, il me semble qu’il y en a quand même de très graves, qui portent atteinte à la cohérence même de l’univers.

      [Attention spoilers dans la suite, ne lisez pas si vous voulez vous garder la primeur du film]

      Par exemple, le fait que la vice-amiral Hondo projette son vaisseau à vitesse lumière pour détruire la flotte du Premier Ordre est juste complètement incompréhensible. Car s’il et possible d’utiliser un vaisseau de cette façon avec des effets aussi dévastateurs à la clé, alors la rébellion aurait pu faire ça dans les épisodes IV, V, VI pour détruire l’Etoile Noire / de la mort. Toutes les péripéties n’ont pas lieu d’être. Ça introduit une incoherence technologique majeur dans l’univers et ce, juste parce que l’épisode VIII avait besoin d’un Deus Ex Machina pour résoudre une de ces situations.

      Par ailleurs, le personnage de Rey est aussi très problématique. Non parce que c’est une femme et qu’elle a un rôle majeur dans l’histoire (on ne peut au contraire que s’en réjouir), mais parce que son évolution est incohérente.

      Elle dispose en effet de la capacité de piloter le Faucon Millenium sans qu’aucune explication nous soit donnée et pire, elle maîtrise la force à un très haut niveau sans avoir reçu de formation Jedi.

      Or même Anakin, qui est pourtant « l’Elu de la force » a besoin dans les épisodes I, II, III de longues années d’entraînement et des meilleurs maîtres pour arriver à développer le potentiel de ses pouvoirs.

      Donc le personnage de Rey bouleverse la cohérence de l’univers et là encore, l’épisode VIII nous dit très clairement qu’il n’a juste rien à faire de ce problème, car il renonce explicitement à nous donner des explications.

      Peut-être que l’époque IX apportera des éléments pour justifier ces situations, mais j’ai envie de dire que le mal est déjà fait et que plus rien ne pourra réparer les dégâts causés.

      Ce que Disney veut dire en réalité, c’est qu’ils sont les seuls maîtres et pour apporter la preuve de ce pouvoir, ils détruisent la cohérence de l’univers.

      La pleine propriété implique l’usus (utiliser la chose), le fructus (tirer les fruits de la chose) et l’abusus (détruire la chose).

      L’épisode VIII est la manifestation de cet abusus et c’est cela qui provoque la colère des fans.

      1. Il n’y a aucune incohérence. Il est dit que l’élu de la force n’était pas Anakin mais Luke . Ce n’est qu’une question de point de vue… Rey sait manipuler la force car tout être vivant le sait : ce n’est pas un don qu’on apprend et qui se développe chez les jedis. C’est assez clair et cohérent. Luke n’était pas vraiment un jedi de l’Académie mais il s’est lui aussi érigé jedi en un seul film (l’Empire contre attaque, il manipule les objets et saute) et il finit par apprendre que la force ce n’est juste faire de la magie. La magie existe vraiment quand on ne révèle pas le truc… Rey est incroyable, et c’est le fait de ne rien savoir qui la rend encore plus interressante. À contrario d’un Kylo ren qui sait tout et qui rage de ce passé maudit auquel il voudrait s’émanciper. Ce dernier starwars est juste plus intelligent que les autres, le public ‘starwars’ n’a juste pas trop l’habitude.

        1. 1- que ce soit Anakin ou Luke, les deux ont reçu une formation (longue pour le premier, plus courte pour le second, encore que les films sont espacés de plusieurs années, même dans la trilogie originale), donc peu importe qui est l’Elu, ça n’a pas d’intérêt ici.

          2- ensuite, oui, tout être vivant peut posséder la force, mais c’est un joyau brute qu’il convient de polir. On peut la posséder, mais pas l’utiliser sans formation adéquate. C’est très clairement mis en place dans les 6 premiers.

          3- Concernant Luke, il ne s’est pas du tout érigé en Jedi en un film, c’est précisément l’un des propos de l’épisode 5 de montrer un Luke échouer car sa formation n’était pas terminée. Et il a échoué apres avoir été entraîné par Obi wan et Yoda. Rey, elle, réussi tout sans avoir reçu de formation dans le 7, et la version hyper express dans le 8, sans intervalle entre les deux films. (Donc en grosso modo une semaine, elle passe de clodo sur Jakku à Jedi surpuissante).

          4- on ne sait pas rien de Rey, en fait, maintenant on sait tout d’elle, le problème c’est qu’il n’y a rien d’intéressant à savoir.

          En conclusion, star wars 8 est l’épisode le plus incohérent de la série, mais ce n’est pas donné à tout le monde de s’en rendre compte.

        2. Merci !
          Merci pour ce commentaire.
          Je suis une fan hard-core comme on aime nous appeler, et je commence à en avoir marre d’être mise dans le même sac de mini kylo ren en puissance qui tapent du pied pour pas grand chose.
          Ce film est fin, il raconte le monde d’aujourd’hui comme les premiers star wars racontaient le leur.
          Il n’est pas parfait, l’ombre de Disney plane, mais oui, il est intelligent. Et les gens qui le rejettent n’en font qu’une lecture lineaire.

      2. Merci à Calimaq pour cette analyse. Il est bien évident que ce qui est à discuter ici, c’est la question des mythes, du canon (est-il important?) et des droits de propriété et de création. Les discussions concernant les détail spécifiques de la cohérence de l’univers créé sont intéressantes pour les fans de ce mythe, mais relèvent d’un autre niveau de discours. Ceci dit, la technique de la vice-amiral Hondo m’avait aussi frappé par son absurdité, absurdité de son existence, non de son emploi, indépendamment même des questions de cohérence avec le canon existant.

  2. Je trouve l’article stimulant pour réfléchir aux spécificités des appropriations (juridiques ou non) des œuvres à très grand public et « mythologiques ». En revanche, votre point de vue sur les gardiens légitimes de la force me semble trop influencé par votre propre critique du film et celles d’une fraction (seulement) des amateurs de cette série. Vous trouverez, sur le forum de Mad Movies par exemple, bien d’autres appréciation du film et de sa cohérence avec les précédents. Il me semble que l’intérêt et la spécificité de telles séries de films est de susciter une infinité de commentaires contradictoires – ces commentaires étant à mon goût plus intéressants et divertissants que les films eux-mêmes et qu’une quelconque cohérence narrative que devrait préserver tel ou tel groupe de fans. Par ailleurs, votre analyse néglige le fait que les interprétations de l’épisode 8 changeront sans doute avec le temps. Les fans des premiers épisodes n’ont pas forcément apprécié la seconde trilogie à sa sortie, ce qui n’empêche(ra) pas forcément celle-ci d’être réappréciée au regard des nouveaux épisodes.
    En tant que spectateur, je ne vois pas pourquoi j’accorderai a priori plus de valeur et d’importance aux attentes de certains fans plutôt qu’à celles d’autres personnes. Je suis ravi que la dernière saison de Twin Peaks ait déçu certains fans des premières saisons en faisant de l’agent Cooper un Bad Coop et un Dougie Jones. Par comparaison, ceux et celles qui regrettent le nouveau Skywalker peuvent s’estimer chanceux. J’avance cela sans considérer que les choix de David Lynch et des autres créateurs de Twin Peaks doivent a priori être considéré plus valables que ceux d’autres personnes. J’ai simplement aimé la nouvelle saison.
    Enfin, l’idée que Star Wars est aujourd’hui dénaturé et diminué par le copyright me semble laisser de côté le fait que les premiers films eux-mêmes ont été produits et rentabilisé grâce à des droits de propriété intellectuelle. Le nouvel imaginaire mythologique dont vous parlez n’est pas seulement séquestré par le copyright, il en est aussi le produit, au moins en partie. C’est une différence importante par rapport à des mythologies antérieures et parallèles produites à moindre coût. Il me semble qu’on retrouve là une limite de l’idée courante que la culture, en tant que bien commun, existerait déjà, au moins à l’état potentiel, hors de ses conditions (capitalistes) de production.
    Je n’en partage pas moins nombre des critiques que vous publiez sur votre blog. Merci pour votre travail.

    1. Oui, j’ai peut-être mal exprimé mon propos, mais je ne cherche pas à dire que le « public » a forcément raison dans son appréciation de l’intégrité de l’oeuvre. D’ailleurs l’existence même d’un public, au sens d’une entité qui serait « unifiée » par rapport à l’industrie est une illusion, car ce fameux public est séparé en une multitude de points de vue divergents. C’est d’ailleurs ce que révèlent les votes sur Rotten Tomatoes, avec ce 50% qui montre avant tout l’éclatement de la réception du film, et il existe manifestement de nombreux spectateurs qui ont apprécié les partis pris de Rian Johnson.

      Il n’empêche qu’objectivement, le public a un pouvoir propre dans la définition de l’intégrité de l’oeuvre, contrairement à ce que nous dit le droit qui réserve normalement cette capacité aux titulaires des droits de propriété intellectuelle. C’est cette dichotomie qui m’intéresse en fait : le décalage entre la réalité et la fiction juridique.

      Mais à titre personnel, j’avoue que je ne déteste pas la nouvelle orientation du personnage de Luke Skywalker et le fait qu’il puisse remettre en cause l’existence de l’ordre Jedi. Ça amène à mon sens une nouveauté intéressante dans l’univers Star Wars. Tout comme j’ai beaucoup apprécié aussi la relation entre Rey et Kylo Ren (même si le personnage de Rey est là encore objectivement problématique pour la cohérence de l’univers).

      Mais ce que je veux dire se place au-delà de ces considérations subjectives et a trait avec la dimension industrielle de l’exploitation de la licence par Disney qui n’est pas sans lien avec cette volonté de « désacraliser » le mythe. On a vu d’ailleurs Marvel faire cela aussi avec Thor Ragnorok récemment et dans une certaine mesure, cela explique aussi en partie le fiasco Suicide Squad par DC Comics.

      LucasFilm n’avait objectivement pas les moyens d’industrialiser à ce point la licence. Mais Disney va être en mesure de sortir à présent un film par an, ce qui est juste énorme pour Star Wars, ainsi qu’une multitude de produits dérivés, qui vont étendre l’univers à un rythme inédit. Et ils ont besoin d’avoir les mains libres pour se faire.

      Donc il leur faut nécessairement faire de Star Wars une matière première malléable à souhait et cet épisode 8 est une manière de préparer le public à cela. D’où cette nécessité d’en passer par une désacralisation.

      Par contre,ce que vous dites à la fin de votre commentaire est très intéressant. Il est clair que la culture populaire est dans une situation paradoxale de dépendance vis-à-vis de l’industrie culturelle, car elle n’a plus les moyens « d’auto-produire » ses propres légendes (avec quelques rares exceptions, comme l’a montré le Slender Man par exemple, la première « légende » produite directement par les internautes https://scinfolex.com/2013/12/27/du-meme-au-mythe-a-qui-appartient-le-slender-man/).

      Nous avons été dépossédés par l’industrie culture des moyens de produire une culture « vernaculaire », mais il reste a public un pouvoir d’appropriation, qui se manifeste par cette contestation dans la détermination du « canon », ainsi que par les pratiques transformatives, type fanart, fanfictions, remix, mashup, détournements, parodies, etc.

      Celui qui parle le mieux de ce phénomène est sans doute Henri Jenkins à propos des fanfictions :

      Le Fandom réclame aux corporations de raconter lui-même les histoires qui lui plaise

      Et il ajoute :

      Les fanfictions constituent un moyen pour la culture de réparer le dommage causé par le fait que les mythes contemporains sont possédés par des compagnies au lieu d’appartenir à tous

      C’est pour cela que je dis qu’il y aurait deux manières de rééquilibrer la situation (qui peuvent se cumuler d’ailleurs) :

      1) Réduire drastiquement la durée du droit d’auteur (par exemple 20 après la parution de l’oeuvre) pour que l’industrie perde rapidement son monopole et que les oeuvres s’ouvrir à de multiples développements sans excluivité, en passant dans le domaine public ;

      2) Consacrer une exception pour les usages transformatifs, permettant au fans de produire leurs propres versions.

      C’est d’ailleurs un peu ce que l’on a vu avec l’affaire Axanar l’an dernier, à propos d’un fanfilm Star Trek ambitieux qui a été bloqué par Paramount (alors même que JJ Abrams en personne le soutenait) https://torrentfreak.com/movie-studios-settle-copyright-battle-with-star-trek-fan-film-170123/

    1. Oui, erreur de ma part, je n’avais vu que les premières minutes de cette vidéo que j’ai retirée (et j’en désapprouve complètement le propos).

      Une bonne manière cependant de montrer que le public n’a pas toujours raison…

  3. Hondo: et alors ?
    Faut il vraiment tout justifier ? Peut être est elle la première à se lancer dans ce test suicide contre un vaisseau de cette ampleur nan ?
    Rey:
    Pourquoi ne pourrait elle pas savoir piloter le faucon millenium ?
    Ça reste un vaisseau nan ?
    Je pense qu’il me serait possible de conduire une Ferrari sans jamais en avoir conduit…
    Ça m’enerve De vous voir tout éplucher et à vouloir tout savoir avant la fin…
    limite vous seriez en train d’éplucher le générique de l’épisode VII avant le début du film… et à faire des déductions pour la suite de film.
    Attendez la fin de la trilogie pour crier au loup…
    pour l’histoire de Luke:
    Avec toutes les déceptions qu’il a eu il a le droit de vouloir tout envoyer balader nan ?
    La sacro sainte scène ou Luke jeté le sabre laser tendu par rey est génialle, elle résume la déception de Luke par rapport à son échec avec kylo , la force, etc….
    j’ai aimé ce film. J’ai passé un bon moment. Pas le film de l’annee Mais clairement un bon film. J’ai passé un bon moment et c’est ça que je retiendrai.
    Arrêter de tout décortiquer, analyser, ce qu’il y a de chiant avec les réseaux sociaux c’est que tout le monde se dit « réalisateur ou scénariste », « nan mais c’est nul pourquoi il a fait ça comme ça ? » ben parce que c’est lui et pas toi ;)
    Enfin….
    ce qu’il y a de biens c’est que ça fait vendre de dire que c’est bien ou pas bien ;)
    Au lieu simplement d’être spectateur …

    1. Plus que tour autre, l’art du cinéma est basé sur un pacte passé avec le spectateur, que l’on résume souvent par « Suspension Consentie de l’Incrédilite » qui joue encore plus en présence de films fantastiques. https://fr.wikipedia.org/wiki/Suspension_consentie_de_l%27incr%C3%A9dulit%C3%A9

      On demande aux
      spectateurs de « croire » des choses en conflit avec la réalité. Mais pour que ça fonctionne, il faut que le film respecte une cohérence interne et que son univers soit cohérent. C’est même pour cela que le fantastique tend à engendrer des « univers » parce que les explications en appellent d’autres, produisant au final un monde entier, avec ses propres lois.

      Il est donc tout à fait logique et légitime que le public cherche des explications à ce qu’il voit dans ce Star Wars. Il demande juste à Disney de respecter non seulement l’univers, mais les règles de base de l’art cinématographique.

      Ou alors on doit admettre que Star Wars relève désormais de l’absurde, qui constitue un genre artistique à part entière (voir la série de parodies Y a-t-il un flic, un pilote, Hotshot, etc.), mais c’est un peu dur à avaler que cette nouvelle postlogie soit devenue une parodie des anciennes…
      C’est d’ailleurs ce que soulignent les fans ayant lancé la pétition qui demande le retrait de l’épisode 8 du canon.

    2. J’ai été confronté aux même genres de remarques quand j’ai lancé le sujet sur mon fil FB.
      En fait, toujours avec le même argument « j’ai aimé le film, ta critique ne me convient pas car elle risque de remettre en cause le jugement que j’ai de l’oeuvre. Pire, tu risque de démontrer qu’objectivement le film n’est pas si bon que ça et qu’entre mon jugement subjectif et le jugement objectif du film il y a un delta important. Bref, tu es en train de dire que j’ai mauvais goût, tu attaques ce que j’aime, donc tu m’attaque moi ».
      J’ai vraiment l’impression que sur les films de pop-culture moderne il y a une guerre qui couve à chaque fois. Il est désormais interdit de critiquer de manière objective une oeuvre car cette critique va à l’encontre des raisons pour lesquelles certains ont aimé de manière subjectives, résumé par cette magnifique phrase « je m’en bat les couilles de tes critiques, moi j’ai aimé c’est tout ce qui compte ».

      Si Star Wars à pu fonctionner sur le long terme c’est justement parce qu’il à réussi à créer un univers, avec ses propres règles. S’il n’y avait pas eu un minimum de cohérence, un canon principal pour lier tout ça, ça fait longtemps que l’univers étendu se serait déchiré (déjà que certaines oeuvres de l’UE sont bien perchées malgré ce canon).
      Critiquer les incohérences ça à pour but de pérenniser l’univers afin de permettre que de nouvelles histoires prenant place soient écrites. Accepter que l’attaque suicide d’Hondo est crédible c’est reconnaitre que tous les amiraux, que ce soit de l’ancienne république, de l’empire ou de la résistance, sont des débiles profond pour ne pas avoir pensé à une tactique aussi simpliste. C’est manquer de logique et être inconséquent.
      Avec comme seul argument « moi ça me plaît ».

  4. Le problème avec les innombrables critiques très dures de ce film, c’est qu’une bonne partie vient sans aucun doute de la soi-disante « alt-right » (je cherche toujours ce qu’elle a d’alternative) et d’un noyau de petits machos bien connu des gameuses, ce qui contribue à semer la confusion et peut paradoxalement conduire certains « progressistes » à défendre cet épisode VIII pour des raisons disons idéologiques mais bien superficielles.

    En effet, cette histoire de vitesse lumière pour détruire un vaisseau est totalement incongrue – sans compter que dans ce cas-là, autant le faire en pilote automatique, tout comme l’est la version « force » de skype, le fait que Rey, même pas 18 heures après, trouve que finalement c’est pas si grave que Kylo ait tué Han Solo (auquel elle s’était attachée bien trop vite, c’est clair aussi) et qu’on peut bien dialoguer avec un génocidaire qui vient d’exterminer la population de son bled (rien à foutre apparemment)…

    Luke Skywalker, on parle bien du mec qui voyait encore de la lumière chez Darth Vader et qui a risqué sa vie pour sa rédemption, qui décide brusquement d’exterminer son neveu dans son sommeil, comme ça, parce que voilà, on comprend que ça puisse ulcérer à peu près tout le monde. De plus, la révolte contre l’ordre Jedi avait déjà été incarnée par Anakin dans l’épisode III et on avait bien compris tout ce que cet ordre et la République avaient d’élitiste et de cruel (on s’en tape qu’un petit gosse perde sa mère réduite en esclavage, etc). Bref, on essaye de nous servir un truc du type « Machine infernale », Oedipe qui voulant fuir son destin l’accomplit.

    Le parti pris anti-élites, pacifiste, féministe et vegan, pourquoi pas, mais dans ce cas-là, les personnages féminins auraient pu être un peu moins unidimensionnels. Quant aux horreurs de la guerre, elles étaient bien mieux montrées dans Rogue One, film dans lequel personne ne disposait de « pouvoirs », à part éventuellement la « foi » (ce qui faisait de cette petite équipe de rebelles de sympathiques daechiens, prêts à tuer et à mourir pour « la cause », soit dit en passant).

    Le problème c’est qu’on est dans un univers où il existe en principe des jedis possédant certains dons qu’ils doivent apprendre à maîtriser et à utiliser intelligemment, comme quelqu’un qui a une bonne oreille ne deviendra pas Mozart si personne ne le met au piano dès 3 ans. Alors soit on supprime carrément ces demi-dieux comme dans Rogue One, soit les règles continuent de s’appliquer, y compris aux femmes, et dans ce contexte, le parcours de Rey est incompréhensible.

    Le plus grave, c’est que dès l’épisode VII, le personnage de Rey est totalement plat (personnellement, je m’en foutais pas mal de ses origines, c’était plutôt le fait qu’elle ait été abandonnée qui pouvait devenir intéressant, mais finalement, bah non, on s’en fout : résilience, « let go », tourner la page, réussir sa vie, toussa, bien dans l’idéologe individualiste américaine). Ne parlons pas du personnage de Finn qui 2 minutes après avoir été traumatisé et nous avoir expliqué que les soldats du 1er Ordre sont des enfants soldats, les extermine sans la moindre hésitation. Le ver était dans le fruit dès le Réveil de la Force.

    On est donc bien dans du Disney, et cette boîte a racheté à peu près tous les studios à l’heure qu’il est (y’avait pas des lois contre l’abus de position dominante aux USA ?). On est à fond dans le désenchantement du monde et c’est parfaitement compréhensible que la dépossession donne lieu à une telle colère. C’est évidemment regrettable qu’elle soit récupérée par les masculinistes et les surpémacistes de tout poil, mais c’est pas la première, ni la dernière, fois tant ces paranos sont aux aguets en permanence.

    1. Merci pour ce commentaire. Je n’étais pas tombé sur ces critiques masculinistes et suprématistes US. Cela rejoint ce que je disais en réponse à un autre commentaire : je n’ai pas voulu dire que le public avait forcément « raison » dans sa défense de l’intégrité de l’oeuvre et de toutes façons, la notion même de « public » vu comme une entité unifiée n’a pas sens.

      Ce que j’ai voulu souligner, c’est le décalage entre la fiction juridique (le titulaire des droits est le seul à pouvoir fixer la forme légitime d’une oeuvre) et la réalité où le (ou mieux, les publics) ont aussi objectivement un pouvoir en la matière.

      1. @Calimaq : les critiques de ce type sont évidemment plus nombreuses en anglais (mais il y en a aussi en français, je vous laisse éventuellement chercher, pas envie de leur faire de la pub :-p).
        La chaine des Young Turks a publié une vidéo sur la question « Are SJW ruining Star Wars? »

        .
        Il y a aussi, paraît-il, une opération trolling organisée sur le site Rotten Tomatoes là encore par l’alt-right, (apparemment ils sont pas contents parce que dans le 1er ordre, y’a que des mâles blancs – pas vrai en plus, il y a des femmes aussi, mais bon… Ils râlent parce que Finn est noir, Rose asiatique, que les femmes ont tous les pouvoirs, etc, etc.). On peut les rejoindre sur le fait que c’est pas trop normal que Luke et Kylo aient dû se casser le cul auprès de mentors pas sympas pour acquérir leurs pouvoirs tands que Rey, apparemment, se passe très bien de toute formation (même le permis de conduire, elle a pas besoin de le passer).
        J’imagine que comme pour la prélogie ou pour Lost (dont la dernière saison avait ulcéré beaucoup de monde aussi), les « fans » produiront une version remaniée ou « revisitée ».
        Sinon, le pop culture detective a produit une vidéo assez intéressante sur les gros défauts virilistes de l’ordre Jedi:


        🙂

    2. Aucun sens… Ce n’est qu’un film et vous vous attachez les cheveux pour trouver des arguments que je trouve TOUS illogiques et exagérés. Il va falloir sortir et prendre l’air je pense….

  5. D’une façon plus simple , pour résumer le problème : à partir du moment où Disney mets ses salles pattes sur une œuvre comme Star Wars , ou les films tirés des BD Marwell :Iron-man , Thor , Spiderman ….. , Ils détruisent tout ,pour les rendre lisses et conformes à leur vision du monde ; tout ce qui évoque une contestation de l’ordre établi est retiré , l’univers Disney est lisse et sans contestation

    1. Ou alors le matériau originel était déjà comme ça : les Marvels sont comme dans les comics (c’est un fait il suffit de les avoir lu) et les starwars sont vraiment des starwars (n’en déplaise à ceux qui croient tout savoir). Si vous voyez le mal dans Disney alors vous n’aimez pas la base de starwars, l’épisode 4 s’est fait avec et grâce à Disney. Au contraire je dirais même que Disney remet totalement en question l’ordre établi et eux mêmes pour l’occasion ce qui est courageux. Après ils font plein de fric mais ça… C’est le monde qui est comme ça depuis… Toujours ?

  6. Un article bien intéressant.
    Mais j’ai toutefois une interprétation un peu différente de l’échec de cet épisode.

    Pour moi, cela tient au fait que Disney tente de reproduire ce qu’ils ont fait avec le MCU (les Marvel), mais dans l’univers Star Wars.
    Cela passe par une tentative de créer une matrice réutilisable pour tous les prochains épisodes en tentant régulièrement d’améliorer les choses, et d’essayer de trouver une manière de tenir en haleine, artificiellement, les spectateurs avec un élément qui est sensé faire revenir voir l’épisode suivant (notamment l’intrigue autour des différentes pierres d’Infinité dans le MCU, et pour SW, l’origine de Rey et des indices laissés dans le flashback).

    Sauf que si la bonne recette a été trouvée pour l’univers Marvel, avec un cahier des charges tellement rigoureux que ça se voit mais ce n’est pas dérangeant, Disney ne comprend pas quoi faire avec la mythologie Star Wars.

    Pour l’Épisode 7, qui continue la trilogie originelle, ils ont tenté de respecter la manière de réaliser de George Lucas, et pour ne pas se mettre les fans à dos, l’histoire est, comme vous l’avez expliqué, une redite de l’épisode IV.
    Le film était techniquement parfait, mais cet hommage trop appuyé a beaucoup divisé.

    Est ensuite arrivé Rogue One, qui a plu de manière plus unanime, entre autre pour le changement de ton, de réalisation etc.

    Du coup, on dirait que chez Disney, ils se sont dit « Super, il faut refaire ça, ça a plu! ». Et ils ont réutilisé la recette pour Les Derniers Jedi et Han Solo.

    Et là, c’est le drame. Rogue One fonctionne car il est hors trilogie, et non l’Épisode 8.
    Effective, le fan est prêt à voir d’autres types de films (façon Expandables pour Rogue One, ou d’espionnage, ou comique etc) dans l’Univers SW.
    Mais on ne remet pas tout à plat comme ça en plein milieu de la trilogie qui continue l’épopée des Skywalker.

    Et maintenant on découvre ce mémo chez Disney pour dire en gros « Le film sur Han Solo change des anciennes trilogie, ça va être un massacre ! ».
    Sauf que c’est encore un film hors trilogie, ça peut fonctionner… Enfin bref, ils tournent en rond déjà juste sur le cahier des charges à copier-coller.

    Est-ce que Star Wars peut vraiment être un produit réalisé à la chaîne ?
    Han Solo va-t-il subir des re-re-shoots et sortir en décembre pour cause de panique générale ?

    Disney va-t-il dégoûter les fans avant de découvrir le secret de la potion magique ?

    Désolé pour le pavé ;-)

      1. Ce n’est pas ce que disent les appréciations sur Rotten Tomatoes, qui montrent assez nettement que cet épisode est celui qui a le plus divisé le public. Divisé voulant bien dire que certains fans ont aimé le film tandis que d’autres l’ont détesté.

    1. Bonjour,

      Je pense en fait que nos deux interprétations convergent, car ce que vous décrivez comme une « matrice » ou un « cahier des charges » est une manifestation de ce que j’appelle de mon côté le processus « d’industrialisation » dans lequel Disney a plongé Star Wars.

      Et le parallèle avec le Marvel Cinematic Universe est pertinent. J’ai l’impression quand même que ce qui vient de se passer avec Thor Ragnarok montre que le procédé arrive aussi à sa limite pour les films Marvel, avec une volonté similaire de « démythifier » qui a aussi beaucoup divisé.

  7. L’univers étendu littéraire proposait pourtant une telle puissance scénaristique, plutôt cohérente vu la quantité de romans et BD, riche et avec une profondeur bien supérieure aux trilogies cinématographiques.

    Tout était là, il n’y avait qu’à se servir, peu importe qu’il ait fallu rompre avec les acteurs originaux pour réincarner des personnages dont les connexions faisaient la saga.

    Disney s’est contraint à réutiliser des acteurs vieillissants, forçant la réécriture de l’oeuvre autour d’une nouvelle génération balayant l’ancienne. Le décès de Carrie Fischer vient magnifiquement illustrer pourquoi la décision était mauvaise. Le scénario devient dicté par une contrainte du réel. Les acteurs ne sont plus de toute fraîcheur, et si l’on fait le choix impératif de faire appel à ces acteurs, il faut achever l’histoire de leurs personnages avant que les acteurs ne disparaissent… La contrainte du réel prend le pas sur la fiction, au risque de forcer certains choix qui rendent l’histoire bancale.

    Hors, cette rupture imposée. c’est tout ce que Star Wars n’est pas. Dans Star Wars tout fait son retour, ou plutôt rien ne disparaît jamais vraiment. Tout est lié, rien n’est le fruit du hasard, pas même la création de la lignée des Skywalkers. Et surtout, tout fait sens. Star Wars nous a finalement toujours habitué à une jolie forme d’intelligence dans la structuration narrative.

    Et un jour, Disney décida d’en prendre le contrepied… Comme ça, par calcul financier, un mec croyait avoir une idée. On allait commencer une nouvelle histoire au lieu de continuer à raconter l’histoire. Pas compris le fan. Pourquoi appeler cela Star Wars si c’est pour casser un monde et ses codes et faire quelque chose qui ne garde de connecté à l’univers qu’une esthétique ?

    Un jour j’ai vu Coruscant exploser, 5 secondes d’images mal annoncées au bout de quelques dizaines de minutes d’un arc narratif pas travaillé. Je regarde bien, je contemple le vide qui accompagne la scène réalisant le silence mutique et désaffecté de la salle de cinéma. Je me retourne, « les gars, on est d’accord, c’est bien Coruscant qu’ils ont fait péter à l’instant ? ». Mon meilleur ami se fait petit dans son siège pour acquiescer et se contenir. J’ai eu le plus grand fou rire de ma vie, je riait aux larmes devant le manque de respect qui nous avait été fait (nous avions déjà subi quelques revers entre Finn et Poe les minutes précédentes, mais venant d’inconnus secondaires qu’importe). Nulle honte devant les autres spectateurs, je venais d’être violé dans mon intégrité intellectuelle. On voulait me vendre, ou m’acheter, ou quelque chose du genre, en sabotant le visage de la galaxie dans laquelle j’avais passé 20 ans à rêver. On a tué les figures du contrebandier, du jedi, du sith, du trooper, du héro, qui avaient servi de base à l’imaginaire que nous avons partagé entre amis. C’était notre histoire, nous nous l’étions appropriée, nous avions grandi avec, nous en avions fait notre terrain d’exploration. Un jour quelqu’un est venu pour nous dire que cette terre n’était plus à nous, que nos histoires ne valaient plus rien, et que nous ne pourrions plus y jouer comme bon nous semble, le siège social de notre imaginaire ayant déposé le bilan, licenciant un à un chaque vestige figuratif de notre temps.

    Je me suis arrêté là avec le « canon » Star Wars, conforté de minute en minute à mesure que la fin du saccage épisode VII approchait. L’esthétique était magnifique, mais était ce ce qui m’avait conquis 20 ans plus tôt ? De ce que j’ai pu lire, j’imagine les sabotages de Rogue One et The last jedi aussi bien réussis. J’aurais aimé les attendre et les contempler comme j’ai pu le faire pour chaque nouvelle parution jusque là (malgré certes quelques déceptions, mais sans drame renversant), mais non, j’ai réalisé que l’âge d’or des jedis et des siths était derrière nous, dans nos armoires et sur nos bibliothèques.

    Coruscant n’est plus, Star Wars est devenue mon Alderande perdue.

    1. Merci pour ce commentaire. Effectivement, cela m’avait un peu échappé, mais la dimension « jeu de massacre » de cette postlogie avait déjà commencé dès l’épisode VII et je me souviens que j’avais aussi très mal vécu cette destruction au pas de charge de Coruscant…

  8. L’univers de Star Wars ne me paraît pas si dénaturé que ça. Je ne prendrai qu’un seul exemple mais Rey est à cette trilogie ce qu’étaient Luke et Anakin Skywalker aux précédentes. En effet, ces derniers n’ont pas non plus suivi un entraînement poussé avant de détruire l’Etoile de la Mort pour l’un après avoir entendu une petite voix dans sa tête et le vaisseau de la Fédération du Commerce pour l’autre à huit ans (ou sept ou neuf, peu importe) en émettant un petit « oups » de sa petite voix. Dans ces trois cas, « la Force est grande en eux ». Tout est dit! Ne cherchez pas plus loin ; c’est réglé! Leur formation de jedi au moment de ces évènements? Une rencontre de quelques heures voire jours au maximum. Bref, pas vraiment le parcours habituel du padawan décrit finalement plus tard et… dans l’univers étendu surtout. Rey n’est donc pas différente. En fait, elle est même bien inférieure en termes d’efficacité dans la destruction à elle-seule de grosses bases qui ennuient les gentils pour le moment.

    Au fond, peu importent les incohérences réelles ou supposées de tel ou tel film de la saga. C’est plus certains points soulevés par l’article qui m’ont poussé à réagir dans un premier temps. J’avoue ne pas comprendre (ou ne pas le vouloir) l’évocation de quelconques droits du public. Celui-ci n’en a grosso-modo que trois : consommer une oeuvre, l’apprécier ou non et donner son avis. Tout le reste est fantaisiste. Quelque soit l’ampleur de tel ou tel bruit issu des réseaux sociaux.

    Sinon, il lui reste le plus beau des droits : créer. Individuellement ou collectivement. Pas dans le cadre de fan fictions ou autres. Créer réellement un nouvel univers, une nouvelle mythologie, un nouvel espoir.

    1. Les droits du public sur la culture constituent une dimension fondamentale, qui étaient explicitement présente à la Révolution lorsque le droit d’auteur a été introduit. Voyez par exemple ce que dit Isaac Le Chapelier, rapporteur de la première loi sur le droit d’auteur en 1791 :

      « Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété. »

      Il y a une propriété de l’auteur, mais il y a aussi une propriété du public sur les oeuvres. La culture toute entière est marquée par cette tension.

      Relisez la citation de le Chapelier et repensez à ce qui se passe à propos de Star Wars 8 et vous verrez que c’est exactement de cela dont il est question.

      Par ailleurs, la dynamique même de la création n’est jamais originalité pure. On crée toujours à partir de ce qui existe déjà et un des plus beaux exemples de cette nature incrémentale de la création est la première trilogie Star Wars de George Lucas. C’est même là où réside son véritable génie : avoir su puiser à des dizaines de sources différentes et réussir à en faire un tout qui dépasse la somme de ses parties. Mais Star Wars n’est pas une création purement originale, mais plutôt un Remix génial.

      C’est très bien expliqué dans le documentaire Everything Is A Remix, par Kriby Ferguson https://vimeo.com/139094998

      Donc non, le public ne peut se réduire à de simples consommateurs passifs (et d’autant plus depuis l’avènement d’internet). Nous nous sommes faits graduellement expropriés de nos droits sur la culture, mais cette puissance collective ne peut être complètement vaincue et elle est toujours là.

  9. Merci pour cet article qui soulève beaucoup des questions intéressantes.

    Toutes les analogies ont leur limites, mais comparer les œuvres sous droit d’auteur et la mythologie est vraiment une bonne piste.

    Beaucoup de mythes ont leurs racines dans des religions (grec ou chrétienne) et les « fan fictions » étaient considérées comme des blasphèmes, et étaient punies plus gravement que les contrefaçons.

    Si la mythologie échappe vraiment au contrôle du blasphème ou droit d’auteur, il est impossible de « préserver l’intégrité de l’œuvre » ou que « le public a un pouvoir propre dans la définition de l’intégrité de l’œuvre », parce que les publics peut créer des forks dans les mythologies et produire des multiples mythologies ou « canons des œuvres ».

    En plus, je ne vois pas comment « une porte de sortie pourrait être de réduire drastiquement la durée du droit d’auteur… » sans limiter aussi le droit moral

    1. La limitation de la portée du droit moral devrait aussi être à l’ordre du jour. On le voit bien pile en ce moment avec le débat surréaliste à propos de la modification de la pièce Carmen : http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/italie-a-l-opera-la-nouvelle-fin-de-carmen-ne-plait-pas-a-tout-le-monde-7791719135 Un droit moral perpétuel n’a juste aucun sens (ou plutôt il a uniquement un sens idéologique, qui est de rattacher fictivement le droit d’auteur à une forme de propriété, étant donné que la propriété est elle aussi perpétuelle).

      En fait, la vraie valeur du droit moral est dans la régulation des rapports entre l’auteur et des intermédiaires économiques comme les éditeurs et les producteurs. C’est d’ailleurs un peu l’équivalent du « droit du travail » : une compensation juridique accordée à la partie « faible » dans un rapport économique inégalitaire. Que le réalisateur ou l’auteur aient un droit moral pour garder la maîtrise sur la forme de l’oeuvre face au producteur me paraît donc juste et légitime (mais aussi sain pour la création).

      Par contre, que le droit moral puisse jouer vis-à-vis du public est juste un non-sens. C’est d’ailleurs exactement ce que l’on voit avec les fanfictions. Seules les parodies sont actuellement couvertes par les exceptions au droit d’auteur, mais pas les oeuvres transformatives qui n’ont pas pour intention de se moquer de l’oeuvre originale. Pourtant ce sont ces créations par les fans qui préservent la dimension « folklorique » de la culture.

      Encore une fois, c’est ce qu’a très bien compris J.K.Rowling qui a mis en place les conditions pour que son oeuvre acquiert rapidement une dimension mythologique, en permettant une appropriation populaire très large de l’univers d’Harry Potter. .

      Donc oui, le droit moral doit aussi être repositionné. On doit bien entendu garder ce qui fait sens dans ce régime juridique, à savoir la protection de la partie faible dans une relation économique déséquilibrée. Mais il paraît urgent de réformer les autres dimensions du droit moral dont la légitimité s’effrite inexorablement à mesure que la conception « romantique » de la création perd de son sens.

  10. Bonjour !
    Vous avez l’air d’avoir pas mal réfléchi à la question alors rentrons dans le vif du sujet : le droit d’auteur. Parce que bon… Star Wars est juste un exemple dans cette histoire. Je précise d’ailleurs que je suis aussi hyper remonté contre le film, mais à moitié surpris seulement tellement le 7 semblait déjà tout balancer par la fenêtre.
    J’ai plusieurs questions :
    1/ Est-ce que vos suggestions sont valables aussi pour le droit d’auteur (DA) français ?
    2/ Votre démonstration vise un exemple extrême, SW, série de sf la plus médiatisée et à l’univers le plus fourni de tous les temps, sorte de mythologie des temps modernes comme vous dites. Quid de l’auteur moyen ? Devrait-il lui aussi, selon vous, être régi par les règles que vous proposez (réduction drastique de la durée et de ses prérogatives) pour des œuvres comme SW ? Si oui, pourquoi ? Si non, comment faire la distinction avec l’oeuvre à (très) gros budget ?
    3/ Le droit moral français que vous décriez dans l’affaire Carmen, ou ce qu’il en reste plutôt, permet justement d’assurer la pérennité d’une pensée, d’en conserver le sens voulu par l’artiste, et est inaliénable, imprescriptible etc. Il permettrait donc potentiellement à G. Lucas, dans SW, de dézinguer les verrues (en Copyright américain, visiblement pas). Êtes-vous donc aussi réfractaire à ces prérogatives de DA français alors qu’elles permettent d’arriver à ce que vous souhaitez ?
    4/ Comment concevez-vous exactement l’exception de création d’oeuvre dérivée par les fans ? Comment faire la part juridiquement entre le fan et le professionnel qui vise un succès lucratif ? Quid si la vision du fan n’est pas celle de l’auteur ? Idem si cette vision remet en cause l’univers, les enjeux, etc ? Imaginez par exemple que SW 8 soit une œuvre de fans de SW qui bénéficierait alors de l’exception…
    Je m’arrête là, ça fait déjà beaucoup ^^

    1. Bonjour,

      Beaucoup de questions en effet dans ce commentaire, mais je vais essayer d’y répondre, car vous pointez des questions importantes.

      1) Oui, les suggestions que je fais s’appliquent aussi au droit d’auteur français, voire même peut-être encore davantage. Car le droit d’auteur à la française est encore plus rigide, à cause notamment de la place du droit moral. Et il ne comporte pas des mécanismes régulateurs comme le fair use (usage équitable) qui laissent une place aux usages transformatifs (mashup, remix) et aux créations par les fans, même si dans les faits, le fair use est très aléatoire dans son application…

      2) Oui, je pense que les aménagements que je propose doivent s’appliquer de manière générale à toutes les créations et pas seulement aux oeuvres très populaires, qui ont acquis une dimension quasi mythologique. Pour les « petits » auteurs, la réduction de la durée du droit d’auteur n’est d’ailleurs pas un enjeu majeur. La vraie question est de leur assurer des moyens de subsistance décents pour qu’ils puissent vivre de leurs créations, or de ce point de vue, le droit d’auteur est complètement défaillant. Il ne permet qu’à une infime partie des créateurs de vivre décemment. Voyez cet article qui donne des chiffres accablants https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-rue89-culture/20150408.RUE8597/le-droit-d-auteur-ne-fait-vivre-qu-une-infime-minorite-d-artistes.html C’est la raison pour laquelle je milite pour qu’on donne de nouveaux droits sociaux aux créateurs, mais qu’on arrête avec cette légende qui voudrait que la propriété intellectuelle est le bon moyen pour une société de faire vivre les créateurs en son sein.

      3) Je viens justement d’écrire un nouveau billet sur l’affaire de la fin modifiée de Carmen et je vous y renvoie https://scinfolex.com/2018/01/10/la-nouvelle-fin-de-carmen-et-les-libertes-du-domaine-public/ Mais non, pour moi le droit moral à la française n’es pas du tout une bonne solution pour régler ces questions. Ou plutôt on se méprend complètement en France sur le véritable intérêt du droit moral. En réalité, c’est un mécanisme important de protection du créateur dans son rapport avec des intermédiaires économiques plus puissants que lui qui pourraient chercher à le « subordonner » dans le processus de création. En cela, c’est plus un mécanisme de « protection sociale » liée à un contexte économique qu’un attribut d’ordre « moral ». Cette partie du droit moral est à mon sens légitime et doit être conservée. Mais faire jouer le droit moral vis-à-vis du public n’a pas de sens à mon avis, du moment que des créations réalisées par les fans ne prétendent pas se faire passer pour des originaux. C’est d’ailleurs ce que beaucoup de créateurs admettent en tolérant très largement les fanfictions.

      4) Il y a beaucoup de moyens de légaliser les créations transformatives. On peut le faire avec plus ou moins d’intensité.

      a)La première option est d’autoriser les créations dérivées réalisées dans un cadre strictement non-marchand. C’est en général ce que font les auteurs , comme J.K. Rowling, qui « tolèrent » les fanfictions. Ils disent OK, mais à condition que les fans ne cherchent pas à commercialiser leurs productions.

      b) On peut ensuite être un peu plus souple et admettre les créations dérivées, dans la mesure où elles ne menacent pas l’exploitation économique de l’oeuvre principale. Cela revient à admettre une exploitation à but non lucratif ou à lucrativité limitée. C’est un peu la logique du « fair use » aux Etats-Unis, qui admet l’usage commercial pour les oeuvres dérivées dans une certaine mesure (mais le mécanisme manque cruellement de prévisiblité dans son application). En droit français, les notions de non-lucrativité ou de lucrativité limitée sont assez bien balisée et elles pourraient constituer un point auquel se raccorder.

      c) Enfin, on peut envisager une option maximale et admettre que les créations dérivées soient aussi autorisées dans un cadre commercial.Cela peut paraître excessif, mais n’oublions pas par exemple que la parodie est couverte par une exception au droit d’auteur et qu’elle autorise l’usage commercial. C’est ce qui permet à Charlie Hebdo de ne pas finir en justice lorsqu’ils font une couverture avec Batman ou Astérix https://scinfolex.com/2015/01/14/liberte-dexpression-la-caricature-est-aussi-une-exception-au-droit-dauteur/

      Il y a donc plusieurs pistes pour légaliser les usages transformatifs. Mais dans tous les cas, peu importe que la vision du fan remette en cause celle de l’auteur original, car de toutes façons, il n’a pas le pouvoir d’agir sur le « canon » et donc de porter atteinte à l’intégrité de l’oeuvre, en tant que telle. Il y a des masses de fanfictions d’Harry Potter qui vont dans des directions non voulues par J.K. Rowling et cela n’affecte en rien Harry Potter en tant qu’oeuvre.

      Par contre, cela contribue incontestablement à forger la légende d’Harry Potter et à le faire accéder au rang de mythe contemporain.

  11. Sinon, d’une manière générale, on peut dire que tout le business plan de Disney repose justement sur l’industrialisation des « Contes et Légendes » que je lisais dans mon enfance. Ils font pareils avec les Contes et Légendes de notre adolescence (et bientôt, ils produiront Alien – bon, y’a plus grand chose à perdre concernant cette dernière saga, à la limite ça peut difficilement être plus con et plus créationniste que ça n’est devenu dans les mains de Riddley Scott qui lui aussi devrait être déchu de son droit moral, tant qu’on y est, tout comme on déchoit des parents indignes de l’autorité parentale). Parfois, pour Disney, c’est plutôt réussi (y compris en termes de parodie, je pense à Hercules), mais pas à tous les coups… Déjà, Star Wars en tant qu’attraction dans un parc…

    Hélas, Disney n’est pas la seule multinationale à faire cela, on a vu ce qu’il est advenu de Peter Jackson (il y avait par ailleurs beaucoup à redire sur les « touches perso » qu’il avait apportées au Seigneur des Anneaux).

    C’est un peu le même principe que les grands noms du rock progressif se produisant sur des bateaux de croisière dans les Caraïbes (« Cruise to the Edge »… Misère, misère…)

    1. Pour moi, il y a une différence majeure entre ce que Disney a fait avec les contes et légendes et ce qu’il fait ici avec Star Wars.

      La différence, c’est que les contes réutilisés par Disney sont fans le domaine public. Donc Disney peut bien produire sa propre version, il ne peut s’approprier l’œuvre en elle-même, qui reste disponible pour que d’autres fassent leur propre version. Par exemple, Disney a fait son Merlin, en puisant dans la Légende Arthurienne. Mais cela n’a empêche en rien Alexandre Astier de donner sa propre version avec Kaamelot, y compris du personnage de Merlin.

      Cette prolifération des versions est positive, car elle « agrandit » et elle le réactive dans la mémoire collective.

      Ce qui rend les choses « toxiques » avec Star Wars, c’est que l’œuvre n’était pas dans le domaine public. Disney s’est bien approprié l’œuvre et il peut agir à présent directement sur le canon. Il a un « pouvoir » particulier et produire une version qui sera la seule à pouvoir réellement compter.

      Et pour citer Spiderman, ce grand pouvoir implique une grande responsabilité, mais Disney n’a visiblement pas l’intention d’user de ce pouvoir de manière très responsable…

      1. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la question des droits d’auteur/droit moral. « En même temps », comme dirait Jupiter, si Star Wars était dans le domaine public, George Lucas n’aurait pas pu en tirer 4 milliards de dollars…

        Je me disais que plus généralement, la position dominante de Disney fait que beaucoup ne liront jamais les contes de Grimm, croiront que la Petite Sirène est une histoire à happy end alors que c’est une tragédie abominable (qui mérite une lecture féministe/marxiste, pour le coup)… Pas un hasard s’ils n’ont jamais adapté la Petite fille aux allumettes, d’ailleurs, mais je ne doute pas qu’ils arriveront à en faire une ode à la « poursuite du bonheur », « il faut réaliser ses rêves », blablabla.
        .
        Pour Coco, on a échappé de peu à ce que Disney revendique la propriété intellectuelle de la « marque » Día de Muertos, une fête d’origine préhispanique ! Coco est par ailleurs un autre exemple de ce qu’on peut faire avec le « folklore » : c’est vraiment très réussi (même si là aussi, il est question de « réaliser ses rêves ») !

        1. Merci pour ce nouveau commentaire. Vous introduisez avec Coco un exemple encore excellent, qui montre à quel point Disney se « nourrit » des mythes et du folklore. Cette sorte de dépendance de l’industrie envers la mythologie est très frappante. Ce n’est pas forcément un mal d’ailleurs, car Coco est plutôt un bon film qui utilise intelligemment le thème de la fête des morts. Un peu, même si c’est très différent, comme L’étrange Noël de Mr Jack avait aussi fait quelque chose de très beau avec tout l’imaginaire des contes de Noël.

          Dans un commentaire sous un autre billet, une personne me fait remarquer, comme vous, que les mythes ne sont pas « indestructibles » et qu’ils peuvent finir par être « recouverts » ou « ensevelis » sous les réinterpretations successives.

          Et cette personne me donne pour exemple les contes de Perrault dans lesquels Disney a abondamment pioché. Mais ce n’est pas tellement ce qu’en a fait Disney qui a effacé le souvenir d’oeuvres anciennes, mais plutôt les écrits de Perrault lui-même qui ont fini par gommer les récits du folklore oral dont sont issues ces histoires.

          Or (et c’est là que ce devient très intéressants), beaucoup de ces contes populaires, comme le Petit Chaperon rouge, avait un sous-terrain « féminin », car c’était des histoires initiatiques que les mères et les grand-mères racontaient à leurs filles pour les aider à passer le cap d’un âge à l’autre.

          Cela affleure encore dans certaines des versions de Perrault, mais une grande part de cette dimension s’est perdue.

          Et voilà que nous retombons aussi sur cette question du genre, qui réapparaît comme vous le notez dans les critiques « masculinistes » adressées par une partie du public au nouveau Star Wars. Et c’est aussi un aspect essentiel des créations par les fans, dont beaucoup sont réalisées pour contrer les stéréotypes de genre dans les productions des industries culturelles.

          1. Sur Coco (qui est une véritable merveille du point de vue artistique et même idéologique vu que nous sommes dans l’ère Reagan-Trump (et à part ce message à la con de « réussir sa vie », parce que franchement, est-ce que vous, à 10 ans, vous rêviez de devenir spécialiste du droit d’auteur ?), il se trouve que je vis au Mexique depuis plus de 20 ans et que j’y ai passé mon adolescence.

            Et là, je vais passer à un autre phénomène qui me semble quelque peu problématique, qui est la récupération des mythes, plus généralement par le « capitalisme ». Presser le citron partout où il y a des citrons et des presse-citrons.

            Depuis 2016, il y a un « défilé » sur Reforma (équivalent des Champs à Mexico) pour la Fête des Morts. Pourquoi ? Parce que dans James Bond, on en voit un (alors que ça n’existait pas du tout, aucun rapport entre la Fête des Morts et Carnaval). Alors c’est génial, n’est-ce pas, des tas de jeunes « en difficulté » travaillent, à l’oeil, bien entendu, à la fabrication de marionettes géantes, d’alebrijes géants, etc.

            Coco aura pour effet d’attirer des milliers, voir des dizaines de milliers de touristes dans les « villages magiques » (autre logo) du Mexique.

            Au vu de la situation politique entre les USA et le Mexique, c’est positif. Mais ce qu’on voit là, c’est quand même la marchandisation de la culture dite « populaire » (la culture avec un grand Q comme dirait Franck Lepage, a toujours été marchandisée).

            Coco a été fait avec beaucoup de tact, de sensibilité, d’intelligence, d’humour, et de réalisme (d’ailleurs, Miguel est un gosse dans les années 70-80, ça se voit à son look – le bas du jean replié – au fait qu’il ne se balade pas avec un smartphone, que dans le monde des morts, l’ordi est un mac « vintage », etc, etc).

            Coco a été fait par des gens « comme nous », et ça se voit.

            Le pire, c’est que les classes moyennes « agringadas » ne respectent la culture populaire que quand elle est adoubée par le Capital.

            Sinon, il faut quand même distinguer les contes d’Andersen et de Perrault de ceux des frères Grimm. Andersen est un « auteur », Perrault aussi, si j’ai bien compris. Les frères Grimm, eux, sont plutôt des ethnologues.

            Si vous aimez ces choses-là, je vous recommande The 10th Kingdom, qui est une merveille d’humour (surtout concernant le Loup, la psychanalyse, les bouquins d’auto-estime, etc.). J’adorerais lire votre avis sur ce petit chef d’oeuvre, qui est basé uniquement sur les Contes de Grimm..

            Merci pour tout ce que vous faites depuis si longtemps.

            PS : le masculinisme est un vrai fléau. Ces ordures arrivent à convaincre des types pas si cool que ça, que tout est la faute des gonzesses, et des juges, qui, par le plus grand des hasards, sont toutes des meufs, Jamais ils se posent la question quand Trevidic s’estine « rétrogradé » parce qu’il a juger d’affaires familiales : non, ça, le terrorisme, c’est un truc de mecs. Les divorces, c’est des trucs de gonzesses.

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